La peur continue de paralyser le recours à l’aide. Alors que les violences postélectorales qui ont semé le trouble dans les communautés de la Côte d’Ivoire se sont terminées il y a presque un mois dans la plus grande partie du pays, les besoins médicaux urgents sont toujours aussi criants. À Abidjan, les centres de santé et les hôpitaux sont inondés de patients, certains d’entre eux ayant subi des blessures récentes, tandis que les stocks de médicaments et de fournitures médicales atteignent des niveaux de plus en plus bas. Dans l’ouest du pays, la situation demeure extrêmement tendue, des villages sont toujours déserts et la population continue de se réfugier dans la brousse. Alors que certains Ivoiriens commencent à retourner progressivement chez eux pour tenter de reprendre le cours de leur vie, plus d’une centaine de milliers de réfugiés demeurent au Libéria, des milliers d’autres sont toujours entassés dans des camps bondés à l’ouest de la Côte d’Ivoire.


Côte d'Ivoire © Brigitte Breuillac/MSF
Des patients en attente de soins médicaux à l'hôpital de Yopougon Attié à l'ouest d'Abidjan
. Abidjan : les structures médicales font leur possible pour soigner les patients Tandis que dans de nombreux secteurs de la ville, le personnel médical ivoirien retourne peu à peu au travail, le système de santé est toujours confronté à des pénuries de médicaments et de fournitures médicales, et demeure incapable de faire face aux immenses besoins en matière de soins d'urgence. Pendant que le système national de santé tente de se remettre d’aplomb, Médecins Sans Frontières (MSF) continue d'appuyer plusieurs hôpitaux et cliniques à travers Abidjan, en fournissant des dons de médicaments et en dirigeant des projets de soins primaires et secondaires. Les équipes MSF continuent de traiter les patients ayant subi des blessures récentes liées aux violences qui font actuellement rage dans un certain nombre de communautés, mais elles doivent aussi gérer l’engorgement des urgences médicales. Beaucoup de gens blessés pendant les combats et de personnes souffrant de diverses maladies n’ont pas été en mesure d’être soignés pendant des jours, parfois des semaines, et requièrent à présent des soins chirurgicaux de toute urgence. Alors que la nouvelle sur les soins gratuits de MSF se répand, les équipes s’efforcent de faire face à l'énorme afflux de patients nécessitant des soins, notamment pour des urgences obstétriques et des soins généraux. En conséquence, MSF démarrera de nouveaux projets pour répondre à la demande croissante en soins vitaux. Yopougon : la violence continue d’occasionner de graves blessures À l'hôpital général de Yopougon Attié dans l'ouest d'Abidjan, une équipe MSF gère les admissions d'urgence et les activités chirurgicales et postchirurgicales. Au cours des trois dernières semaines, 307 nouveaux patients ont été admis, dont 125 qui avaient été blessés par des éclats d'obus ou souffraient de blessures par balle à la suite des affrontements violents qui se poursuivent dans le quartier. Ces deux dernières semaines, l'intensité de la violence a commencé à décroître, et le nombre de consultations à l'hôpital a quadruplé dès que les gens ont enfin pu quitter leur foyer. En plus de la chirurgie d'urgence, les équipes ont également mis en place des consultations de soins de santé primaires et un système d'aiguillage pour les patients. La demande en soins médicaux provient surtout des patients atteints de paludisme et d’infection respiratoire. MSF soutient également la maternité de l'hôpital où le personnel MSF a pratiqué 25 accouchements. MSF fournit également des soins de santé gratuits à 400 personnes déplacées du camp de Saint-Laurent où les équipes médicales ont mené 869 consultations. Près de Yopougon, MSF offre un soutien en matière de soins primaires et génésiques au centre médical d’Attécoubé, et apporte un appui médical aux survivants de violence sexuelle. Abobo Sud : baisse de la violence, mais explosion du nombre de cas médicaux et obstétricaux À Abobo, un quartier au nord d'Abidjan, MSF reçoit encore chaque jour entre 5 et 10 personnes présentant des blessures par balle à l’hôpital d’Abobo Sud. Ce sont surtout les cas médicaux et obstétricaux qui connaissent une forte hausse, en particulier avec un afflux massif de malades et de femmes enceintes souffrant de complications. En moyenne, les équipes MSF fournissent 350 consultations et pratiquent 40 accouchements chaque jour. En outre, MSF effectue entre 80 et 90 transfusions de sang chaque semaine en raison du nombre élevé d'enfants anémiques atteints de paludisme. MSF travaille également en collaboration avec un kinésithérapeute de Handicap international qui aide les patients du service d'orthopédie après leur opération. Qui plus est, un psychologue MSF apporte son soutien aux blessés et aux personnes amputées. Dans un futur proche, MSF prévoit d'étendre le soutien psychologique aux membres du personnel médical qui ont été profondément choqués par la violence dont ils ont été témoins. De plus, dans le centre médical Avocatier à Abobo, MSF donne des médicaments, paye le personnel médical et supervise le centre pendant qu’il redémarre ses activités. Grâce à cette aide, 250 consultations ont déjà été effectuées. De même, les consultations prénatales, les accouchements, ainsi que le programme VIH/sida ont tous été en mesure de reprendre.

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Un patient au bloc opératoire à l'hôpital d'Abobo Sud. De nombreuses structures pleines à craquer Chaque jour, des files d'attente interminables se forment à l'extérieur de l'hôpital d'Abobo Sud. Cette petite structure, qui possédait à l'origine une capacité de 20 lits, compte aujourd'hui plus de 130 lits qui couvrent désormais tout l'espace disponible dans le service d'hospitalisation, le hall d’entrée et même dans deux tentes que MSF a mises en place dans la cour de l’hôpital. Abobo Sud n'est pas la seule structure qui fonctionne à plein rendement pour tenter de répondre aux besoins médicaux. Plus au sud, dans la municipalité de Treichville dans la région d'Abidjan, MSF a pris en charge 25 lits à la clinique Nana Yamoussa à la mi-avril et a commencé à effectuer des interventions chirurgicales d'urgence dans deux salles d'opération pour le nombre élevé de blessés et de femmes enceintes ayant besoin de soins. Dans les deux premières semaines, MSF a mené 531 consultations. L'équipe chirurgicale travaille 24 heures sur 24 pour essayer de répondre aux besoins et effectue 10 à 12 opérations par jour. Rien qu’à l’ouverture le 18 avril, MSF a accueilli 42 personnes nécessitant une chirurgie traumatologique. Quelques jours plus tard, le nombre d’urgences obstétricales a augmenté, car il n'y avait aucun autre endroit dans le sud de la ville où orienter les femmes enceintes présentant des complications. Aujourd'hui, 50 personnes sont entassées dans cet établissement de 25 lits qui ne dispose plus d'espace pour accueillir les nouveaux patients ayant besoin de chirurgie. À l'hôpital général de Koumassi, dans le sud-est d'Abidjan, MSF a donné dans la première semaine de mai 2 000 consultations pour des soins de santé primaires, soit un total de 6 140 consultations depuis le mois précédent. Dans la maternité, 467 accouchements ont été pratiqués depuis le début des activités. À la suite d’une suspicion de cas de rougeole, une équipe MSF a mis en place une clinique mobile pour surveiller la situation. Ouverture de nouvelles structures pour répondre à la demande considérable Pour diminuer un peu la charge de travail et traiter davantage de patients, MSF a commencé à soutenir de nouvelles activités dans plusieurs quartiers. Le 18 avril, MSF a aidé à rouvrir l'hôpital d’Anyama, une banlieue du nord de la ville, située non loin d’Abobo Sud. L'hôpital effectue des chirurgies et fournit des soins postopératoires aux patients du service d’orthopédie transférés par l'hôpital d'Abobo Sud. MSF y apporte également une assistance en matière de soins généraux et pédiatriques. Déjà, comme à Abobo Sud et à Nana Yamoussa, les gens font la queue dès 5 heures du matin à l'extérieur de la structure d’Anyama pour tenter d’obtenir des soins médicaux. Le 3 mai, MSF a commencé à offrir des consultations ambulatoires et de soins pédiatriques à l'hôpital général d’Houphouët-Boigny dans le quartier d'Abobo. MSF prévoit également d’ouvrir des services de maternité dans cet établissement. Là encore, ceci devrait aider à soulager quelque peu la pression exercée sur l'hôpital d'Abobo Sud et à accroître le nombre de patients recevant des soins vitaux. Dans la même optique, MSF a lancé un nouveau projet à l'hôpital général de Port Bouët , situé près de l'aéroport. Le personnel MSF a déjà commencé à remettre en état ​​les deux salles d'opération de cet hôpital, et commencera cette semaine à transférer à Port Bouët les patients nécessitant des soins postopératoires à la clinique Nana Yamoussa de Treichville. Lorsque les salles d'opération seront rénovées, MSF gèrera une salle d'urgence, en plus de réaliser des chirurgies de traumatologie et d'urgence et de prodiguer des soins obstétricaux (y compris les césariennes d'urgence) et des soins postopératoires à Port Bouët. Ouest ivoirien : beaucoup de déplacés se cachent toujours dans la brousse par crainte de nouvelles attaques Dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, des milliers de personnes déplacées continuent de vivre dans des camps surpeuplés et dans des conditions difficiles. De nombreux villages restent déserts, en particulier dans les zones à la frontière libérienne au nord et au sud de Toulepleu, où, dit-on, des populations se cachent encore dans la brousse. Pour venir en aide à ces groupes isolés, MSF a augmenté le nombre de ses cliniques mobiles dans la partie occidentale du pays, tout en continuant de fournir un appui aux personnes déplacées là où elles se sont regroupées, ainsi qu’aux centres de santé locaux. Duékoué À Duékoué, une équipe MSF continue de soutenir l'hôpital général et accroît ses activités de soins de santé secondaires. MSF fournit également des soins de santé primaires aux 25 000 personnes déplacées du camp de la Mission catholique. En outre, MSF augmente le nombre de ses cliniques mobiles dans les villages au nord-est de Duékoué. Guiglo À Guiglo, MSF est présente dans deux centres de santé et fournit des soins de santé primaires à 4 800 personnes déplacées vivant dans un camp autour de l'église Nazareth. Dans le service d'hospitalisation de l'hôpital Nikla, MSF traite des enfants souffrant de malnutrition aiguë ou d’une anémie sévère liée au paludisme. Au cours des trois dernières semaines, MSF a effectué 400 consultations, dont 40 pour cent de cas de paludisme, et réoriente les urgences médicales ou chirurgicales vers l'hôpital de Duékoué.

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Les abords de l'hôpital de Yopougon. Les cliniques mobiles tentent d'atteindre ceux qui se cachent encore dans la brousse Beaucoup de gens se cachent encore dans la brousse par crainte des représailles ou de nouvelles attaques, en particulier sur l’axe entre Guiglo et Bloléquin où certains villages ont été brûlés ou détruits et sont encore déserts. MSF continue de diriger des cliniques mobiles le long de cette route pour atteindre les gens vivant dans la brousse en vue de répondre à leurs besoins médicaux. Plus d'évaluations sont également menées au sud de Guiglo, en particulier à Tai, où on signale que des populations se cachent toujours en campagne et ont besoin d'aide. À la frontière libérienne   MSF va doubler le nombre de cliniques mobiles près de la frontière avec le Libéria, entre Danané et Toulepleu où les équipes médicales se rendront sur 10 sites deux fois par semaine. Qui plus est, MSF commencera également à prendre en charge un service d'hospitalisation dans un centre du ministère de la Santé à Bin Houen, pour faire en sorte que les équipes des cliniques mobiles aient un endroit où envoyer les personnes devant être hospitalisées. Évaluations dans le Sud-Ouest On rapporte que des meurtres ont été commis dans la ville côtière de Grand Lahou au sud-ouest du pays, apparemment commis par des mercenaires qui auraient fui Abidjan et se dirigeraient vers le Libéria. MSF avait déjà prévu de faire don de fournitures médicales à des structures médicales locales, et évalue actuellement d'autres besoins potentiels. De plus, MSF mène également une mission exploratoire pour identifier les besoins à Tabou, une autre ville à la frontière avec le Libéria, et à Daloa, dans le centre du pays. Libéria : les réfugiés hésitent à repartir chez eux

Au cours des deux dernières semaines, le nombre de réfugiés ivoiriens traversant la frontière libérienne a diminué de façon spectaculaire, et pourtant les gens continuent d'arriver. De nombreuses personnes recherchent notamment des membres de leur famille qui ont pris la fuite avant eux. Certains ont commencé à retourner chez eux, mais plusieurs milliers d'autres ont encore trop peur de rentrer. Par ailleurs, certains réfugiés ont semé des cultures au Libéria et doivent attendre la récolte avant de retourner en Côte d'Ivoire. Le Libéria compte encore quelque 120 000 réfugiés ivoiriens, bien que les chiffres soient difficiles à confirmer. Parmi eux, une grande majorité continue d'être hébergée dans des familles et des communautés du Libéria, en particulier dans les comtés de Grand Gedeh et de Nimba jouxtant la frontière ivoirienne. Beaucoup de familles libériennes accueillant des Ivoiriens furent elles-mêmes des réfugiés en Côte d'Ivoire lorsqu’ils furent contraints de fuir le Libéria à la suite de la guerre civile qui a pris fin en 2003. MSF a mis en place 16 cliniques mobiles dans le comté de Grand Gedeh où se regroupent environ 60 000 réfugiés. Rien qu’en avril, le personnel a mené 4 500 consultations grâce à ces cliniques. Ces équipes ont également vacciné 835 personnes contre la rougeole. Dans le comté voisin de Nimba, où quelque 50 000 autres Ivoiriens ont trouvé refuge, MSF gère également des cliniques mobiles dans 11 sites le long de la zone frontalière, et assure 220 ​​consultations par jour en moyenne. Les principales maladies qui touchent la population sont le paludisme, les infections des voies respiratoires et la diarrhée. Le paludisme, qui représente jusqu'à 30 pour cent de l’ensemble des consultations, est une préoccupation majeure pour l'équipe, d’autant plus que les cas augmentent rapidement à cause de la saison des pluies. Parallèlement aux cliniques mobiles à la frontière, MSF dirige un poste de santé dans le camp de réfugiés de Bahn, où 4 500 Ivoiriens ont trouvé refuge. MSF y donne 50 à 65 consultations par jour en moyenne, la majorité étant des cas de paludisme et des infections des voies respiratoires. MSF apporte aussi son aide au service de consultations externes de la clinique voisine du ministère de la Santé, et mène des examens médicaux dans les camps de transit de New Yourpea.

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