« Lorsqu’Ebola est devenu une menace pour la sécurité internationale et non plus une crise humanitaire affectant une poignée de pays pauvres d’Afrique de l’Ouest, le monde a enfin commencé à se réveiller. »

Dr. Joanne LiuPrésidente internationale de MSF
23 mar 2015 - 18:45

Un an après le début de l’épidémie d’Ebola la plus meurtrière de l’Histoire, au moins 24.000 personnes ont été infectées par le virus et plus de 10.000 d'entre elles ont perdu la vie. Ebola a détruit des vies et des familles, laissant de profondes cicatrices, et a déchiré le tissu social et économique de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone.

Le virus a fait son chemin à travers ces trois pays, atteignant une propagation géographique sans précédent. La peur et la panique se sont abattues sur la population, les malades et leurs familles ont sombré dans le désespoir et le personnel de santé national ainsi que les équipes de MSF se sont retrouvés débordés et épuisés. Les soignants, qui ne disposent d’aucun traitement pour combattre la maladie, ne sont ni formés ni préparés au fait de perdre au moins 50% de leurs patients.

Malgré cette tragédie, le monde a, dans un premier temps, ignoré les appels à l’aide, puis s’est décidé à réagir sur le tard. Mais plusieurs mois avaient été perdus et de nombreux malades étaient déjà décédés. Nul ne connaît le nombre exact de décès provoqués par l’épidémie. En effet, suite à l’effondrement – consécutif à l’épidémie – des services de santé, les décès imputables aux cas de paludisme non traités, aux accouchements compliqués et aux accidents de la circulation ont considérablement alourdi le bilan, s’ajoutant aux décès directement imputables à Ebola.

Un an plus tard, le climat de peur et l’ampleur de la désinformation continuent à limiter la capacité du personnel soignant à éradiquer le virus. En Sierra Leone, des foyers actifs persistent, tandis qu’en Guinée, le personnel de santé a essuyé de violentes attaques en raison de la méfiance et de la peur toujours bien présentes au sein de la population. Fait plus encourageant : parmi les pays touchés, le Libéria a enregistré le plus net recul du nombre de cas. Toutefois, le risque d’une nouvelle flambée subsistera tant qu’Ebola continuera à se propager en Guinée et en Sierra Leone, pays voisins.

Un défi d’envergure nous attend encore. Pour pouvoir déclarer la fin de l’épidémie, nous devons identifier jusqu’au dernier cas. Il nous faut pour cela faire preuve d’une méticulosité pratiquement inédite dans le domaine des interventions humanitaires médicales sur le terrain. Nous ne pouvons-nous permettre ni erreurs ni complaisance, car le nombre de nouveaux cas par semaine reste plus élevé que lors de toutes les épidémies précédentes. Les succès engrangés dans une zone, en termes de recul du nombre de cas, peuvent se voir rapidement annihilés par une recrudescence subite et inattendue dans une autre région. 

 

 

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