La situation reste très tendue à Osh et Jalalabad, dans le sud du Kirghizstan, où de violents affrontements ont fait des centaines de morts depuis le 10 juin. Les équipes MSF sont sur le terrain pour apporter des soins médicaux aux victimes et aux personnes déplacées par la violence et un soutien aux structures de santé locales.

Violences à Nariman

Lundi 21 juin, une équipe de Médecins Sans Frontières (MSF) a été informée d’un nouvel épisode de violence à Nariman, dans la banlieue d’Osh. L’équipe MSF a visité l’hôpital de Nariman où 25 blessés recevaient des soins et deux personnes étaient décédées.

© Alexander Glyadyelov | Osh, Kyrgyzstan. An MSF doctor examines a 24-year-old man who has been beaten on his way to the food market.

« Les patients étaient tous des hommes souffrant de blessures à la tête, de côtes cassées, d’ecchymoses… », explique Andrei Slavuckij, médecin et coordonnateur MSF dans le sud du Kirghizstan. « Ces blessures sont clairement l’indication de violents passages à tabac. C’est une preuve de plus que la violence et les tensions sont loin d’être terminées ici. » Le personnel de l’hôpital de Nariman a pu s’occuper des patients mais manquait de médicaments essentiels et de matériel médical, qu’a pu lui fournir l’équipe MSF. MSF a par ailleurs noté la présence de quatre hommes armés non-identifiés dans les locaux de l’hôpital, une situation qui peut empêcher d’autres blessés de venir s’y faire soigner. « D’autres personnes peuvent être blessées et se cacher quelque part, ayant trop peur de venir à l’hôpital », explique Andrei  Salvuckij. « Par ailleurs, certaines ambulances ne peuvent transférer les blessés les plus graves vers des structures spécialisées car leurs chauffeurs ont reçu des menaces de mort au passage de certains points de contrôle. Il est essentiel que ceux qui ont besoin de soins aient un accès libre et sans entraves aux structures médicales. »

Début des activités MSF à Onadir

Mardi, une équipe MSF a constaté la situation très difficile dans laquelle se trouve une structure de santé située à Onadir, une communauté ouzbèke de 55 000 habitants au sud de la ville d’Osh. « Le personnel médical est complètement exténué », relate Sonia Peyrassol, psychologue MSF et coordonnatrice à Onadir. « Depuis le premier jour de la crise, ils ont pris en charge des patients nuit et jour. Les patients et le personnel sont tous extrêmement choqués. Quand on leur a demandé comment ils allaient, ils se sont mis à pleurer et à nous raconter des histoires horribles. » Le même jour, dans cette clinique d’Onadir, l’équipe MSF a prodigué des soins postopératoires à une cinquantaine de patients blessés dans les premiers jours de la crise. L’organisation va renforcer les capacités chirurgicales de la clinique ainsi que le service de soins pédiatriques et maternels et la prise en charge des maladies chroniques. Un chirurgien, un médecin et une infirmière MSF seront basés à Onadir et travailleront avec le personnel de la clinique. Les soins psychologiques seront au cœur de l’assistance MSF.

© Alexander Glyadyelov | Des réfugiés ouzbèkes reviennent du Kirghizstan après avoir traversé la frontière au point de contrôle de Sary Tash.

Plus de dix jours après le début des violences intercommunautaires dans le sud du Kirghizstan, la situation reste très tendue dans les villes d’Osh et de Jalalabad et dans leurs environs. MSF a pu observer que certaines des personnes qui avaient fui les violences (dont celles qui avaient fui au-delà de la frontière avec l’Ouzbékistan) ont commencé à retourner vers leur lieu d’origine. De nombreuses maisons ont été brûlées à Osh et aux alentours et nombreux sont ceux qui, par peur, se cachent ou se barricadent encore chez eux. Les nombreuses rumeurs qui circulent ne font qu’aggraver cette situation.

Six équipes MSF sur le terrain

MSF est maintenant présente à Osh et Jalalabad, ainsi que dans quatre sites près de la frontière avec l’Ouzbékistan. Ses équipes fournissent un soutien médical aux structures de santé locales et des soins aux nombreuses personnes victimes de violences ou ayant fui les récents affrontements. MSF a mis en place six équipes comprenant des médecins, des chirurgiens, des infirmières, des psychologues et des logisticiens. Quatre des équipes se concentrent sur l’assistance aux personnes déplacées, qui vivent aujourd’hui dans des conditions très difficiles. Outre les soins médicaux et psychologiques, elles distribuent ces jours-ci un millier de kits d’hygiène et autres biens de première nécessité pour environ 5 000 personnes. Deux autres équipes sont basées dans les structures de santé des villes d’Osh et Jalalabad, aidant leur personnel et fournissant du matériel médical et des médicaments. 2 000 traitements pour les maladies chroniques ont notamment été réalisés à la polyclinique d’Onadir. Mercredi, le personnel MSF a donné environ 300 consultations, y compris des soins à de nombreux blessés. 25 membres du personnel international MSF sont aujourd’hui présents dans le sud du Kirghizstan pour fournir une aide. De l’autre côté de la frontière, en Ouzbékistan, MSF a formé et assisté des psychologues locaux pour offrir des soins de santé mentale aux réfugiés venus du Kirghizstan, en se concentrant sur des méthodes de conseils de groupe. Une évaluation de la situation sanitaire et de l’approvisionnement en eau était également prévue et des biens de première nécessité ont été donnés à un stock central pour les réfugiés. La situation a changée depuis mercredi, et l’équipe a observé le départ de nombreux réfugiés qui rentrent au Kirghizstan. Par conséquent, les autorités locales ont décidé de cesser les activités de soins de santé mentale. L’équipe MSF sur place continue à suivre de près la situation et s’apprête à apporter un soutien aux autres équipes MSF situées du côté kirghize de la frontière. MSF travaille au Kirghizstan depuis 2006 et en Ouzbékistan depuis 1997, fournissant traitements et soins aux patients souffrant de la tuberculose, y compris ceux atteints des formes les plus résistantes de la maladie.