Les équipes d’urgence soignent les malades du Ebola
« L’épidémie d’Ebola peut être contenue, si l’on parvient à limiter la propagation du virus »
Depuis la mi-juillet, 36 cas d’Ebola ont été signalés en Ouganda et 14 personnes sont décédées. Les tests de laboratoire ont confirmé qu’il s’agit bien du virus Ebola.
L’hôpital de Kagadi, dans le district occidental de Kibaale, a reçu 18 personnes soupçonnées d’avoir contracté l’Ebola. Le 31 juillet, Médecins Sans Frontières (MSF) a donc lancé une intervention d’urgence pour limiter la propagation du virus.
Les épidémies d’Ebola sont rares, mais pour Olimpia de la Rosa, coordonnatrice des urgences et médecin pour MSF en Ouganda, la maladie ne lui est pas étrangère. En 2007, lorsque la précédente épidémie s’était déclarée dans le pays, elle avait déjà participé aux opérations de lutte. Cinq ans plus tard, elle coordonne l’intervention d’urgence de l’équipe MSF qui, sur place, s’efforce de contenir la propagation de cette maladie mortelle. Olimpia répond ici à nos questions à partir de Kagadi en Ouganda.
La population de Kagadi a-t-elle peur que l’épidémie se propage?
Il y a clairement des craintes dans la communauté, mais l’hôpital reste ouvert et la situation dans la zone est relativement calme. Si nous intervenons de manière adéquate, il sera possible de contenir cette épidémie.
Le président ougandais a appelé ses concitoyens à éviter tout contact direct entre eux. Que pense MSF de cette mesure?
C’est vrai qu’éviter tout contact direct avec d’autres personnes est un bon moyen de se protéger. Mais seules les personnes qui ont des symptômes sont contagieuses; la population ne doit donc pas avoir peur de sortir dans la rue. Il est aussi important d’éviter les contacts avec les substances corporelles d’autres personnes, mais ceci n’est réellement nécessaire que dans la région de Kagadi.

Ouganda 2007 © Claude Mahoudeau/MSF
Un membre du personnel MSF s’occupe d’un patient pendant l’épidémie d’Ebola en Ouganda en 2007. Olimpia de la Rosa, coordonnatrice des urgences et médecin pour MSF en Ouganda pour l’épidémie actuelle, avait déjà participé à l’intervention de 2007 contre cette maladie.
Est-il possible de guérir de la fièvre Ebola? Quel genre de soins les patients reçoivent-ils?
À ce jour, il n’existe aucun traitement spécifique contre cette maladie, mais certains patients en guérissent. Le taux de mortalité dépend du type de virus Ebola; il en existe cinq au total. Cette épidémie est apparentée au virus Ebola-Soudan qui est apparu pour la première fois au Soudan en 1976. Ce n’est pas le plus virulent, mais ce virus est mortel dans environ 70 pour cent des cas.
Les cas sévères nécessitent des soins intensifs. Les patients sont souvent déshydratés et requièrent un traitement de réhydratation orale. Pour le moment, il n’y a aucun traitement ou vaccin spécifique pour la fièvre hémorragique Ebola. Plusieurs vaccins potentiels sont en cours d’évaluation, mais on devra sans doute attendre plusieurs années avant qu’un vaccin ne soit disponible.
Que fait MSF pour contenir cette épidémie?
L’objectif de l’intervention de MSF est d’éviter que l’épidémie se propage et prévenir l’apparition de nouveaux cas. Nous participons à un effort conjoint visant à contenir l’épidémie qui consiste non seulement à soigner les patients, mais également à identifier rapidement les nouveaux cas pour les isoler et les soigner. Nous avons mis sur pied des équipes de promotion de la santé qui diffusent auprès de la population des informations sur les symptômes de la maladie et la manière de s’en protéger.
Pourquoi les équipes de MSF portent-elles des combinaisons spéciales lorsqu’elles traitent les patients?
La fièvre hémorragique Ebola se transmet rapidement lorsqu’une personne est en contact avec des personnes ou des animaux symptomatiques. Il est donc essentiel d’éviter tout contact avec les fluides corporels de personnes contaminés, ainsi que les vêtements qu’ils ont porté. Les équipes de MSF portent donc ces combinaisons pour se protéger du virus.
Quand les premiers cas d’Ebola ont-ils été signalés?
L’épidémie actuelle a officiellement été déclarée le 28 juillet, mais il semblerait que les premiers cas remontent au 12 juillet. Dans un premier temps, les symptômes d’Ebola ressemblent aux premières phases d’autres maladies contagieuses, donc toute personne qui présente des symptômes doit être prise en charge avec beaucoup de précaution. Il semblerait que le premier cas ait été une fillette de trois mois, dont la mère était également malade. Lorsque la fillette est décédée, sa famille a tenté de connaître les raisons de son décès, mais sans résultat, bien que des rumeurs circulaient disant qu’il s’agissait d’un mauvais sort ou d’un cas de sorcellerie. Environ 65 personnes se sont rendues à son enterrement, à la suite de quoi 15 sont tombées malades, dont 11 sont décédées depuis lors.
Pourquoi les enterrements sont-il si problématiques pendant une épidémie d’Ebola?
La contagion se produit suite à un contact avec les substances corporelles de personnes infectées, qu’elles soient symptomatiques ou décédées. Lors des cérémonies funéraires, il est courant de manipuler les corps, sans prendre de mesures de protection spécifiques. La majorité des personnes qui sont décédées au début de l’épidémie étaient des membres de cette même famille qui ont participé à l’enterrement de la petite fille.
Des cas ont-ils été enregistrés à Kampala, la capitale?
Pour le moment, la majorité des cas identifiés l’ont été dans la région de Kibaale où MSF a démarré son intervention d’urgence.
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