Un conflit lourd de conséquences à l’est
Le plus terrible est de voir des villages habituellement pleins de vie silencieux
« Le mois dernier, le village de mes parents a été attaqué. Ils ont voulu s’enfuir mais ils n’y sont pas parvenus car ma mère n’était pas en état de courir. Elle a été tuée à coup de machette. Mon père a été abattu alors qu'il tentait de s'échapper. 11 habitants du village sont morts tués à coup de machettes mais beaucoup d'autres encore ont péri dans l'incendie de leur maison. Leurs corps n'ont pas été retrouvés. »
- Une mère de cinq enfants qui a fui durant l’attaque sur son village du Nord-Kivu, en mai 2012. Son mari et un de ses enfants sont portés disparus.

Cette femme avait six enfants qui sont portés maintenant disparus après l'attaque de leur village au Nord-Kivu.
Les habitants des provinces du Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC) livrent une lutte incessante pour leur survie. Ils doivent survivre aux tirs, qui se multiplient alors que ce conflit de longue date vient de connaître un nouveau pic de violence, mais sont aussi confrontés à la pénurie totale d'infrastructures et de soins de santé. Dans un contexte où la peur et l’instabilité dominent, les habitants, pris dans ce tourbillon de violence, sont les premières victimes de cette véritable crise humanitaire.
Depuis avril 2012, Médecins Sans Frontières (MSF) a traité plus de 200 patients blessés lors d’affrontements entre groupes armés. Mais le simple recensement du nombre de patients admis dans nos hôpitaux pour des blessures par balle ou à la machette permet difficilement de se faire une idée du terrible impact de ce conflit sur la santé et le bien-être des populations vivant dans cette région en crise.
Contraints de fuir
Au cours de ces derniers mois, de nombreuses familles ont dû fuir et s'installer dans des camps et des centres de transit par crainte d’attaques nocturnes dans leur village. Rien n’est plus terrible que de voir ces colonnes d’hommes, de femmes et d’enfants, chargés de matelas, traverser les villages. Des gens habituellement pleins de vie mais que cette tragédie a rendu silencieux. Les petits ne font plus la sieste à l’ombre, les femmes ne vendent plus d’ignames et de maïs bouilli au bord de la route.
Des milliers de déplacés ont été hébergés par des familles d'accueil – des inconnus qui partagent leur toit et leur nourriture avec eux. Mais ils sont encore beaucoup plus nombreux à se terrer dans la forêt, avec pour seul abri des bâches en plastique recouvertes de feuilles pour ne pas être repérés de loin. Ces gens ne sont que rarement inscrits dans les registres officiels, car ils n’ont pas été enregistrés dans un site pour déplacés.
« Ils ont foncé sur nous, en masse. Nous avons pris la fuite. J’ai hissé le petit sur mon dos et pris le grand par la main. Ma femme portait notre bébé. Nous sommes en guerre et nous ne savons pas vers qui nous tourner. »
- Un père de cinq enfants. Deux sont portés disparus depuis l’attaque de leur village du Nord-Kivu en mai 2012.
« Nous nous sommes enfuis le dimanche de la semaine dernière. C'est ce jour-là que notre village a été attaqué. Ils ont mis le feu aux maisons, en utilisant de l’essence pour celles au toit en tôle ondulée. Les maisons au toit de chaume ou de feuilles se sont embrasées en un clin d'œil. Les habitants n’ont pas eu le temps de sortir.
Cette histoire, je l’ai vécue. Je me suis cachée dans la forêt avec mes enfants. On a eu le temps de sortir, mais ma belle-sœur, mon beau-frère et ma belle-mère sont morts brûlés vifs dans leur maison. »
- Une mère de quatre enfants, qui a fui l’attaque de son village du Sud-Kivu en mai 2012.
Trop terrorisés pour aller se faire soigner
Dans les centres de MSF, les patients arrivent de plus en plus souvent dans un état critique. Cette situation est souvent due au fait que les patients ont longtemps hésité à venir se faire soigner par crainte d’être attaqués ou rackettés en chemin.
« Une femme a fait une fausse couche en plein milieu de la nuit; elle saignait énormément. Mais à cause des militaires et des groupes armés omniprésents sur les routes, sa famille n'a pas osé la conduire à l'hôpital durant la nuit et ils ont donc attendu le lendemain matin pour faire ce trajet de plusieurs heures à pied. La jeune femme est arrivée à midi. À ce moment-là, elle avait perdu beaucoup trop de sang et nous n'avons rien pu faire pour la sauver. Elle est décédée quelques minutes après son arrivée. »
- Une infirmière MSF de l’hôpital Mweso au Nord-Kivu, avril 2012.
Une femme a été agressée et violée par un groupe d’individus armés alors qu’elle était en route pour l’hôpital avec son enfant malade. À son arrivée, son état était encore plus critique que celui de son enfant.
Dans certains endroits, nous constatons une augmentation considérable du nombre de patients – supérieure à 40 pour cent dans un des centres de santé – en raison de l’afflux de déplacés dans la région suite aux affrontements. Ailleurs, le nombre de patients est en baisse, car les habitants ont fui ou se cachent.
Malgré les terres fertiles et la végétation luxuriante, les habitants les plus fragiles et les plus vulnérables sont exposés à la malnutrition. En effet, les gens n’osent plus aller travailler dans les champs ou vendre leurs produits sur le marché.
« Je suis arrivée aujourd’hui à l’hôpital avec ma fille qui souffre de malnutrition sévère. Notre village est à trois heures de marche. À cause de l’insécurité de ces dernières semaines, nous ne dormions même plus chez nous mais dans les champs ou dans la forêt. La nuit, les bandes armées viennent attaquer le village et le jour, ces bandes et les militaires s’affrontent. Comment voulez-vous que nous allions chercher à manger quand les balles sifflent autour de nous et nous empêchent de nous rendre aux champs. »
- Une mère d'une jeune patiente de quatre ans admise dans le centre nutritionnel de MSF au Nord-Kivu, avril 2012.
Victimes de la violence
MSF traite des patients qui ont été pris à tort pour des combattants et attaqués à coups de machette ou par balles. Patients et membres du personnel nous parlent de certains de leurs proches qui ont été enlevés et forcés par les groupes armés de porter leurs provisions et des biens pillés.
« J’ai quitté mon village avec ma famille au début des affrontements. Le mercredi, comme nous n’avions plus rien à manger, je suis retourné dans mon champ avec quelques amis pour récolter des légumes. Nous avons entendu des tirs d’armes et j’ai été touché par une balle perdue, qui s’est logée dans mon bras gauche. Avec mes amis qui étaient indemnes, je suis rentré au village. Ils ont fabriqué une civière de fortune avec des branches et m'ont transporté jusqu'à la route principale où nous avons pu trouver une motocyclette pour nous rendre dans la ville voisine. Mais nous avons attendu le lendemain pour nous mettre en route car nous ne voulions pas faire le trajet de nuit. »
- Un père de trois enfants au Nord-Kivu, mai 2012.
« Dimanche dernier, nous avons entendu des coups de feu dans le village et tout le monde est donc allé se mettre à l'abri chez soi. Ma petite fille a été la dernière à pouvoir se cacher. Il y avait beaucoup de monde et elle a eu du mal à entrer. Elle a pris une balle dans la cuisse. Elle a beaucoup pleuré et crié. Nous l'avons transportée jusqu'au centre de santé où elle est restée un jour. Le mardi, elle a été transportée à l'hôpital en moto.
J’ai peur, j’ai surtout peur pour mes enfants et de ce qui risque de leur arriver si la guerre continue. Lorsque nous prenons la fuite, nous partons sans rien emmener, ni vêtement ni nourriture, et nous risquons à tout moment de nous faire agresser par les groupes armés. »
- Une mère de cinq enfants au Nord-Kivu, mai 2012.
Le pic d’instabilité que connaissent actuellement le Nord et le Sud-Kivu s’inscrit dans un cycle de violence dans l’est de la RDC. Une situation qui continue d’avoir de graves conséquences sanitaires et humanitaires pour les habitants de la région.
MSF continue de fournir des soins médicaux de qualité dans la région du Nord et du Sud-Kivu. Elle est présente dans 10 hôpitaux de référence, 31 centres de santé et neuf postes de santé. Elle a aussi mis en place un système de cliniques mobiles hebdomadaires et plusieurs centres de traitement du choléra. Des activités de réponse aux urgences sont également mises en œuvre lorsque la situation l’exige.
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