Réfugiés au Soudan du Sud
« Nous avons marché pendant six jours… sans rien prendre à part les vêtements que nous portions »
Ces témoignages personnels décrivent la situation de dizaines de milliers de réfugiés qui ont fui les combats au Soudan. Alors qu’ils cherchent un semblant de sécurité dans des camps de réfugiés surpeuplés, ils se retrouvent maintenant en pleine crise humanitaire au Soudan du Sud.

Soudan du Sud 2012 ©Sally McMillan/MSF
Les réfugiés fuyant le conflit et l'insécurité alimentaire dans les monts Nouba souffrent d'une aide insuffisante dans le camp de Yida.
Dans un camp de réfugiés près de Yida dans l’État d’Unité
« Ma fille a le paludisme, et elle est à l’hôpital depuis quatre jours. Elle a un mois. Cela fait tout juste une semaine que nous sommes à Yida. Nous venons des monts Nouba. Mon mari et moi avons fui la guerre avec nos 10 enfants. Nous n’avions pas de nourriture, pas de médicaments, et nulle part où aller pour faire soigner notre bébé malade. Nous nous sommes cachés dans la brousse depuis juin dernier. Nous avons marché pendant deux jours pour venir jusqu’ici et mon bébé est tombé malade à Yida. J’aimerais rentrer un jour, mais nous attendons la paix qui n’arrive pas. »
- Une femme du camp de réfugiés de Yida
« Mon enfant est ici à l’hôpital. Il souffre de diarrhées, de déshydratation et il a aussi des ulcères dans la bouche. Il était malade depuis cinq jours. Je viens des monts Nouba. J’ai pris la fuite avec mes neuf enfants, et nous avons dû laisser mon mari. Je n’ai plus de nouvelles de lui depuis que nous sommes partis pour Yida en septembre. Nous avons marché pendant six jours. Nous avions dû partir vite, sans rien prendre à part les vêtements que nous portions. Je suis venue avec l’ensemble de mon village, et nous sommes tous partis à cause de la guerre. J’ai vu des gens mourir sur la route, dont trois enfants. Depuis que nous sommes arrivés, mes enfants ont souvent des diarrhées; ils souffrent tout le temps. Parfois, les rations de nourritures ne sont pas suffisantes pour tenir tout le mois. Nous avons faim. »
- Une femme du camp de réfugiés de Yida
Dans des campements temporaires de réfugiés dans l’État du Nil Supérieur
« Nous avons marché pendant deux mois. Beaucoup de villages que nous avons traversés étaient constamment bombardés, alors nous devions poursuivre notre route. Nous avions de la nourriture pour seulement deux semaines, et après plus rien. Nous nous sommes nourris de lalop et de feuilles d’arbres. Nous donnions surtout la nourriture aux enfants et certains jours nous n'avions rien à manger. Certaines personnes sont tombées très malades et nous avons dû les laisser derrière nous. Nous ne pouvions pas les transporter et ils étaient trop faibles pour continuer. »
- Une femme de 28 ans, mère de six enfants
« Lorsque nous sommes arrivés à El Fuj [point de passage frontalier], nous y sommes restés une semaine. Avec toute cette marche sans rien manger, nous étions très fatigués. On nous a donné un peu de nourriture et nous sommes venus ici il y a 12 jours. Nous n'avons rien reçu ici. Nous n’avons ni bâche en plastique, ni nourriture. Nous mangeons les feuilles des arbres, mais cela ne suffit pas; les gens tombent malades. Et il n'y a pas assez d'eau. Aujourd'hui, il y avait une distribution de nourriture, mais nous n'avons rien reçu. J'ai sept enfants et rien à leur donner à manger. »
- Une mère de 34 ans
Un réfugié de l'État du Nil Bleu travaillant avec l'équipe médicale de MSF
« À l’heure actuelle, les gens souffrent de la faim dans les camps de Doro et de Jamam. Si vous allez à la clinique, vous voyez beaucoup de gens et d'enfants souffrant de malnutrition et de déshydratation. À partir du moment où ils se sont enfuis du Nil Bleu, les gens ont eu très peu de nourriture. Même s'ils reçoivent des rations alimentaires, il n'y a pas assez de nourriture. »
« Je suis heureux de travailler ici parce que je peux aider ma communauté du Nil Bleu. Je suis réfugié comme eux. Je suis très fier de travailler pour MSF et d’aider ma communauté. Je suis très fier et heureux de faire ce travail parce que les gens souffrent beaucoup. Ils n’ont ni bâches en plastique, ni nourriture, ni suffisamment d'eau. C'est pourquoi, lorsque nous les rencontrons, ils ont des problèmes de diarrhée. La malnutrition est maintenant très courante ici. Nous faisons de notre mieux pour les aider et je remercie MSF d’avoir été la première organisation sur place quand nous sommes arrivés du Nil Bleu. Ils nous aident énormément. »
« Beaucoup de gens continuent d’arriver du Nil Bleu. Il semble qu'ils soient maintenant près de la frontière et soient affaiblis. Hier, nous sommes allés à El Fuj et on rapporte que des maisons ont été incendiées dans le Nil Bleu et que les gens ont tout perdu. Encore plus de gens vont donc venir ici. »
Dans le camp de réfugiés de Jamam
« Certains jours, le camion transportant de l'eau ne vient pas et nous n’avons rien à boire. Les enfants pleurent sans cesse tant ils ont soif. Parfois, nous pouvons rester deux jours sans eau. L'eau est si proche, mais nous ne pouvons pas en avoir, parce qu’il n'y en a pas assez pour tout le monde. La situation a empiré ces deux dernières semaines. Comme il n'y a pas assez d'eau dans le camp, nous devons maintenant aller à l'extérieur pour en obtenir. Il nous faut faire deux heures de marche pour nous y rendre et deux heures pour revenir. C'est très fatigant. »
- Une femme du camp de réfugiés de Jamam
« Mon mari et ma fille sont morts à cause de la diarrhée. Mon mari était âgé de 80 ans et ma fille avait 25 ans. Ils étaient très faibles, et nous n'avions pas d'eau potable ou de nourriture à leur donner. »
- Une femme âgée, à la recherche de son petit-fils au camp de réfugiés de Jamam
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