Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Entrevue : « Il existe des solutions à tous ces problèmes. On doit juste en faire plus, plus rapidement. »

Chiara Burzio travaille comme infirmière à l’hôpital de campagne de Médecins Sans Frontières (MSF) dans le camp de réfugiés de Jamam. Entrevue menée le 15 juin 2012


Soudan du Sud | 19 juin 2012

Photo: Hanna McNeish | MSF nurse Chiara Burzio in South Sudan« Je viens de passer trois heures sur le site de rassemblement temporaire des réfugiés appelé « Kilomètre 18 » (Km 18), où je me suis occupée du triage, des consultations de base et du traitement des gens les plus malades. Nous avons transféré les pires cas de déshydratation vers l'hôpital de campagne de Jamam, situé dans le camp de réfugiés où je suis basée. Cependant, il y a tellement d'enfants sévèrement malnutris au « Km 18 » que nous avons dû mettre en place un centre de nutrition thérapeutique intensive il y a deux jours.

Ce matin, nous avons vu les pires cas, mais ce qui est difficile, c'est que tout le monde ici a besoin d’un traitement ou d'une assistance quelconque. Toutefois, en raison de notre temps et nos ressources limités, nous ne pouvons aider qu’un nombre limité de personnes. Nous devons concentrer notre énergie sur les cas les plus critiques et faire des choix. Mais c'est difficile, surtout lorsqu’on voit dans quelle situation se trouve tous ces gens.

Et la situation ici est dramatique. L'eau arrive à épuisement, et quand nous n’en aurons plus, 35 000 personnes se retrouveront privées d’eau. Les gens sont à la limite de ce qu’ils peuvent endurer. Hier, nous avons réussi à fournir 2,5 litres d’eau par personne et nous espérons pouvoir leur en fournir jusqu'à trois litres aujourd'hui, mais c'est loin d'être suffisant. L'étang où nous puisons l’eau que nous traitons et que nous distribuons ensuite est en train de s’assécher. Sans eau, et même avec une quantité d'eau réduite, ces gens vont être en difficulté. Ils ont besoin d'aide.

Ici, on voit beaucoup de choses qui sont difficiles à supporter. En voiture, on commence par voir des gens éparpillés un peu partout, puis tout à coup une foule de gens, la plupart assis, s'abritant sous des morceaux de plastique. Je n'avais jamais rien vu de tel. La plupart sont déshydratés, beaucoup ont la diarrhée. Tout le monde a l'air malade et épuisé. Beaucoup viennent tout juste d'arriver après avoir marché 30 kilomètres ou plus à pied. Cela fait beaucoup de peine de voir à quelle vitesse ils boivent le verre d'eau qu’on leur donne, à quel point ils ont besoin d’eau.

Photo: Louise Roland-Gosselin
Soudan du Sud 2012 © Louise Roland-Gosselin/MSF
Ces trois dernières semaines, entre la fin mai et le début du mois de juin, entre 30 000 et 35 000 nouveaux réfugiés ont traversé la frontière entre l’État du Nil Bleu, au Soudan, et l’État du Nil Supérieur, au Soudan du Sud. Ils ont rejoint les 70 000 réfugiés déjà installés dans les camps de Doro et Jamam. Dans les deux camps existants, ni l’eau ni l’espace ne sont suffisants pour accueillir ce nouvel afflux de réfugiés.

La plupart des patients que nous transférons vers notre hôpital de campagne à Jamam sont gravement déshydratés, sévèrement malnutris ou ont une grave diarrhée ou bien la fièvre. Nous avons également eu un cas de méningite. Ce matin, nous avons ramené avec nous une fillette de huit mois qui était si petite et malnutrie qu’elle avait l’air d’un enfant de trois mois. Nous l’avons hospitalisée et la nourrissons maintenant avec des aliments thérapeutiques spécifiques en espérant qu'elle reprendra du poids.

Hier, on nous a apporté une femme qui était gravement déshydratée et avait une diarrhée sévère. Habituellement, si les patients peuvent boire, nous leur donnons entre deux et trois litres de solution de réhydratation à boire lentement au cours d'une journée. Si on réhydrate une personne trop vite, elle risque d’avoir des complications médicales. Mais cette femme était dans un état tellement critique que nous avons dû la réhydrater par voie intraveineuse. Aujourd'hui, elle va mieux et son état s'améliore lentement.

Ce qui est frustrant c’est que tous ces gens ont des problèmes de santé qu’on peut traiter facilement. Ici à Jaman, je travaille principalement avec des enfants souffrant de malnutrition, et ils sont comme tous les enfants. Quand ils sont mal nourris, ils ont des visages tristes qui ne sourient jamais, mais dès qu'ils commencent à prendre du poids, vous pouvez voir instantanément la transformation. Ils commencent à rire, à jouer et ils aiment s’amuser comme tous les enfants.

Tous les gens qui vivent dans ces camps sont des gens normaux qui avaient une vie normale. Ils n’étaient pas riches, mais ils avaient une maison et des vêtements, et puis un jour, ils ont dû rassembler leurs affaires, laisser leur vie derrière eux et se mettre en marche. Et ce, pendant des semaines. Ceux qui étaient assez chanceux et assez forts ont pu arriver jusqu’à l'un de ces camps; les autres sont morts en cours de route.

Les gens ont besoin d'eau. Ils ont besoin de nourriture. Ils ont besoin d'un abri. La plupart d'entre eux ont juste un morceau de plastique pour se couvrir. La nuit, il fait froid, et si vous dormez dehors sans couverture, le risque que vous attrapiez une pneumonie, ou pire encore, est élevé.

C'est toujours difficile de voir des gens qui souffrent, mais au moins nous sommes capables de faire quelque chose pour les aider. Il existe des solutions à tous ces problèmes. On doit juste en faire plus, plus rapidement. »

Depuis novembre 2011, MSF vient en aide aux réfugiés dans l’État du Nil Supérieur. Nos équipes dirigent deux hôpitaux de campagne dans les camps de Jamam et de Doro, où elles fournissent plus de 3 000 consultations par semaine. MSF a également mis en place une clinique permanente dans le nouveau camp de réfugiés de Yusuf Batil. De plus, MSF conduit chaque jour des cliniques mobiles et dirige un centre de nutrition thérapeutique intensive sur un site de rassemblement temporaire de réfugiés connu sous le nom « Km 18 ». MSF mène également une campagne de vaccination contre la rougeole et distribue des articles de première nécessité aux réfugiés installés au Km 18. À travers l'État du Nil Supérieur, MSF est engagée dans des activités d'approvisionnement en eau de grande envergure dans différents sites temporaires. »


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