Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Une infirmière congolaise prend en charge les femmes enceintes et les victimes de viol.

Voix du terrain


République Démocratique Du Congo | 17 février 2012

Au Sud-Kivu, dans la partie orientale de la République démocratique du Congo (RDC), Médecins Sans Frontières (MSF) administre un hôpital dans la ville de Baraka, ainsi que trois centres de santé. Ces établissements offrent des soins primaires et spécialisés, y compris en matière de nutrition, de dépistage et de traitement du VIH/sida et de la tuberculose et de santé reproductive. Au printemps 2011, l'infirmière Alice Echumbe a été nommée pour ouvrir et diriger un centre de santé familiale MSF appelé Jamaa Letu. Dans ce texte, Alice Echumbe explique comment le centre médical tente de sensibiliser les femmes et les guérisseurs traditionnels aux soins qu’il offre, notamment en matière de prise en charge des femmes enceintes et d’assistance confidentielle aux survivants de violence sexuelle.

Je suis la superviseure du centre Jamaa Letu, ce qui signifie en swahili « notre famille ». MSF a ouvert ce centre en mai 2011 pour offrir des services communautaires supplémentaires, en particulier aux femmes enceintes qui ont besoin d'être près de l'hôpital juste avant la naissance, afin de leur éviter un long voyage depuis leur village. Le centre accueille également des patients qui veulent un cadre plus privé et confidentiel pour leurs consultations de planification familiale, les tests volontaires du VIH/sida (en particulier pour les femmes enceintes), le traitement des maladies sexuellement transmissibles et le traitement des survivants de violences sexuelles. Ces survivants ne sont pas seulement des femmes, mais aussi des hommes et même des enfants, certains de moins de cinq ans.


RDC © Claudia Blume/MSF
Alice Echumbe, superviseure et infirmière, devant le centre de santé familiale Jamaa Letu à Baraka, au Sud-Kivu, en RDC en novembre 2011.

Je suis infirmière de formation. Depuis 2009, je travaille pour MSF et avant j’étais en poste à l'hôpital MSF à Baraka. J'ai fait du travail de sensibilisation avec les équipes de santé mobiles, qui se déplacent jusque dans les villages reculés pour les sensibiliser à des questions de santé telles que le choléra, la malnutrition et la tuberculose. Nos équipes constatent dans les villages que les gens vont souvent voir les guérisseurs traditionnels quand ils sont malades, par exemple si un enfant a le paludisme, l'une des maladies les plus courantes. Mais la médecine traditionnelle peut parfois entraîner de graves complications et mettre les patients en danger de mort, surtout s'ils ne peuvent pas se rendre à l'hôpital à temps. Nous apprenons donc à la communauté et aux guérisseurs traditionnels à reconnaître quand il est nécessaire de demander de l'aide et d'envoyer leurs patients vers un centre de santé. Nous essayons également de convaincre les femmes enceintes de se rendre au centre de santé rural ou à l'hôpital pour accoucher, car ces établissements disposent de sages-femmes qualifiées, d'équipements et de médicaments.

L'organisation de consultations et de traitements pour les victimes de violences sexuelles fait aussi partie du travail de sensibilisation de MSF. À nos cliniques mobiles, nous rencontrons souvent des victimes de viol. Le pire des cas a été lorsque nous avons organisé une clinique mobile en juin et nous avons rencontré plus de 100 victimes de violences sexuelles. Les viols se produisent souvent lorsque les gens vont du village au marché ou sur le chemin du retour. Des hommes armés arrêtent les villageois et les séparent en groupes : hommes, femmes, jeunes filles. Ils volent leurs biens et se répartissent les femmes et les filles : « J'aime bien celle-ci, tu peux avoir celle-là », disent-ils souvent. Même les hommes et les garçons sont parfois violés.

Quand nous entendons parler d'actes de violence sexuelle, nous nous mettons en contact avec la communauté et lui faisons savoir combien il est important d'obtenir une aide médicale et psychosociale. Nous leur disons que nous offrons la pilule du lendemain, par exemple, un traitement contre les maladies sexuellement transmissibles, une vaccination contre l'hépatite et référons les patients vers des services de counselling. Beaucoup de survivants viennent aux centres de santé ruraux pour chercher un traitement médical et un soutien psychosocial. Au Congo, les maris quittent souvent leur épouse quand ils savent qu'elles ont été violées. Pour cette raison, les survivantes de violences sexuelles sont réticentes à demander de l'aide. Pour éviter une stigmatisation, les femmes peuvent aller à une clinique de santé en milieu rural ou à l'hôpital soutenu par MSF, où elles peuvent parler au personnel en toute confidentialité, sans que quiconque ne sache pourquoi elles sont venues. C'est l'une des raisons pour lesquelles MSF a mis en place le centre Jamaa Letu, qui offre plus d'intimité aux patients, en dehors de l'hôpital principal de Baraka.

Je ne peux pas être trop émotive quand je parle à des patients qui ont été violés, parce que si je suis découragée, ils le deviennent eux aussi. Mais après être revenue d'une clinique mobile, la nuit, les histoires que j'ai entendues pendant la journée reviennent me hanter. Parfois, j'ai peur, surtout quand je voyage, mais j'essaie de rester forte. Et quand j'arrive quelque part, je me mets tout simplement au travail. Dans le passé, MSF a envoyé de son bureau des psychologues pour me soutenir moi et mes collègues et cela m'a beaucoup aidée.

 

L’infirmière MSF, Irene Mazza, écrit d’un petit village isolé dans le nord-est du Congo. Lire son blogue ici.


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