La vaccination peut contribuer à lutter contre le choléra
Améliorer de manière permanente l’eau et l’assainissement reste crucial
En octobre 2010, Haïti a été frappée par une vaste épidémie de choléra, maladie absente du pays depuis près d’un siècle. L’élément pathogène en cause, Vibrio cholérae (souche O1 Ogawa), a été importé et introduit par l’homme.
Au niveau national, le nombre de cas a atteint un pic au cours de la dernière semaine de l’année 2010, avec 4 000 cas reportés par jour. Il a ensuite diminué lentement jusqu’à la fin du mois d’avril (500 cas/jour), avant qu’une seconde augmentation ne provoque une nouvelle hausse à la mi-juin (2 000 cas/jour). Un an plus tard, en octobre 2011, plus de 465 000 cas et 6 500 décès ont été enregistrés.

Haïti © Jean Marc Giboux
Une employée MSF s'occupe d'une patiente atteinte du choléra.
L’épidémie entre dans son douzième mois, avec certaines communautés touchées pour la deuxième fois. Tout le monde s’entend pour dire que le choléra sera présent sur le long terme, voire de manière permanente dans l’environnement, et que, plus que jamais, il est primordial de renforcer et d’étendre les mesures de prévention.
David Olson, médecin et référent médical de Médecins Sans Frontières (MSF) pour les maladies diarrhéiques, a été impliqué dans la réponse à l’épidémie depuis son commencement. Il fait le point sur la possibilité d’utiliser la vaccination contre le choléra en Haïti.
Quelles options vaccinales sont aujourd’hui disponibles pour lutter contre le choléra?
Les vaccins contre le choléra existent depuis des décennies, tout d’abord par voie injectable pour les voyageurs et les soldats, même si les effets secondaires et la faible efficacité les rendent inutilisables pour une vaccination de masse. De fait, ils ne sont quasiment plus utilisés.
Plus récemment, des vaccins oraux ont été mis au point et utilisés dans des zones d’endémie. Les tests ont démontré leur efficacité et l’absence de graves effets secondaires. Bien que la protection immunitaire demeure relativement courte, de deux à trois ans, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande depuis 10 ans l’utilisation des vaccins oraux comme outil de prévention en parallèle d’actions dans les domaines de l’eau et de l’assainissement.
Il y a actuellement deux vaccins oraux disponibles sur le marché : le Dukoral, fabriqué par Crucell, existe depuis plus de 20 ans, tandis que le Schanchol, que l’OMS a récemment pré-qualifié, a été mis au point par Shantha Biotech. Tous les deux nécessitent deux doses séparées de deux semaines et ne protègent qu’à partir d’une semaine suivant la seconde prise. Au niveau clinique, il n’y a véritablement de différence entre les deux au niveau de l’efficacité, qui a été évaluée à 70 pour cent sur une période de deux ans à partir d’essais cliniques. Néanmoins, Dukoral, l’ancien vaccin, doit être dilué avec une solution tampon avant d’être avalé, tandis que le plus récent est une simple solution de deux millilitres qui peut être versée dans la bouche de la même façon que le vaccin contre la poliomyélite. Au niveau logistique, ce dernier serait donc plus pratique et son prix d’environ 2 dollars par dose reste abordable.

Haïti © Yann Libessart/MSF
Centre de traitement du choléra dans le quartier de Delmas 33, à Port-au-Prince.
Est-ce qu’une vaccination de masse pourrait arrêter l’épidémie qui sévit actuellement en Haïti?
Sans améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, le choléra continuera à revenir sans aucun doute. Aujourd’hui, près de la moitié des Haïtiens n’ont pas accès à l’eau potable et près de 80 pour cent n’ont pas de système d’assainissement. Cela signifie qu’il faut considérer quasiment la totalité de la population comme étant à risque de développer la maladie. En outre, vacciner toute la population, comme le gouvernement l’exigeait initialement, pose plusieurs problèmes.
Tout d’abord, le problème se pose de fabriquer assez de vaccins au niveau des compagnies pharmaceutiques. On parle de 20 millions de doses qui, au jour d’aujourd’hui, ne sont pas disponibles sur le marché, et ce, même en additionnant les capacités de production des deux fabricants.
L’aspect financier est un autre problème important. Les vaccins seuls coûteraient au minimum 40 millions de dollars, auxquels il faut ajouter les coûts liés à la logistique et aux ressources humaines. N’oublions pas que la protection contre le choléra ne durera que deux ans et sera efficace pour les deux tiers des personnes vaccinées. Si un choix financier devait s’effectuer, investir cet argent dans une amélioration durable de l’accès à l’eau et l’assainissement serait probablement un meilleur calcul.
La vaccination contre le choléra peut-elle néanmoins être utile en Haïti?
Cibler ceux qui n’ont pas accès à des structures médicales ou à des mesures de prévention aurait un impact significatif.
En milieu urbain, il est plus simple a priori de traiter les malades, de distribuer de l’eau et du savon, ainsi que d’informer la population. Cela est toutefois beaucoup plus compliqué en montagne ou en milieu rural, lorsque ces zones sont elles aussi touchées par le choléra. Mener des campagnes de vaccination dans ces secteurs ne sera pas chose aisée, mais il serait encore plus difficile d’intervenir si une épidémie survenait.
Mais c’est un choix qui ne relève pas de la responsabilité de MSF. La question de déterminer qui doit être vacciné soulève beaucoup de réactions. Cela nécessite l’intervention du gouvernement. Vacciner est parfois un acte autant politique que médical.
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