Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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L’hôpital d’Abobo Sud travaille à pleine capacité


Côte d'Ivoire | 13 mai 2011

L'hôpital d'Abobo Sud à Abidjan est transformé. Ce qui ressemblait davantage à un dispensaire disposant d'une vingtaine de lits avant qu'Abidjan ne sombre dans la violence est aujourd'hui envahi par les malades. L'équipe de MSF a utilisé le moindre espace pour installer des lits. Les halls d'entrée sont devenus des salles d'hospitalisation et deux tentes ont été montées au milieu de la cour si bien que l'hôpital a maintenant une capacité de 130 lits.


Côte d'Ivoire © Thierry Huaume/MSF
Un jeune patient à l'hôpital d'Abobo Sud

Pour dépeindre l'hyperactivité qui y règne, le directeur de l'hôpital fait de l'humour. « Ils ont, dit-il, l'épilepsie du travail! » De fait, le personnel travaille sans relâche. Depuis que, le 28 février, une équipe d'expatriés de MSF a rouvert l'hôpital avec huit travailleurs ivoiriens, l'activité n'a cessé d'augmenter. Maintenant que les combats ont cessé dans ce quartier du nord de la métropole ivoirienne, 250 employés ivoiriens sont à l'œuvre.

La maternité ne désemplit pas. Sophie, une sage-femme venue de France pour superviser la maternité, a l'impression d'être sur une autre planète. Alors qu'elle a l'habitude de voir 5 accouchements par jour, ici on en pratique plus de 40. « Eh oui, on fait beaucoup de bébés ici », dit en riant une sage-femme de l'hôpital. Et les jeunes mères restent moins de trois heures après l'accouchement pour céder la place à d'autres femmes qui attendent.

De même, le bloc opératoire tourne à plein régime. Jusqu'à la chute du régime de Gbagbo le 11 avril, les blessés, essentiellement par balle y étaient pris en charge, jusqu'à plus de 100 par jour au plus fort des combats. Certes, le calme est revenu dans presque tous les quartiers d'Abidjan, mais des blessés continuent d'arriver, une dizaine par jour. Des hommes en armes, nombreux, qui circulent dans la ville causent des accidents. Un matin, une petite fille d'à peine deux ans qui jouait devant sa maison a reçu une balle dans le thorax tandis qu'une autre a effleuré sa tête. D'autres urgences chirurgicales se présentent, plus classiques comme des césariennes ou des péritonites.


Côte d'Ivoire © Brigitte Breuillac/MSF
File d'attente de patients devant l'hôpital d'Abobo Sud. La file d'attente a commencé à se former à 5 h; le premier patient est examiné à 7 h 30.

Que ce soient médicaments ou matériel médical, rien ne manque maintenant. MSF peut acheminer à Abidjan tout ce qu’il faut. Mais pendant une dizaine de jours, de fin mars à début avril, cela a été très difficile. L’hôpital se trouvait sur la ligne de front. Le personnel ne pouvait plus sortir et l’approvisionnement était bloqué. Les stocks diminuaient dangereusement, les gants notamment. Alors, au lieu de les jeter après chaque geste, le personnel les lavait au savon et au chlore pour les réutiliser. Et le personnel a tenu bon. Il dormait dans l’hôpital, mangeait dans l’hôpital grâce à Patricia, une jeune femme venue proposer ses services le 28 février et qui prenait le risque de sortir dans la rue pour faire le marché et préparait les repas pour tous. « L’équipe était très motivée », raconte le Dr Chibu Okanta, coordonnateur médical à MSF. « Un médecin pouvait nettoyer les lits, un hygiéniste faire brancardier… »


Côte d'Ivoire © Benoit Finck/MSF
Une mère et son enfant dans la salle d'urgence de l'hôpital d'Abobo Sud

Entendre des balles siffler tout près ou un char passer et repasser juste derrière le mur de l'hôpital, demander à des combattants de laisser leurs armes à l'entrée quand ils amenaient un blessé, le stress était permanent ou presque. Mais, l'équipe MSF trouvait parfois le moyen de rire pendant le repas du soir. Si aujourd'hui la pression est retombée, l'équipe n'a toujours pas le temps de souffler. La vie reprend son cours et les malades affluent. Après être restés chez eux terrés pendant des jours, parfois des semaines, les gens viennent consulter.

À cinq heures du matin, une file d’attente se forme devant l’hôpital. La porte s’ouvre pour les consultations externes à 7 h 30. Des femmes enceintes sont là, des mères avec leurs enfants souffrant pour beaucoup de paludisme sévère, parfois compliqué d’anémie. Certains arrivent trop tard et décèdent à leur arrivée. Dans la journée, les médecins MSF donnent 350 à 400 consultations. Mais ils ont beau faire le maximum, il leur est impossible de recevoir tous ces patients.

Pour endiguer ce flux de malades, MSF a rouvert un autre hôpital dans les quartiers d’Anyama et d’Abobo Nord, et apporte son soutien à un centre de santé du quartier. La situation n’y est toutefois guère différente. Tout au long de la crise qui a paralysé le pays, la population a été privée de soins médicaux et de médicaments.


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