Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Soigner les femmes enceintes atteintes du choléra

La déshydratation de la mère fait courir un grand risque au bébé.


Haïti | 14 décembre 2010

Photos Diaporama : Enceintes avec le choléra

Située à Port-au-Prince, la maternité Isaïe Jeanty du ministère de la Santé haïtien a reçu le soutien de Médecins Sans Frontières (MSF) depuis mars 2010. Dans cet hôpital de référence et de formation, les équipes MSF se concentrent surtout sur les urgences obstétriques et les soins intensifs pour les nouveaux-nés. Au cours des sept derniers mois, plus de 7 000 bébés en bonne santé ont vu le jour dans cette maternité. Depuis le mois de novembre, alors que des cas de choléra ont commencé à se déclarer à Port-au-Prince, de plus en plus de femmes enceintes se sont présentées à l’hôpital avec des symptômes du choléra et des complications obstétriques ou des contractions précoces liées à cette maladie.

Felipe Rojas Lopez, maïeuticien MSF (homme exerçant la profession de sage-femme), vient en aide aux femmes présentant des symptômes du choléra qui sont au dernier stade de leur grossesse ou sur le point d’accoucher à Isaïe Jeanty. Felipe est arrivé en Haïti au début du mois de novembre juste avant que les cas de choléra ne commencent à apparaître dans la capitale. Avec l’aide de son équipe, il a mis en place une tente d’isolement de 12 à 15 lits dans le complexe de l’hôpital pour commencer à traiter rapidement les patientes dont le nombre était en hausse perpétuelle au cours des trois dernières semaines. Il décrit ici les opérations sur place.

De quelle manière le choléra affecte-t-il les femmes au dernier stade de leur grossesse?

Le choléra ne fait pas d’exception. Il touche les femmes enceintes qui, comme toute autre personne, souffrent de déshydratation, de diarrhées et de vomissements. La majorité des femmes enceintes atteintes du choléra ne souffrent d’aucune complication et sont traitées comme n’importe quel autre patient adulte. Mais dans certains cas, la maladie engendre un travail prématuré ou des complications obstétriques. À la maternité Isaïe Jeanty, nous nous attachons à fournir les soins vivement requis par ces patientes. Le plus gros problème est que l’état de déshydratation de la mère fait courir un grand risque au bébé qui sera privé d’un apport d’oxygène, de sang et de nutriments suffisant pour survivre. Il arrive que les femmes attendent trop longtemps après l’apparition des premiers symptômes pour aller consulter, et dans ce laps de temps, leur état de santé peut s’être grandement dégradé. Parfois, l’extrême déshydratation de la mère a déjà provoqué la mort intra-utérine du bébé.

À quelle fréquence observez-vous ce phénomène?

Étant donné qu’il s’agit d’un hôpital de référence pour les femmes enceintes atteintes du choléra et présentant des complications liées à cette maladie, ces cas ne sont pas rares. À ce jour, nous avons réalisé 17 accouchements. Les mères ont toutes survécu, mais la plupart des enfants étaient déjà morts in utero avant la prise en charge. Sur les trois bébés qui sont nés vivants, nous avons dû en ranimer un. Les deux autres se portaient bien, et nous les avons traités comme tout autre nouveau-né en bonne santé.

Haïti © MSF
Le maïeuticien Felipe Rojas Lopez examine une patiente dans le centre de traitement du choléra à l'hôpital Isaie Jeanty.

Les bébés ne contractent donc pas la maladie in utero?

Non, le bébé n’attrape pas le choléra dans l’utérus de sa mère et ne présente pas de diarrhées ou de vomissements à la naissance. Le nouveau-né subit toutefois les conséquences de la déshydratation de sa mère.

De quelle manière soignez-vous les femmes malades qui sont sur le point d’accoucher ou ont déjà mis leur bébé au monde?

Nous suivons le protocole de traitement habituel du choléra. Celui-ci repose sur trois échelons de réhydratation suivant le niveau de déshydratation des patientes : A, B ou C. Si elles sont en mesure de boire, elles ingèrent une solution de réhydratation orale. Il s’agit de l’échelon A. Si elles ont des difficultés à boire, nous leur faisons une perfusion et essayons également de les faire boire. C’est l’échelon B. Si elles requièrent l’échelon C de réhydratation, ce qui est le cas le plus fréquent ici, nous devons les mettre sous perfusion et leur administrer une grande quantité de fluides en une période très brève. En fait, il existe très peu de documentation scientifique sur la manière de traiter les femmes enceintes atteintes du choléra. J’ai donc bon espoir que ce projet nous servira de base pour une étude ultérieure et nous permettra de tirer des conclusions utiles pour l’avenir.

Avec autant de fausses couches, les mères doivent être traumatisées. Comment font-elles face à la perte de leur bébé?

Certaines mères savaient que leur état de santé était très préoccupant et que leur bébé n’aurait pas pu survivre. D’autres refusent de reconnaître la réalité. Dans la maternité, nous disposons d’une équipe psychosociale qui vient parler avec chacune d’entre elles. À l’intérieur de la tente, c’est généralement très calme. L’état de ces femmes nous préoccupe beaucoup. Il arrive qu’elles soient profondément déprimées en raison de la perte de leur bébé et aussi en raison des diarrhées et des vomissements qui perdurent. Nous essayons de leur remonter un peu le moral. Nous constatons que les mères dont l’état s’améliore recommencent à parler et parfois à rire.

Quelle est la situation maintenant?

11 femmes se trouvent dans le centre de traitement du choléra. Six d’entre elles sont traitées selon l’échelon A. Le fœtus d’une des patientes est mort, et ceci peut entraîner des complications car je pense qu’elle a contracté une infection intra-utérine. Nous attendons maintenant que le médecin l’examine. Les autres femmes sont traitées selon l’échelon B, donc c’est une journée relativement calme.

Comment êtes-vous parvenus à trouver de la place pour ces patientes?

Nous nous sommes installés dans le complexe de la maternité. Lorsque nous avons commencé à recevoir des patientes présentant des symptômes du choléra, nous savions que nous devions trouver un moyen de les isoler. Nous avons donc mis en place une unité d’isolement dans la cour de l’hôpital. En l’espace d’une semaine, nous sommes passés d’une patiente à 10, et actuellement, nous en traitons en général 15 en même temps. Trois sont sorties hier, donc nous en avons moins maintenant. Nous prévoyons d’augmenter notre capacité de prise en charge des femmes enceintes souffrant du choléra en ajoutant cette composante à un centre de traitement du choléra plus important. Isaïe Jeanty est une maternité dédiée aux accouchements d’urgence, c’est pourquoi nous ne recevons ici que les femmes au dernier stade de leur grossesse ou en phase de travail. Cependant, nous souhaitons être en mesure d’accueillir toutes les femmes enceintes atteintes du choléra. Ainsi, dans les deux prochaines semaines, nous espérons être dotés d’une plus grande capacité pour traiter davantage de femmes. Il s’agira d’une nouvelle structure MSF qui sera située dans le quartier de Delmas de Port-au-Prince.


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