Près de 1000 décès. Risque d’aggravation de la situation
À ce jour, MSF a traité plus de 12 000 personnes atteintes du choléra et présentant des symptômes apparentés. L’organisation n’envisage pas que la propagation de la maladie ne ralentisse dans l’immédiat. MSF a déployé plus de 150 employés internationaux qui, avec un millier de collaborateurs haïtiens, mettent en œuvre des programmes de traitement du choléra, en gérant une capacité hospitalière de plus de 1 000 lits dans tout le pays.
Alors qu’elle continue à renforcer ses capacités pour pouvoir traiter des patients de plus en plus nombreux, MSF appelle d’autres organisations et acteurs qui en ont la possibilité à s’associer davantage aux efforts engagés dans le domaine des soins, de l’hygiène, de l’eau, de l’assainissement et de la communication afin d’endiguer l’épidémie.
« Il faut que d’autres acteurs interviennent sur le terrain car les besoins sont bien trop importants pour être assurés uniquement par les organisations réalisant actuellement des activités de prévention et de traitement du choléra, » explique Stefano Zannini, chef de mission MSF en Haïti. «Les prévisions à court et à long terme indiquent que la situation va encore s’aggraver, sans doute même considérablement, avant un retour à la normale. »
Selon les autorités haïtiennes, le choléra a déjà tué près d’un millier de personnes. Dans certaines régions du nord, mais aussi dans d’autres secteurs, les hôpitaux continuent de prendre en charge de nombreux patients présentant les symptômes du choléra, les admissions dépassant largement leur capacité en lits. Les mesures visant à assurer l’accès à l’eau potable, la gestion des déchets et des enterrements dans de bonnes conditions d’hygiène font encore largement défaut, faisant ainsi obstacle à l'efficacité de la prévention et du traitement.

© Grégory Vandendaelen/MSF
Petite-Rivière, région de l’Artibonite, Haïti. Le 6 novembre 2010.
Les patients atteints du choléra sont traités dans un hôpital MSF dans le village de Petite-Rivière, situé à l’épicentre de l’épidémie.
« Lorsque les gens ont fini leur traitement et qu’ils quittent le centre, ils retournent dans des zones potentiellement contaminées,» explique Stefano Zannini. « Rien qu’à Port-au-Prince, 1,4 million de personnes vivent encore dans des camps de fortune où l’hygiène, la situation sanitaire et l’accès à l’eau potable sont déplorables. Ils dépendent essentiellement des organisations humanitaires pour s’approvisionner en eau potable. Les infrastructures sont sinistrées, et il est extrêmement difficile de fournir une aide médicale et de l’eau potable à tous ces gens. »
Au nord d’Haïti, la situation demeure extrêmement préoccupante. Les équipes MSF qui travaillent dans la région sont submergées par l’afflux de patients qui arrivent chaque jour dans les centres de Cap-Haïtien, de Port-de-Paix, des Gonaïves et de Gros-Morne. La présence des centres de traitement du choléra (CTC), installés à proximité des secteurs d’où proviennent les cas, inquiète toujours la population, y compris à Port-au-Prince. Pourtant, ces centres sont indispensables puisqu’ils permettent de prendre rapidement les mesures nécessaires pour sauver des vies et lutter ainsi contre l’épidémie.
« En ce qui concerne le traitement du choléra, quelques minutes peuvent faire une énorme différence, » insiste Danielle Ferris, coordonnatrice de projet MSF à Martissant, l’un des plus grands bidonvilles de Port-au-Prince. « Nous avons pris en charge une petite fille de deux ans. Sa famille a traversé la région de l’Artibonite et elle était très malade quand elle est arrivée. Nous l’avons traitée par perfusion intraveineuse et quatre heures plus tard, elle allait déjà beaucoup mieux. Elle était alerte et dynamique, ce qui montre que le choléra se soigne très bien quand il est pris à temps. »
Au sud de la région de l’Artibonite, l’épicentre de l’épidémie, les équipes MSF basées à Petite-Rivière et à Saint-Marc sont toujours à pied d’œuvre. Alors que certains signes indiquent que l’épidémie est peut-être en train de se stabiliser, les CTC des deux sites ont atteint leur pleine capacité. À Dessalines par contre, le nombre de cas augmente toujours : 177 personnes ont été hospitalisées vendredi et un centre d’une capacité de 280 lits est en cours de construction. En général, comme c’est aussi d'ailleurs le cas dans le nord, il est toujours difficile de rejoindre les régions les plus reculées pour y soigner les habitants. Pour venir en aide à certains centres de santé locaux, MSF a même fait larguer du matériel par hélicoptère.
À Port-au-Prince, la situation reste chaotique et difficile. Cité Soleil, un bidonville tentaculaire, est le principal foyer de propagation de l’épidémie dans la capitale. Des efforts sont engagés pour faire passer les admissions à 250 par jour à l’hôpital Choscal qui relève du ministère de la Santé haïtien, où travaille MSF. Les personnes qui présentent des symptômes graves sont transférées dans les CTC de MSF des quartiers de Sarthe et Tabarre, situés non loin de là. Les équipes recherchent également un autre site proche qui pourrait accueillir une nouvelle unité de traitement du choléra.
« Nous n’avons pas beaucoup de place, » déplore Javid Abdelmoneim, médecin MSF travaillant à Cité Soleil. « Avec l’autorisation du directeur de l’hôpital, nous avons annexé le parking de l’hôpital Choscal et y avons installé une tente de traitement du choléra. C’était le dernier endroit encore disponible que nous pouvions utiliser. Il est en effet isolé du reste de l’hôpital, ce qui est essentiel pour maintenir une barrière contre l’infection. »
Mais les facteurs de risque restent considérables, comme le fait que la majorité de l’eau distribuée à Cité Soleil n’est pas chlorée. MSF y fournit environ 280 000 litres d’eau par jour, une quantité qui permet d’approvisionner quelque 14 000 personnes mais qui est nettement insuffisante pour couvrir les besoins des habitants de la zone. En outre, peu d’organisations assurent l’approvisionnement en eau potable sur place.
Les CTC de MSF à Sarthe (70 lits), Tabarre (200 lits) et Carrefour (112 lits) sont déjà remplis. La mise en place de nouvelles infrastructures est prévue à Sarthe (320 lits supplémentaires), à St Louis (18 lits) et à Delmas 33 (100 lits). Les équipes ont également élaboré un plan pour augmenter la capacité du centre de Bicentenaire, qui devrait ainsi passer de 75 lits à 370 lits si nécessaire. Heureusement, pour l’instant, la situation reste un peu moins préoccupante dans le sud du pays. Les équipes MSF basées à Léogâne reçoivent en moyenne un patient par jour et à Jacmel, aucun patient souffrant de choléra n’a encore été recensé.
Les avions-cargos de MSF apportant du matériel supplémentaire sont arrivés en Haïti dimanche et lundi.
Dernières Nouvelles
Le manque de soins fragilise la population
Destruction des médicaments et câbles coupés
Les signataires doivent régler la question de l'accès aux médicaments
Le personnel de MSF est sain et sauf mais les rumeurs de violence persistent
11 membres du personnel portés disparus



