Honduras : MSF à pied d’œuvre contre l’épidémie de dengue
Devant l’ampleur de l’épidémie de dengue qui touche cette année le Honduras, Médecins Sans Frontières (MSF) a déclenché une action d’urgence à Tegucigalpa, la capitale de ce pays d'Amérique centrale où la majorité des cas a été enregistrée.
S’inscrivant dans une stratégie tripartite axée sur les soins médicaux, le contrôle vectoriel et l’éducation des populations, l’action de MSF vient ainsi en aide aux services de santé locaux. Il s’agit d’un programme relativement nouveau pour MSF.
MSF a ouvert un service pédiatrique d’urgence dans lequel plus de 80 enfants ont déjà été traités. En collaboration avec les autorités sanitaires locales, les équipes mobiles s’emploient aussi à dresser l’inventaire des sources d'infection présentes dans 4 000 foyers de la région de Tegucigalpa puis à les éliminer.
|
Sévissant sur un mode endémique en Amérique centrale, la dengue est une maladie virale transmise par la piqûre du moustique . Les symptômes sont de type grippal avec des maux de tête, de la fièvre, des nausées, des douleurs abdominales et des éruptions cutanées. Dans sa forme la plus sévère dite « hémorragique », la maladie provoque des saignements pouvant conduire à un syndrome de choc suivi d’une issue fatale.
Avec plus de 50 000 cas déjà recensés depuis le début de 2010 au Honduras, l’incidence de la forme classique de dengue a enregistré une augmentation sensible par rapport à l'année précédente. Beaucoup plus alarmante toutefois, est la prévalence de dengue hémorragique. Avec plus de 1 500 cas signalés et 160 décès, l’augmentation de 1 850 pour cent enregistrée depuis 2009 est colossale. « J'ai déjà eu affaire à la dengue classique », confie Herminia Moncada, dont le fils, malade, a récemment été admis à l'hôpital. « Mais celle-ci est différente; elle tue. »
Face à cette flambée épidémique, le ministère de la Santé a augmenté la capacité en lits et mis en place des unités spécialisées dans des centres de santé des régions périurbaines. Malgré ces mesures, l’hôpital principal de recours continue d’être submergé. Jusqu’à récemment, les enfants atteints de dengue étaient dirigés vers cet hôpital car les unités décentralisées étaient réservées à l’hospitalisation des adultes. Afin de décongestionner cet hôpital, MSF a ouvert un service d'urgence à l'hôpital San Felipe, en périphérie de Tegucigalpa. Ce service de 23 lits, qui prend en charge les enfants de moins de 15 ans présentant des symptômes de la maladie, était déjà occupé à pleine capacité deux jours après son ouverture.
Le traitement des enfants à l'hôpital associe réhydratation et repos. « Avec la dengue, il est impossible de pronostiquer>l’évolution des malades. Il n'existe ni vaccin ni traitement antiviral spécifique. Notre action se limite donc à traiter les symptômes et en atténuer les conséquences jusqu’à ce que l’organisme récupère », explique la Dre Elisabeth Bragança, responsable du service d’urgence de MSF.
Même si le traitement paraît simple, la réhydratation par voie orale présente des risques de surcharge hydrique. Par conséquent, un contrôle assidu de l’apport hydrique s’impose d’autant plus que la dengue augmente la perméabilité vasculaire, ce qui peut provoquer une fuite du plasma sanguin vers d'autres parties du corps et conduire ainsi à des complications telles que l’œdème pulmonaire. « L’équilibre hydrique doit donc être maintenu en permanence », souligne la Dre Bragança.
Le personnel médical de MSF consacre aussi une partie de son temps à former parents et soignants aux techniques de réhydratation des enfants. « À mon avis, le succès de cette action médicale repose avant tout sur l’efficacité de notre collaboration avec les parents », souligne la Dre Bragança. Les parents passent souvent la nuit à l’hôpital car ils doivent réhydrater leur enfant>selon une grille horaire précise. Ils ont aussi à charge de consigner les volumes de liquides administrés et de les communiquer ensuite au personnel médical. Bien souvent, ils n’ont personne pour les remplacer et restent parfois des jours et des nuits consécutifs sans dormir. Leur apporter un soutien psychologique est donc un aspect fondamental de notre action.
Pour l’équipe MSF, assister au rétablissement des enfants peut constituer une expérience très gratifiante. Le lendemain de son admission dans le service, Lucía Isammar Elvir, une fillette de cinq ans, le visage souriant, suppliait sa mère de rentrer à la maison : « Je veux peindre et dessiner », lui a-t-elle dit.
|
Éducation, épandage « d’abate » et fumigation au cœur du combat contre la dengue
Le traitement de la dengue étant uniquement palliatif, il doit s’accompagner d’une stratégie de prévention des épidémies passant par l’éducation des populations. « L’éducation est une composante majeure du combat contre la dengue; elle influera de manière déterminante sur l’évolution des épidémies futures », affirme Luis Montiel, coordonnateur de la logistique pour le projet.
En appui à l’action médicale dans son combat contre l’épidémie de dengue, MSF a adopté des mesures ciblant les populations de moustiques responsables de la dissémination de la maladie. Les équipes mobiles MSF travaillent au côté de l’organisme de contrôle antivectoriel du ministère de la Santé dans la localité de Manchen, située à la périphérie de Tegucigalpa, où on enregistre un taux record de personnes touchées.
Le moustique vecteur se reproduit dans une eau stagnante. Par conséquent, la gestion domestique de l'eau s’avère capitale. À Manchen où les habitations sont nichées à flanc de montagne, les familles sont approvisionnées en eau seulement une fois par quinzaine, eau qu’elles stockent ensuite dans des réservoirs. Dans les couloirs étroits de leur habitation, contenants et bidons d'eau fournissent des gîtes propices à la reproduction des moustiques et représentent ainsi une source potentielle d'infection. Déchets ménagers et gravats qu’on laisse s’accumuler offrent aussi un terrain propice à la prolifération des moustiques. Pour ces familles, pauvres pour la plupart, la gestion des déchets n'est pas une mince affaire. María Mercedes Suazo Bustillo, 89 ans, témoigne de ses difficultés à se débarrasser des gravats et des meubles devenus inutiles à la suite de l’effondrement d’une des pièces de sa maison. « Je suis pauvre et jeter tout ça coûte de l’argent, c’est pour cette raison que je ne le fais pas. »
Il faut donc enseigner aux gens les techniques appropriées de stockage de l’eau et d’élimination des déchets ménagers. Dans ce but, une équipe MSF se rend de maison en maison dans chaque quartier afin de dresser l’inventaire des foyers potentiels d'infection et d’expliquer aux occupants comment endiguer la reproduction des moustiques et la propagation du virus. Changer les>habitudes ainsi que les comportements des individus>de façon à les engager dans le combat contre la dengue représente un réel défi. « Souvenez-vous que l’inspecteur sanitaire ne sera pas toujours auprès de vous », annonce un éducateur MSF au moyen d’un haut-parleur.
Ces équipes MSF itinérantes épandent également de « l’abate » : il s’agit d’un produit chimique de traitement des eaux stagnantes qui empêche l'éclosion des larves de moustiques. Dès qu’elles auront gagné la confiance des familles, ces équipes reviendront éradiquer les moustiques au moyen de fumigations. Jusqu’ici, MSF a pulvérisé de l’abate dans 700 foyers, procédé à la fumigation de 400 autres et projette d’en traiter 4 000 de plus.
Dernières Nouvelles
3 700 patients traités la première année
Les civils toujours pris dans les bombardements
Mission de MSF en Syrie en mars 2012
MSF attend toujours l’autorisation d’apporter des secours
Les gouvernements doivent tenir leurs promesses financières





