Sud-Soudan : MSF étend ses activités face à l’aggravation de la situation nutritionnelle
Ces derniers mois, de mauvaises récoltes alliées à une insécurité croissante ont provoqué une forte recrudescence des taux de malnutrition au Sud-Soudan. Malgré les secours déployés par les équipes d’urgence de Médecins Sans Frontières (MSF), un nombre plus important de centres nutritionnels, d’aliments spécifiques et de personnel s’avère nécessaire afin de prévenir les décès inutiles d'enfants soudanais.
Moses Chol, coordonnateur de l’intervention d'urgence pour MSF au Sud-Soudan, explique de quelle façon MSF a renforcé ses activités afin de pouvoir acheminer davantage d'aide alimentaire dans les régions les plus affectées.
Quelle est la situation nutritionnelle au Sud-Soudan aujourd'hui?
La situation est extrêmement préoccupante, notamment dans la région du Haut-Nil. Plus de 800 enfants sont actuellement traités dans les centres nutritionnels de MSF, et ce, rien que dans l’État de Unity. La « période de soudure » annuelle entre deux récoltes n'est pas entièrement à blâmer dans cette situation car le nombre d'enfants traités a augmenté de 200 pour cent par rapport à la même période de l'an dernier.
Pourquoi pensez-vous que la situation est aussi grave cette année?
C’est là qu’entre en jeu une combinaison de facteurs dont le principal est l’insuffisance de nourriture. En effet, nous sommes à six ou huit semaines de la récolte, et on trouve très peu de nourriture sur les marchés. Le prix de la principale denrée de base, le sorgho, a plus que doublé depuis l'année dernière, ce qui a contraint les habitants à troquer leurs richesses – essentiellement des chèvres et des vaches – contre des denrées alimentaires de base. L’accès aux soins essentiels accuse aussi des lacunes, lourdes de conséquences. Par exemple, les patients doivent marcher pendant plusieurs heures avant de recevoir des soins médicaux de base, ce qui favorise la survenue de maladies et aggrave la perte de poids chez les enfants. Pour finir, la violence et l'insécurité ajoutent encore à la gravité de la situation.
Que voulez-vous dire?
On enregistre des foyers de violence émanant de conflits entre tribus ou d’affrontements politiques post-électoraux. Quelles qu’en soient les causes, cette violence a fait fuir de nombreuses familles, les contraignant à abandonner leurs terres de culture. Ceci a eu un impact direct sur la production agricole et la capacité des familles à préserver leur autonomie alimentaire.
Quelle a été la réaction de MSF face à la recrudescence de la malnutrition?
Devant la hausse des taux de malnutrition, nous nous sommes d'abord assurés de pouvoir gérer l’augmentation du nombre de patients dans nos cliniques et nos centres nutritionnels. Dans de nombreuses régions, nous sommes pratiquement la seule organisation d’aide humanitaire à fournir un soutien nutritionnel. Devant la gravité de la situation sur place, il nous a semblé évident que les conditions devaient être au moins aussi déplorables dans les régions privées de services médicaux. En analysant la provenance des patients traités dans notre centre nutritionnel de Leer, nous avons déterminé que 15 pour cent d’entre eux arrivaient de Bentiu, la capitale de l'État de Unity, qui se situe à plus de 100 kilomètres de Leer, d’où notre intervention dans cette région.
Vous faisiez partie de l'équipe qui a procédé à l'évaluation de la situation à Bentiu. Quelle étaient les conditions à votre arrivée?
Bentiu est une ville moyenne qui compte environ 100 000 habitants, dont 80 pour cent sont sans emploi et par conséquent tributaires de l'aide humanitaire. L’ironie du sort est que ces personnes pouvaient compter sur la distribution régulière de nourriture pendant la guerre et que celle-ci a pris fin avec l’accord de paix. Bien que Bentiu dispose d'un hôpital relativement important, son personnel n’était pas en mesure de répondre à cette crise nutritionnelle. Admis pour divers troubles pédiatriques à l’hôpital, les enfants ne peuvent pas être traités pour leur malnutrition en raison du manque d’aliments thérapeutiques. Lorsque nous avons visité l'hôpital pour la première fois, quatre enfants souffrant de malnutrition y avaient été admis mais deux sont décédés. Le personnel nous a confié que la seule chose qu’il pouvait faire était d’apporter un soutien psychologique aux familles des deux autres enfants. Étant donné le manque de fournitures médicales, de ressources humaines et de formation, le traitement de la malnutrition était tout simplement inconcevable.
Est-ce à ce moment-là que MSF a décidé d'intervenir?
Comme nous intervenons déjà dans plusieurs régions du Sud-Soudan, nous avons encouragé les autorités et d’autres organisations à s’investir dans la gestion de la crise à Bentiu. Toutefois, bien peu d'organisations bénéficient d’une réserve de moyens leur permettant de dévier de leurs programmes existants, et en l’occurrence, à Bentiu aucune d’entre elles n’a été en mesure de prêter main-forte.
Que va faire MSF pour améliorer la situation?
Notre équipe a ouvert deux centres nutritionnels à l’hôpital de Bentiu. Le premier est spécialisé dans la fourniture de soins intensifs aux enfants nécessitant une surveillance étroite en milieu hospitalier. Le deuxième offre une prise en charge nutritionnelle ambulatoire, c’est-à-dire que les mères y viennent avec leurs enfants pour les faire peser et mesurer, repartent avec des aliments thérapeutiques qu’elles administrent à domicile, et reviennent au centre seulement au bout de une à deux semaines.
Trois jours après l'ouverture de ces centres à Bentiu, 28 enfants étaient déjà hospitalisés et 70 inscrits au programme de nutrition ambulatoire.
Dès que nous aurons établi la provenance de la plupart des enfants touchés, nous pourrons ouvrir des structures ambulatoires dans d’autres régions de façon à poursuivre l’hospitalisation des cas les plus graves à Bentiu.
En plus de fournir des soins de première nécessité aux enfants mal nourris à Bentiu et dans les environs, l'équipe de MSF concentrera son action sur la formation du personnel de santé local au traitement de la malnutrition afin d’assurer sa capacité de réponse après le départ de l’équipe.
Est-ce que MSF peut faire plus?
MSF est déjà la seule organisation de lutte contre la malnutrition présente dans plusieurs régions du Sud-Soudan. Nous avons pu mobiliser, former et équiper des partenaires locaux, mais il y a un réel besoin en effectifs humains si l’on veut multiplier les interventions de lutte contre cette situation de crise aiguë.
Combien de temps MSF va-t-elle rester à Bentiu?
C’est une question difficile mais nous avons espoir que la situation nutritionnelle s’améliore après la récolte et que le personnel de l'hôpital soit alors en mesure de gérer le reste des cas. Notre plan initial est de rester trois ou quatre mois, de réévaluer les besoins et selon le cas, de prolonger notre mission.
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