Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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VIH/sida : Le désengagement des bailleurs de fonds met la vie des patients en péril

Ignorant les dernières données scientifiques, ces mesures de réduction à court terme coûteront plus de vies.


Lesotho | 19 juillet 2010

Privilégiant les réductions de coûts à court terme, les bailleurs de fonds ne prennent pas aujourd’hui en compte les données scientifiques montrant les avantages d’un traitement précoce et élargi. Et cela aux dépens de 10 millions de personnes ayant besoin de traitement, a déclaré lundi l’organisation Médecins Sans Frontière (MSF), présente à la conférence internationale sur le sida.

« Aujourd’hui, les bailleurs de fonds internationaux attendent des médecins qu’ils disent à leurs patients de revenir se faire soigner à l’approche de la mort », explique Eric Goemaere, coordonnateur médical MSF en Afrique du Sud. « C’est de la mauvaise médecine. En tant que médecin, je préfère fournir des médicaments à un patient et le renvoyer chez lui, plutôt que de le revoir six mois après dans un hôpital, souffrant de complications comme la tuberculose. »

Grâce à son programme au Lesotho, en Afrique australe, MSF a rassemblé des données qu’elle présentera ce jeudi, lors d’une intervention à la conférence internationale sur le sida. Ces données sont la preuve qu’un traitement précoce permet de réduire le taux de mortalité et les hospitalisations des patients séropositifs de plus de 60 pour cent.

Morija, Lesotho 2010 © Zethu Mlobeli/MSF
Morija, Lesotho 2010 © Zethu Mlobeli/MSF
Patricia Nyoni, une infirmière MSF, ausculte un bébé atteint de la double infection du VIH et de la tuberculose. Le nourrisson Relebohile et sa mère, Majakobo Mkubu, reçoivent leur traitement à la clinique de St Barnabas, l’un des 14 dispensaires ruraux actuellement soutenus par MSF au Lesotho et dirigé par les autorités sanitaires locales. Tous les mois, Majakobo et Relebohile doivent marcher pendant six heures dans la montagne pour se rendre à la clinique.

Mais de telles études ont tendance à être ignorées par les bailleurs de fonds internationaux, et notamment par les États-Unis (le principal bailleur pour les traitements du VIH dans le monde) qui conseillent aujourd’hui aux pays de limiter les traitements aux patients aux stades les plus avancés de la maladie.

Outre les avantages économiques et médicaux d’une administration précoce des traitements, des études montrent qu’un accès aux traitements à plus grande échelle dans la communauté des patients est l’une des méthodes les plus efficaces pour empêcher la transmission du virus.

Malgré ces arguments, la tendance générale est au retrait des financements destinés à lutter contre le VIH. Les traitements sont de plus en plus régulièrement retardés, différés, voire refusés. Le Fonds mondial, le plus gros mécanisme mondial de financement du VIH, fait face à un déficit de financement de plus en plus important. Le President's Emergency Plan for AIDS Relief (PEPFAR) est un plan d'aide d'urgence à la lutte contre le sida mis en place par les États-Unis en 2003. Les États-Unis ont proposé de plafonner leur subvention pour le programme PEPFAR et de réduire leur contribution au Fonds mondial. Cette semaine, les médias allemands ont fait part de discussions au plus haut niveau, évoquant que les contributions américaines au Fonds mondial seraient divisées par trois. L’Autriche, qui accueille la conférence internationale sur le sida, n’a pas versé un seul dollar au Fonds mondial depuis 2001.

Ce désengagement intervient après 10 années d’avancées (plus de 5,2 millions de patients sont sous traitement aujourd’hui) rendues possibles grâce à l’introduction de médicaments génériques abordables et à la mobilisation des pays donateurs. Les progrès ont été rapides et 1,2 millions de personnes ont commencé un traitement en 2009. Néanmoins, 10 millions de personnes sont toujours en attente de traitement tandis que le climat actuel indique un désengagement des bailleurs de fonds à financer le traitement de ces malades.

« Les bailleurs de fonds promettent en permanence des traitements vitaux pour des millions de personnes », explique le Dr Goemaere. « C’est une question de choix : vont-ils aider à financer les traitements ou laisseront-ils des personnes mourir? »


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