Le rallye mondial pour la vaccination face à une grave crise
Un nouveau rapport Oxfam/MSF examine les raisons selon lesquelles les efforts internationaux visant à augmenter le taux de vaccination risquent d'échouer.
Dans un nouveau rapport publié aujourd’hui, Médecins Sans Frontières (MSF) et Oxfam International alerte l’opinion que la stratégie mondiale visant à assurer l’accès des pays les plus pauvres à des vaccins pour enfants, des vaccins capables de sauver des vies, est freinée par des prix élevés, et qu’elle fait désormais face à une crise de financement aigüe.
« Le rapport, intitulé Giving Developing Countries the Best Shot, montre comment – à cause de la nature même du marché des vaccins – il faut encore des années pour que de nouveaux vaccins, qui sont onéreux et développés par les pays riches, atteignent les enfants du monde en développement. Il montre aussi que des produits émergeant de la recherche sont trop souvent inadaptés aux besoins et aux conditions des pays en voie de développement », déclare le Dr Tido von Schoen-Angerer, directeur de la Campagne pour l'accès aux médicaments essentiels de MSF.
L’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI), chef de file du rallye international pour augmenter les taux de vaccination des pays en développement, a signalé des succès significatifs quant à l’amélioration de l’accès aux vaccins contre l’Haemophilus influenzae de type b (Hib) et l’hépatite B, deux maladies à l’origine d’une importante mortalité. Mais l’organisation fait actuellement face à une crise financière grave, en raison des prix élevés des nouveaux vaccins et de la stagnation des ressources provenant des donateurs. Sans un apport supplémentaire de 2,4 milliards de dollars US de la part des donateurs, GAVI devra procéder à des restrictions majeures qui réduiront l’accès aux vaccins des pays les plus pauvres.
Les tentatives de GAVI d’accélérer l’introduction des vaccins conjugués contre le pneumocoque (VCP) illustrent bien les obstacles que rencontre l’organisation. Utilisés depuis plusieurs années dans les pays riches, les VCP ont permis de prévenir des milliers de cas de pneumonie, de méningite et d’autres infections. Ils ont aussi généré des milliards de dollars en recettes pour les entreprises pharmaceutiques multinationales. Mais les efforts conjoints de GAVI et de pays donateurs visant à améliorer la prise de ces produits « vedettes » dans les milieux à faibles ressources ont perdu du terrain.
Malgré des annonces répétées en prévision de la livraison imminente de ces vaccins dans les pays en développement, les VCP resteront hors de portée de la plupart des enfants, à cause des problèmes d’approvisionnement et d’un manque de fonds. Le Kenya est le seul pays éligible selon GAVI, qui recevra en 2010 la version la plus récente de ce vaccin capable de sauver des vies. Le coût sera de 21 $ US par enfant. C’est un prix intolérablement élevé, et que ne peuvent assumer les donateurs et les pays en développement.
« Les nouveaux vaccins continuent de n’être produits que par quelques sociétés pharmaceutiques multinationales dont le statut d’oligopole leur permet de pratiquer des prix élevés », a déclaré Rohit Malpani, conseiller principal en politiques à Oxfam. « Malgré le pouvoir de négociation de GAVI, le prix des nouveaux vaccins est trop élevé. Le rapport Best Shot souligne de nouvelles stratégies pour concevoir des vaccins abordables, afin que les enfants y aient un meilleur accès et d’augmenter ainsi leur chance de survie. »
Grâce à la création d’un vaccin contre la méningite qui ne coûtera pas plus que 0,50 $ par dose, la collaboration entre l’Organisation mondiale de la santé, l’organisme américain à but non-lucratif PATH et le Serum Institute of India illustre bien ces nouvelles stratégies. Ce vaccin, qui a été conçu spécifiquement pour répondre aux besoins des pays de ce que l’on appelle la « ceinture de méningite » en Afrique subsaharienne, devrait être disponible à la fin de l’année.
MSF et Oxfam demandent à ce qu’on change le système actuel afin que des fonds provenant de donateurs motivent le développement de vaccins adaptés et garantissent des prix abordables.
En plus de ces réformes, les vaccinations systématiques doivent être renforcées. Dans les pays en développement, le fait d’omettre d’utiliser les vaccins existants coûte la vie à deux millions d’enfants chaque année.
« Au cours de ces deux dernières années, MSF a répondu à des épidémies majeures de rougeole et de méningite », explique le Dr Tido von Schoen-Angerer. « Cela est dû au fait qu’un nombre grandissant d’enfants ne reçoivent pas leur vaccination et parce qu’il n’y a pas encore d’accès à un vaccin de longue durée contre la méningite. L’objectif global doit être d’augmenter l’immunisation systématique et de garantir l’accès aux nouveaux vaccins. »
En 2009, MSF a traité plus de 50 000 cas et vacciné plus de 7,4 millions de personnes contre la méningite. En 2008, l’organisation a pris en charge plus de 32 000 cas de rougeole et a vacciné plus de 1,9 millions d’enfants suite aux épidémies de rougeole.
Dernières Nouvelles
3 700 patients traités la première année
Les civils toujours pris dans les bombardements
Mission de MSF en Syrie en mars 2012
MSF attend toujours l’autorisation d’apporter des secours
Les gouvernements doivent tenir leurs promesses financières



