Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Colombie : Combattre une maladie silencieuse

La maladie de Chagas est très répandue en Amérique latine et tue chaque année près de 14 000 personnes. En 2009, MSF a lancé un programme de traitement dans la région de l'Arauca en Colombie à la frontière du Venezuela. Toutefois, la mise en place d'un traitement de 60 jours dans cette zone de conflit n'est pas sans défis.


Colombie | 17 mai 2010

Angela vit à Genareros, une communauté indigène de l’Arauca, en Colombie. En avril 2010, deux de ses sept enfants ont achevé leur traitement contre la maladie de Chagas, une infection transmise par un insecte qui prolifère dans les maisons en torchis des zones rurales. Mais alors que les jeunes Yosney et Maryeli fêtaient la fin de leur traitement, Angela s'est rendu compte que deux autres de ses enfants étaient aussi infectés.

La maladie de Chagas est endémique dans la plupart des pays d'Amérique latine. L’Arauca est l’une des régions de Colombie les plus touchées par la maladie. Cette dernière est provoquée par le trypanosoma cruzi, un parasite transmis essentiellement par le triatome, un insecte qui se nourrit de sang. En Colombie, cet insecte est connu sous le nom de « pito ». Les personnes contaminées ne développent parfois les symptômes de la maladie qu'au bout de plusieurs années. Toutefois, sans traitement, la maladie de Chagas peut provoquer de graves problèmes de santé, avec essentiellement des complications cardiaques et intestinales, parfois mortelles.


© Mads Nissen

Intégrer la lutte contre la maladie de Chagas dans les services de soins de santé primaire

Fin 2009, Médecins Sans Frontières (MSF) avait intégré le dépistage et le traitement de la maladie dans ses services de soins de santé primaire déjà assurés par ses cliniques mobiles dans l’Arauca, une région en conflit, voisine du Venezuela. C’est la première fois que MSF propose un traitement contre cette maladie dans une zone de conflit. « Proposer un tel traitement est un véritable défi. Il exige en effet un suivi permanent pendant une période de deux mois. S'ajoute à cela le risque de ne pas pouvoir rejoindre telle ou telle communauté en raison de l'insécurité, ou parce qu’un groupe armé bloque certaines routes dans la région », explique Patrick Swartenbroekx, coordonnateur de terrain pour MSF dans l’Arauca.

Genareros est la première communauté à avoir bénéficié d'un dépistage de la maladie. C’est là qu’habitent Angela et ses sept enfants. Sur les 97 échantillons sanguins prélevés sur des enfants âgés de neuf mois à 18 ans, 11 se sont révélés positifs. « Nous avons été surpris par la prévalence élevée de la maladie à Genareros. Heureusement, nous n’avons pas enregistré une prévalence aussi importante dans les autres communautés examinées », explique le Dr Rafael Herazo, agent de liaison médical pour le projet de MSF à Arauca.

Soixante jours de traitement pour guérir une maladie silencieuse et négligée

À ce jour, l’équipe MSF à Arauca a prélevé 1 617 échantillons de sang dans 10 communautés et réalisé des tests en laboratoire pour 514 prélèvements. Ces analyses ont mis en évidence qu’une personne sur 28 était infectée. Les patients dont la maladie a été confirmée font l’objet d’un examen médical complet avant l’instauration du traitement qui durera deux mois. Cette procédure est nécessaire car il faut déterminer si les patients ont déjà développé la maladie. « L'existence d'une grave complication cardiaque, par exemple, indique que le malade ne répondra vraisemblablement pas au traitement », explique le Dr Herazo.

Pendant cette phase de traitement, l'équipe MSF s'est rendue à Genareros une fois par semaine. Les effets secondaires étant fréquents, il est essentiel d'assurer le suivi des patients et de les encourager à ne pas abandonner leur traitement. « Les gens nous disent souvent : "Mon enfant allait bien et puis, vous lui avez donné ces médicaments qui provoquent des démangeaisons, des douleurs dans les jambes..." Autant de raisons pour lesquelles les promoteurs de la santé rendent visite aux patients et à leur famille afin de les sensibiliser au fait qu’il s’agit d’une maladie silencieuse et mortelle. Ils insistent sur l'importance de suivre le traitement et sur le caractère transitoire des effets secondaires. Si le traitement est interrompu, l’enfant risque de développer ultérieurement de graves complications cardiaques. Il ne pourra peut-être plus travailler dans les champs ni marcher. Il se fatiguera facilement et risque de mourir de la maladie », explique le Dr Herazo.

Alors que les 11 premiers enfants viennent de terminer leur traitement, d’autres difficultés subsistent

En avril 2010, les 11 enfants de Genareros souffrant de la maladie de Chagas ont terminé leur traitement avec succès. Dans un an, Yosney et Maryeli devront subir un autre test afin de confirmer qu’ils sont définitivement guéris. Une réinfection est toutefois à craindre étant donné que ces « anciens » malades continuent de vivre dans des maisons où les pitos prolifèrent, à Genareros et dans d'autres communautés indigènes de l'Arauca. MSF fait ainsi pression sur les autorités de la santé de l’Arauca afin qu'elles assurent la vaporisation régulière d'insecticides. Il s'agit là d'une mesure essentielle de contrôle du vecteur, qui permet de réduire la transmission de la maladie et de prévenir les réinfections. « Ces 60 jours de traitement, tout ce travail de sensibilisation, ces effets secondaires à surmonter et ces visites de communautés n'auront servi à rien si les habitations continuent à abriter des pitos qui vont réinfecter les habitants. Nous faisons pression sur les autorités sanitaires pour obtenir un renforcement du contrôle du vecteur et pour leur montrer qu’un traitement peut être mis en place », conclut le Dr Herazo.


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