Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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ALE : Troquer la vie des personnes vivant avec le VIH/sida

Le 28 avril prochain les négociations informelles entre l'Inde et l'Union européenne (UE) en vue d'aboutir à un accord de libre-échange (ALE) entreront dans une phase cruciale.


Inde | 22 avril 2010

L’enjeu de ces négociations reposera sur l'accès à des médicaments abordables pour des millions de personnes vivant en Inde et au-delà de ses frontières. Pays producteur de 80 % des médicaments utilisés par les programmes de lutte contre le VIH/sida de MSF, l'Inde voit une lourde menace peser sur son rôle de « pharmacie du monde en développement ». En effet, la signature d'un accord de libre-échange pourrait mettre ce rôle en péril.

L'Europe pousse l'Inde à intensifier la protection sur la propriété intellectuelle sur les médicaments. Cette mesure pourrait retarder l'enregistrement et la commercialisation de médicaments génériques et allonger la durée de vie des brevets et, de ce fait, limiter la concurrence et permettre de maintenir des prix prohibitifs – ce qui mettrait sérieusement en danger la vie des personnes vivant avec le VIH/sida et souffrant d'autres maladies dans les pays en développement.

« Le ministre indien du Commerce, Anand Sharma, et le Commissaire européen chargé du commerce, Karel De Gucht, ont tous deux assuré que l'ALE proposé n'entraverait pas le libre-échange des médicaments génériques », a déclaré Michelle Childs, responsable du plaidoyer pour la Campagne d’accès aux médicaments essentiels de MSF. « Mais aucun d'eux ne s’est engagé publiquement pour assurer que les dispositions qui affectent la concurrence des génériques en seront bien supprimées. Nous continuerons à nous battre contre ces dispositions tant qu’elles ne seront pas officiellement et sans aucune équivoque retirées de l'accord de libre-échange. »

En mars dernier, les personnes vivant avec le VIH/sida ont protesté contre l'ALE devant le ministère indien du Commerce à New Delhi.

« Le gouvernement indien ne peut pas troquer nos vies », déclare Loon Gangte, président du Réseau des personnes séropositives de Delhi. « Le traitement à vie des personnes vivant avec le VIH/sida dépend de leur accès permanent aux derniers médicaments contre le sida. L’Inde ayant déjà signé une première vague de règles relatives aux échanges internationaux, certains des derniers médicaments contre le sida tombent déjà sous le coup des brevets, ce qui les rend tout à fait inabordables. Nous voulons savoir de quel côté est notre gouvernement dans ces négociations. »

Les préoccupations dépassent toutefois les frontières de l'Inde. En Afrique, où la vie de millions de personnes dépend de la mise à disposition de génériques proposés à des prix abordables tout impact sur l'accès à des médicaments indiens bon marché pourrait être catastrophique. Ces inquiétudes concernent aussi les patients repris dans les programmes de MSF.

Margaret Wangari est mère de huit enfants et reçoit des antirétroviraux à la clinique MSF de Mathare, un bidonville de Nairobi au Kenya.

« Arrêter les génériques, c'est signer notre arrêt de mort… Sans eux, je ne pourrai plus prendre soin de mes enfants, je ne pourrai plus prendre soin de moi et je ne pourrai plus assumer ma famille. »

Au Brésil a été lancée une pétition mettant en garde contre les conséquences qu'aurait l'accord entre l'Inde et l'UE sur l'accès aux médicaments au Brésil à proprement parler. Par le passé, des militants brésiliens ont également lutté avec beaucoup de succès contre un traité similaire prévu avec les États-Unis.

Les négociations débuteront à Bruxelles le mercredi 28 avril. Il s’agit normalement du dernier cycle de discussions avant la conclusion de l'accord. L'UE a en effet déclaré vouloir signer l'ALE avant octobre. Il est donc probable que les prochaines négociations seront celles de la dernière chance pour pouvoir exclure du traité toute disposition préjudiciable.


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