Afghanistan : MSF aide l’hôpital de Kaboul à élargir son champ d’action
« Ici, le médecin est gratuit, et les médicaments aussi. Je n’ai même pas ma propre maison, mais j’ai quand même pu faire examiner et vacciner ma petite fille dans cet hôpital. Je suis vraiment contente. »
La population de Kaboul a triplé au cours de ces dix dernières années. Certains habitants ont fui les régions déchirées par le conflit pour chercher refuge dans la capitale. D’autres, chassés par la misère, sont venus y tenter leur chance. Les réfugiés afghans ont également commencé à quitter le Pakistan et d’autres provinces d’Afghanistan et retournent dans la capitale.
Éprouvé par près de 30 ans de conflit, le fragile système de santé a atteint ses limites, laissant les nombreux afghans qui ne peuvent se permettre de payer, sans soins médicaux.
Derrière sa burqa bleue irisée, Nasreen*, une habitante d’Ahmed Shah Baba Mena, sourit : Laila, sa petite fille d’un an, a reçu aujourd’hui tous ses vaccins gratuitement.
« Ici, le médecin est gratuit, et les médicaments aussi. Je n’ai même pas ma propre maison, mais j’ai quand même pu faire examiner et vacciner ma petite fille dans cet hôpital. Je suis vraiment contente. »
Photo : © Pascale Zintzen, MSF
Le personnel de l'hôpital Shah Baba à l'est de Kaboul
« Il est écrit ici sur la carte quand je dois revenir pour être certaine que Laila ne tombe pas malade », explique Nasreen se référant à une carte que les médecins qui travaillent à l’hôpital d’Ahmed Shah Baba utilisent pour suivre les antécédents de vaccination des enfants. « Il y a tellement de gens comme moi ici, sans argent, sans moyens de payer les soins nécessaires. Avant, je demandais de l’argent aux gens pour aller acheter des médicaments au Bazaar (marché), mais maintenant je viens ici », nous dit Nasreen.
Depuis cinq mois, les médecins, les sages-femmes et les infirmiers – personnel expatrié et local – travaillent avec les équipes médicales de l’hôpital afin d’améliorer la qualité des soins dispensés dans cette structure. L’accent est surtout mis sur l’amélioration des protocoles thérapeutiques, les urgences et la maternité.
« De nombreuses personnes viennent aujourd’hui à l’hôpital », s’exclame le Dr Sattar, directeur de l’hôpital. « Les médicaments sont gratuits, les examens et les consultations aussi, de même que les médecins. Les urgences, quant à elles, sont ouvertes 24 heures sur 24. »
Maria, pédiatre MSF, fait partie de l’équipe qui a soutenu dès le début les activités au sein de l’hôpital d’Ahmed Shah Baba. « Pour un médecin, il s’agit d’une manière différente de concevoir l’hôpital. Nous devons en quelque sorte être là sans être là, combiner supervision et gestion, mais aussi soutien direct. L’idée, c’est de prêter main forte, de renforcer, d’introduire une nouvelle façon de travailler sans nous substituer au personnel. Car c’est leur hôpital, et ce sont leurs patients. »
Un volet essentiel des activités de MSF à l’hôpital d’Ahmed Shah Baba consiste à prendre le temps d’encadrer et de former le personnel hospitalier. À la maternité par exemple, une sage-femme MSF a commencé une série de formations hebdomadaires pour quatre sages-femmes de l’équipe hospitalière. Ces formations portent notamment sur la stérilisation et la préparation correcte du matériel.
En moyenne, 400 consultations et 10 accouchements ont lieu ici chaque jour. « Au début, les consultations cessaient à 11 h 30. Mais les choses ont changé : après une pause entre 12 et 13 heures, les consultations reprennent jusqu’à 14 h 30. Et 170 patients au moins sont à présent examinés l’après-midi », confirme Maria.
Un promoteur de la santé et un employé administratif remettent une carte d’enregistrement aux patients qui arrivent ici très tôt le matin. L’idée est de mettre en place un système de tri. Pour garantir la qualité des consultations, le nombre de patients par médecin (il y en a 7) est limité à 60. À première vue, les patients sont principalement des femmes et des enfants. « Les deux pédiatres sont débordés », explique Le Dr Maria. « Ils examinent énormément d’enfants. C’est très difficile de renvoyer les gens chez eux, mais lorsque nous devons le faire, nous les rassurons en leur expliquant que l’hôpital est ouvert tous les jours, sauf le vendredi. »
L’une des priorités de MSF a été d’ouvrir les urgences 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, avec des médecins et des infirmiers de garde de jour comme de nuit.
Pour l’équipe médicale MSF qui travaille dans cet hôpital, la lutte contre la sur-prescription chronique de médicaments est un combat quotidien. « Il faut du temps pour modifier les habitudes en matière de prescription. Il n’est pas rare que les médecins prescrivent six ou sept médicaments à des patients qui n’en ont pas besoin. Aujourd’hui, un patient se voit prescrire en moyenne trois médicaments. Nous espérons en arriver à un stade où plus rien ne sera prescrit à un patient qui n’est pas malade », explique le Dr Maria. « Ici, les comprimés de paracétamol sont un peu comme des bonbons. »
Depuis l’arrivée des médicaments MSF en janvier, 10 000 patients ont été examinés en trois semaines. « Il ne s’agit pas seulement de distribuer des médicaments gratuits », explique Sylvie Kaczmarczyk, coordonnatrice du projet. « Nous voulons leur offrir un traitement de qualité. Les médicaments faciles à se procurer ici sont d’une qualité douteuse. »
À cause des contrefaçons de mauvaise qualité qu’il est facile de se procurer au Bazaar, beaucoup de patients dépensent le peu d’argent qu’ils ont pour des médicaments qui leur font plus de tort que de bien.
Pour faire de cette structure un hôpital de district parfaitement opérationnel, MSF a participé à la réparation et à la réhabilitation de parties essentielles de l’infrastructure.
Un service d’hospitalisation de trente lits ouvrira bientôt, avec une partie pour les hommes et une autre pour les femmes, ainsi qu’une salle d’opération où des césariennes pourront être pratiquées.
« Dans le nouveau bâtiment, nous mettrons en place une salle plus adaptée pour le triage des patients », explique le Dr Maria. « Les enfants qui doivent être examinés par un médecin seront installés dans une pièce chauffée, où ils seront pesés et mesurés. Cela nous aidera à dépister les cas de malnutrition. Nous envisageons également d’impliquer le promoteur de la santé de l’hôpital afin de faire de la salle d’attente un lieu de sensibilisation et de promotion de l’éducation à la santé. Le temps passé dans la salle d’attente ne sera donc pas du temps perdu pour les patients. »
MSF a fait le choix d’affecter uniquement des dons privés à ses activités en Afghanistan et n’accepte aucun financement gouvernemental. Outre l’hôpital Ahmed Shah Baba à l’est de Kaboul, MSF soutient actuellement l’hôpital de Boost, à Lashkargah, dans la province d’Helmand. Dans ces deux sites, notre objectif est d’assurer la gratuité des soins essentiels en utilisant des médicaments efficaces. Nous sommes actifs dans différents domaines, dont la maternité, la pédiatrie, la chirurgie et les urgences.
MSF envisage d’étendre son soutien aux hôpitaux et aux centres de santé ruraux dans d’autres provinces du pays en 2010.
* Les noms ont été modifiés par souci d’anonymat.
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