Italie : les travailleurs migrants négligés et exploités à cause de la violence en Calabre
Les violences récentes en Calabre, dans le sud de l’Italie, ont mis les conditions extrêmement difficiles des travailleurs migrants saisonniers à l’avant de la scène internationale. Médecins Sans Frontières (MSF) dénonce l’exploitation et la négligence actuelles de ce groupe vulnérable.
Après l’explosion de violence contre les travailleurs saisonniers migrants en Calabre, des milliers de migrants ont quitté l’endroit où ils vivaient depuis novembre. La plupart d’entre eux ont été transférés par les autorités italiennes vers des centres pour migrants dans le sud de l’Italie, abandonnant toutes leurs affaires derrière eux. « Certains étaient très réticents à partir parce qu’ils n’avaient pas encore été payés, d’autres avaient peur d’être détenus ou déportés », a expliqué Alessandra Tramontano, coordonnatrice médicale pour MSF. « Cependant, ils avaient tellement peur qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de partir. » MSF a aussi rendu visite à sept travailleurs migrants qui ont été hospitalisés après avoir été victimes de tirs ou de coups.
« Les épisodes récents de violence et d’hostilité sont un symptôme chronique de la négligence dont les travailleurs migrants saisonniers font l’objet en Italie », explique Loris de Filippi, coordonnateur opérationnel pour MSF. « Alors qu’ils sont essentiels pour l’agriculture italienne, ils font aussi l’objet d’exploitation », ajoute-t-il.
Les travailleurs migrants saisonniers dans le sud de l’Italie vivent dans des conditions de vie précaires. Ils vivent souvent dans des maisons ou dans des entreprises abandonnées, exposés à la pluie et au froid en hiver. Ces lieux ont des sanitaires élémentaires, et l’accès aux soins de santé est limité. « La plupart des cas de maladies traitées par nos équipes sont liées à leurs conditions de vie et de travail, comme des infections respiratoires, des douleurs ostéo-musculaires et des gastroentérites », explique Loris.
Depuis 2003, MSF a fourni une assistance humanitaire aux travailleurs saisonniers migrants dans différentes régions du sud de l’Italie (Pouilles, Campanie, Calabre, Latium et Basilicate). Le dernier projet a commencé en décembre à Piana di Gioia Tauro, lorsque les migrants s’étaient rassemblés pour la saison du ramassage des fruits. Grâce à une clinique mobile, une équipe MSF visitait les sites principaux où les migrants vivaient. Entre le 21 et 23 décembre, MSF a distribué des kits contenant des couvertures, des sceaux et d’autres articles essentiels pour alléger la souffrance de 2 000 travailleurs migrants pendant la saison d’hiver.
Depuis qu’elle a commencé à travailler avec les migrants saisonniers dans le sud de l’Italie, MSF a dénoncé les conditions de vie choquantes et a poussé les autorités à prendre des mesures pour améliorer la situation humanitaire des migrants. Avec deux rapports (« Une saison en enfer » en 2008 et « Le fruit de l’hypocrisie » en 2005), MSF a illustré les conditions dramatiques de milliers de migrants qui travaillent durant toutes les saisons de l’année dans des fermes dans le sud de l’Italie.
« Peu de choses ont changé pour les milliers de migrants qui travaillent dans les fermes en Italie depuis que nous avons commencé le projet en 2003. D’année en année, nos équipes retournent dans les mêmes zones et sont témoins des mêmes conditions de vie horribles, que l’on essaye d’alléger un peu en offrant une aide humanitaire médicale. C’est maintenant aux autorités italiennes de prendre les mesures nécessaires pour améliorer les conditions de ces travailleurs, en respectant leur dignité et en améliorant leur accès aux soins de santé », explique Loris de Filippi.
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