Les 10 plus importantes crises humanitaires : aide bloquée et maladies négligées
Médecins Sans Frontières (MSF) publie sa 12ème liste annuelle
Des civils attaqués, bombardés et privés d’aide au Pakistan, en Somalie, au Yémen, au Sri Lanka, en Afghanistan et en République démocratique du Congo (RDC), des financements en stagnation pour traiter le VIH/sida et la négligence persistante dont sont l’objet d’autres maladies, font partie des urgences en 2009, comme le révèle l’organisation médicale internationale Médecins Sans Frontières (MSF) dans sa liste annuelle des 10 plus importantes crises humanitaires.
Des crises interminables dans le nord et le sud du Soudan et l’impossibilité dans laquelle se trouve la communauté internationale de lutter efficacement contre la malnutrition infantile ont cette année été ajoutées à la liste de MSF. Cette liste se base sur les activités de l’organisation dans près de 70 pays, où les équipes médicales de MSF ont pu observer certaines des pires situations humanitaires qui soient.
Voir les 10 plus importantes crises humanitaires de 2009.
Trois situations retiennent particulièrement l’attention en 2009 : des gouvernements ont entravé les secours destinés à des populations prises au piège, comme au Sri Lanka, au Pakistan et au Soudan, et notamment au Darfour d’où les organismes d’aide (y compris des équipes MSF) ont été expulsés. Le respect de la sécurité des civils et de la neutralité de l’action humanitaire s’est vu encore un peu plus altéré, comme au Yémen, en Afghanistan, au Pakistan, en RDC et en Somalie, où des civils (et dans certains cas des travailleurs humanitaires) ont été attaqués, parfois directement. Enfin, les patients souffrant d’une série de maladies moins connues ont à nouveau été négligés par la communauté internationale et ceux qui vivent avec le VIH/sida ont encore vu diminuer leurs chances de bénéficier d’une thérapie qui pourrait leur sauver la vie.
« Il ne fait pas de doute que des civils sont de plus en plus victimes des conflits, et sont privés, le plus souvent délibérément, d’une assistance vitale », explique le Président du Conseil international, le Dr Christophe Fournier. « Dans certains pays comme le Sri Lanka et le Yémen, où les conflits armés ont fait rage en 2009, les organismes d’aide n’ont pas pu arriver jusqu’aux populations dans le besoin ou ils ont été obligés d’évacuer car ils étaient eux aussi pris pour cibles. Cette dynamique inacceptable devient la norme. Nos équipes sur le terrain sont les témoins directs des conséquences humaines très tangibles de ces crises, soit dans les zones en guerre, soit dans les centres de traitement du sida ou dans les centres de nutrition où elles travaillent », explique-t-il. « Nous nous voyons donc dans l’obligation de dénoncer cette situation. »
Au Sri Lanka, des dizaines de milliers de civils ont été privés d’aide et n’ont eu accès qu’à une assistance médicale très limitée lorsque les forces gouvernementales ont combattu les Tigres tamouls au printemps. Les organisations d’aide, y compris MSF, n'ont pas été autorisées à entrer dans la zone en conflit. En Somalie, la population continue à faire les frais d’une guerre civile brutale. En 2009, plus de 200 000 personnes ont fui la capitale, Mogadiscio, en l’espace de quelques mois à peine, et les travailleurs humanitaires ont été plus fréquemment visés au moins 42 ont été tués depuis 2008, y compris trois collaborateurs MSF.
Au Yémen, les civils et les hôpitaux ont été lourdement affectés par les affrontements dans la région de Saada dans le nord du pays lorsque les forces gouvernementales ont combattu les rebelles. Les combats ont contraint des dizaines de milliers de personnes à fuir leur domicile et obligé MSF à fermer le seul hôpital desservant un district tout entier après un bombardement. Un cas de détournement flagrant de l’action humanitaire à des fins militaires a été observé au Nord-Kivu (RDC) où des civils rassemblés avec leurs enfants dans des sites de vaccination de MSF ont été attaqués en octobre dernier par les forces gouvernementales. L’attaque a menacé de saper gravement la confiance nécessaire à la poursuite de nos activités humanitaires en toute indépendance dans des situations de conflit.
Au Pakistan, où des milliers de personnes ont fui les combats, les hôpitaux ont subi des tirs de mortier et deux collaborateurs MSF ont été tués à Swat Valley, contraignant l’organisation à y suspendre ses opérations.
Sur le front médical, les années d’efforts réalisés pour augmenter l’accès des nombreuses personnes vivant avec le VIH/sida à un traitement n’ont pas été poursuivis. En effet, tant le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria que le President’s Emergency Plan for AIDS Relief (PEPFAR) américain ont annoncé leur intention de réduire ou de limiter les financements.
« Alors que de plus en plus de personnes avaient accès aux médicaments essentiels et que les experts médicaux reconnaissaient la nécessité de mettre les patients sous traitement plus rapidement, on empêche désormais les malades d’accéder aux centres de traitement, faute de financement », explique le Dr Fournier. « Le moment ne pouvait pas être plus mal choisi. »
Un manque d’intérêt semblable concerne également la malnutrition infantile, un problème pourtant curable mais qui est à l’origine du décès de près de la moitié des dix millions d’enfants de moins de cinq ans chaque année, une mort inutile qui pourrait être évitée. Les chefs d’État et de gouvernement, réunis au Sommet mondial de l’alimentation à Rome en 2009, n’ont pas réussi à s’engager pour lutter contre cette condition médicale, alors que des associations comme MSF ont démontré qu’elle pouvait être évitée et traitée en donnant aux enfants en pleine croissance une alimentation appropriée répondant à leurs besoins nutritionnels.
Actuellement, le budget alloué à l’assistance internationale pour combattre la malnutrition s’élève à 371 millions de dollars, alors que la Banque mondiale estime qu’il faudrait 11,8 milliards de dollars pour la combattre efficacement dans 36 pays extrêmement touchés. En outre, l’essentiel de l’aide alimentaire est composée de donations en nature coûteuses et inefficaces, constituées de produits à faible valeur nutritive et à expédier à l’étranger. Les ressources pourraient être mieux utilisées en utilisant des aliments plus nutritifs produits localement.
D’autres maladies, comme la maladie de Chagas, le kala-azar, la maladie du sommeil et l’ulcère de Buruli continuent à être négligées, et suscitent très peu d’efforts nouveaux pour augmenter l’accès aux traitements disponibles ou pour la recherche de médicaments plus modernes et plus efficaces.
« Les ressources gigantesques consacrées à la pandémie de H1N1 dans les pays développés illustrent bien la capacité de réponse aux menaces sanitaires mondiales lorsqu’il existe une volonté politique », explique le Dr Fournier. « Malheureusement, on n’observe pas le même engagement pour combattre des maladies qui font chaque année des millions de victimes. »
MSF a commencé à dresser la liste des 10 plus importantes crises humanitaires en 1998. Cette année-là, une famine qui a ravagé le Sud du Soudan n’avait été que très peu évoquée dans les médias aux États-Unis. S’appuyant sur les interventions médicales d’urgence de MSF, cette liste entend attirer l’attention du public sur l’ampleur et la gravité de situations qui ne sont pas ou peu traitées dans les médias.
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