Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Pakistan : Donner la vie peut entraîner la mort

À la frontière avec l’Afghanistan, Kuchlak est une ville de 120 00 habitants située à une demi-heure de route de Quetta, capitale de la province du Balouchistan. Plusieurs zones de la ville sont devenues des lieux de résidence permanents pour les réfugiés afghans ayant fui au Pakistan pendant la guerre dans les années 80, puis plus tard, à cause de conflits plus récents. Depuis le début de 2005, Médecins Sans Frontières (MSF) fournit des soins médicaux dans un centre de santé maternelle et un centre de santé rural, principalement aux femmes et enfants venant de Kuchlak et de ses environs.


Pakistan | 14 décembre 2009

Sur une route de graviers poussiéreuse menant à la frontière afghane, on peut entendre, entre les klaxons des camions, le faible cri des nouveaux-nés de la maternité de MSF dans la municipalité de Kuchlak, située au sud-ouest du Pakistan.

Dans une chambre fraîchement repeinte et ordonnée, une jeune mère d’une vingtaine d’années vient de mettre au monde son troisième enfant. Épuisée, elle est étendue sur son lit pendant que les sages-femmes s’occupent du bébé. C’est un garçon. La jeune maman est ravie d’avoir donné à son mari un fils qui pourra s’occuper de la famille.

Pour des étrangers, cet accouchement ne présenterait rien d’extraordinaire. Mais cette jeune maman vient de survivre à un épisode qui coûte la vie à des milliers de femmes vivant dans le Balouchistan rural, la plus grande province du Pakistan, mais aussi la plus pauvre. Ici, accoucher peut être mortel, car les femmes enceintes ne peuvent bénéficier à temps de soins adaptés. En 2007, le taux de mortalité maternelle au Balouchistan atteignait le nombre inquiétant de 637 décès pour 100 000 naissances, tandis que la mortalité infantile est estimée à environ 65 décès pour 1 000 naissances.

Ces chiffres sont deux fois supérieurs à la moyenne observée au Pakistan, qui figurait au huitième rang mondial en termes de mortalité maternelle en 2005, avec 320 décès pour 100 000 naissances. Le nombre peu élevé d’infirmières et de sages-femmes (5 infirmières et sages-femmes pour 10 000 habitants) contribuent à cette mortalité et au manque d’accès aux soins.

Kuchlak, située à 30 minutes de route de Quetta, est une ville de 120 000 habitants qui vivent dans la détresse et l’extrême pauvreté. Plusieurs zones de la ville ressemblent à des camps improvisés, devenus le lieu de résidence permanent des réfugiés afghans qui ont fui au Pakistan pendant la guerre dans les années 80, puis plus tard, au gré des conflits. MSF a créé un programme pour aider les réfugiés afghans victimes de l’exclusion économique et sociale et dont l’accès aux soins est limité, en particulier pour les femmes et les enfants.

MSF dirige un centre de santé materno-infantile à Kuchlak depuis 2006. Elle fait partie des rares organisations à offrir des soins gratuits, des consultations prénatales jusqu’aux soins postnatals, en passant par les services obstétriques, gynécologiques, les vaccinations et les consultations générales pour les enfants de moins de cinq ans. Les médecins auscultent les patients, prescrivent et fournissent des médicaments. En outre, un laboratoire permet d’effectuer des analyses pour diagnostiquer le paludisme, la leishmaniose cutanée, la tuberculose, l’hépatite B, le diabète et l’anémie chez les femmes enceintes.

Chaque semaine, environ 1 000 patients se rendent au service de consultations, où les enfants jusqu’à cinq ans sont également traités. Au service des naissances, 150 à 170 femmes en moyenne accouchent tous les mois.

Pour cette communauté vivant dans une grande pauvreté, la gratuité des soins représente une véritable planche de salut qu’elle ne pourrait s’offrir autrement. Ici, les femmes dont les maris gagnent leur vie comme ouvriers doivent payer des milliers de roupies pour accoucher dans un hôpital public. Pour bénéficier d’une prise en charge adéquate, elles sont obligées d’emprunter à des proches ou à des voisins une somme qu’elles passeront leur vie à rembourser.

« Ici, la plupart des femmes enceintes doivent faire au moins une heure de trajet pour donner naissance à leur enfant, et beaucoup d’entre elles continuent d’accoucher chez elles car elles n’ont pas le choix », explique Amna Hammad, médecin travaillant à la maternité.

Non loin du centre de santé materno-infantile, de l’autre côté d’un petit marché très animé, se trouve le centre de santé rural du ministère de la Santé, où MSF soutient certains services.

Ici, MSF conduit un programme nutritionnel car les besoins sont élevés : un peu plus de 30 % des enfants de moins de cinq ans au Pakistan accusent une insuffisance de poids par rapport à leur âge.

Une mère squelettique vient d’amener ses jumeaux Hamida et Ansa à la clinique, deux nouveaux-nés chétifs qu’elle allaite. C’est une réfugiée afghane installée à Kuchlak, mais qui mène une vie nomade difficile. Les jumeaux sont âgés de dix jours. Ansa est visiblement plus petite et souffre de malnutrition.

« Je me suis mariée à 13 ou 14 ans. J’aurai bientôt 38 ans. Cela m’a pris plus d’une heure de marche pour venir jusqu’ici. Je suis venue seule », dit-elle d’un ton détaché.

Elle a déjà donné naissance à cinq garçons et quatre filles. Mais trois d’entre eux sont morts avant leur premier anniversaire parce qu’elle ne produisait pas assez de lait et n’avait pas assez d’argent pour acheter du lait maternisé.

L’infirmier Hamdullah Kaka supervise le programme de nutrition qui a permis, depuis son ouverture en 2006, de soigner quelque 1 200 enfants sévèrement malnutris. 60 enfants sont actuellement suivis dans le programme : le personnel assure leur guérison en surveillant leurs progrès lors de visites de contrôle. Ici, les patients appellent Hamdullah « Tonton » en raison de ses manières douces et attentionnées tant à l’égard des enfants que des mamans.

Même si la pauvreté est la principale cause de la malnutrition dans cette communauté, certaines mères ne nourrissent leurs bébés que lorsqu’elles pensent qu’ils ont faim. D’autres leur font avaler des calmants pour éviter qu’ils pleurent quand ils ont faim. « Nous essayons de changer ces habitudes en leur fournissant un service de qualité et un accompagnement », explique Mirwais Wardak, médecin sénior travaillant dans le programme MSF.

Les équipes médicales de MSF accueillent plus de 10 000 patients chaque mois, principalement des femmes et des enfants venant de Kuchlak et des environs. Chaque mois 300 consultations prénatales sont pratiquées, et entre 150 et 170 femmes qui se rendent au centre de santé maternelle viennent pour accoucher. En parallèle de ces activités, des conseillers en soins psychologiques organisent entre 400 et 600 sessions d’accompagnement par mois pour fournir un soutien aux hommes comme aux femmes. En septembre 2008, MSF a commencé à traiter la leishmaniose cutanée : 15 à 30 patients souffrant de cette maladie sont soignés tous les mois. En outre, MSF conduit un programme pour soigner la malnutrition. En octobre dernier, 40 enfants malnutris ont ainsi été admis au centre nutritionnel thérapeutique.

Au Pakistan, MSF n’accepte aucun financement de la part de gouvernements ou de bailleurs de fonds. Elle repose uniquement sur les dons privés du public pour mener à bien son action. MSF travaille au Pakistan depuis 1998.


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