Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
 |  TEXTE  
- 0 +
 |  RSS  
RSS
 |  COURRIEL  
 |  IMPRIMER  
Print
 |  RECHERCHE  
Recherche
 |  CARTE  
Carte
 | 
English

 


 

Pakistan : Les déplacés attendent la fin des combats

Depuis le mois d’août 2008, des personnes déplacées ont trouvé refuge par vague successive dans le district du Lower Dir, dans la province pakistanaise de la Frontière du Nord-Ouest. Ces populations ont fui la violence dans les districts voisins du Bajaur Agency et de Maidan, où un conflit font s’affronter des groupes armés de l’opposition aux troupes gouvernementales. Au cours de l’été 2009, des camps pour personnes déplacées ont été mis en place à Summerbagh et à Sadbar Kalley avec le soutien de MSF qui a fourni une assistance en eau et assainissement. En outre, des équipes médicales ont fourni des soins gratuits aux quelque 1 500 familles qui ont trouvé refuge dans ces deux camps ainsi que dans celui de Munda. Après la fermeture de ces trois camps à la fin du mois d’octobre, celui de Munda a été rouvert peu après, avec l’arrivée de 400 nouvelles familles fuyant les violences en cours dans le Bajaur. Dans le Lower Dir, MSF a également apporté son soutien à l’hôpital de Timurgara depuis février 2009.


Pakistan | 14 décembre 2009

Les commerces qui longent la route reliant la petite ville de Munda à Timurgara, dans la province agitée de la Frontière du Nord-Ouest au Pakistan, semblent aussi animés que d’habitude. Mais juste derrière les devantures bondées et les trottoirs animés se trouvent 506 tentes, dont les toits en toile blanche scintillent sous le soleil matinal.

Quelque 209 femmes, 270 hommes et plus de 2 000 enfants vivent depuis des mois à l’intérieur de ces tentes. Comme des milliers d’autres, ils ont été chassés de chez eux par le conflit qui fait rage dans les districts de Bajaur et de Maidan. Ils sont venus trouver refuge au Lower Dir voisin, dans l’espoir que les incursions ainsi que les contre-offensives régulières entre les troupes pakistanaises et les groupes armés de l’opposition prennent fin.

En raison des besoins importants de ces milliers de personnes déplacées, l’organisation humanitaire médicale d’urgence Médecins Sans Frontières (MSF) a mis en place des soins gratuits et des services d’eau et d’assainissement dans les camps de déplacés de Summer Bagh et Sadbar Kaleh, et plus récemment à Munda. MSF reste l’une des rares organisations à fournir des secours dans la région de Bajaur, où les besoins humanitaires de la population déplacée par la violence augmentent avec la prolongation du conflit.

Au camp de Munda, la petite Kauser, âgée de quatorze mois, se repose en sécurité dans les bras de sa mère. Khubana Lal Rachman est assise dans sa tente, entourée de ses rares possessions alors que brûle dehors un réchaud de cuisine improvisé. Cette maman a réussi à se rendre à l’hôpital de district de Timurgara, situé à 45 minutes sur une route cahoteuse de Munda, avant de donner naissance à Kauser.

Mais comme pour la plupart des interventions médicales, son accouchement lui a coûté très cher. Khubana a payé 9 000 roupies (112 $) pour pouvoir accoucher à l’hôpital, une somme qu’elle a dû emprunter auprès d’amis et de proches.

« C’est une grosse somme d’argent que je rembourserai pendant longtemps. Mais au moins mon bébé est né à l’hôpital, et j’espère seulement qu’elle ne grandira pas sous ces tentes et qu’elle ne souffrira pas de la faim », nous dit Khubana. Son mari quant à lui se bat pour joindre les deux bouts en cherchant du travail.

Même si les tentes du camp de Munda sont exiguës (seulement 40 centimètres les séparent les unes des autres), elles sont propres et ordonnées, notamment grâce aux efforts de l’équipe médicale MSF chargée de la sensibilisation à l’hygiène. Au centre de santé, le médecin Naseeb Gull surveille attentivement la pression sanguine et la fréquence cardiaque de son patient, au service des consultations dirigé par MSF. Il décrit comment les affrontements ont affecté ses patients.

« Le conflit a profondément affecté cette population. C’est la guerre ici, et les gens sont nombreux à ne pas savoir ce qui est advenu de leurs proches qu’ils ont vu pour la dernière lors de leur fuite. Ils souffrent d’anxiété et de dépression », raconte Naseeb.

Sur les 53 patients qui se sont présentées en consultation aujourd’hui, 12 se sont plaints de maux de têtes et de douleurs généralisées, des symptômes souvent associés à un stress post-traumatique.

Traumatisé par les affrontements qu’il a fuis à Bajaur Agency, Wahid Mukhitar reste très angoissé. « À l’un des postes de contrôle situés en dehors de Manyal, mon village, un soldat m’a tiré dessus à plusieurs reprises. Je me suis enfui en courant dans la montagne. Je suis devenu fou. J’ai erré dans les collines pendant 10 jours. Depuis, je suis déprimé. J’ai l’impression d’être un cadavre ambulant. Je ne comprends pas pourquoi le soldat m’a tiré dessus. J’étais fonctionnaire comme lui, j’étais chauffeur pour le ministère de l’Éducation. Maintenant j’ai perdu ma maison, mes bêtes, ma famille et ma tête », raconte-t-il.

Au camp de Summer Bagh, situé à une heure de route de Timurgara, qui a pu accueillir jusqu’à 5 000 déplacés, Ruhudullah Didanpuru, 19 ans, raconte comment il a parcouru 30 km à pied à travers la montagne pour atteindre le camp, après avoir fui les combats à Mardan en mars de cette année.

« Les gens ont été pris au piège dans des tirs croisés, cela les a traumatisés. Je vois l’effet que cela a sur les femmes et les jeunes hommes comme moi. Les enfants ont peur et pleurent chaque fois qu’ils entendent des coups de feu », raconte Ruhudullah tandis qu’une nouvelle salve d’artillerie s’échappe de la base militaire de Toor Ghundai, située non loin du camp.

Les traumatismes sont un problème majeur, et Abdurrahman, un fermier de cinquante ans et père de dix enfants, ajoute que les soins médicaux sont inabordables pour la plupart des gens du camp.

« Les médecins de la région facturent une consultation 300 roupies (3,75 $) à 1 500 roupies (19 $) pour un examen de santé général. Cela signifie que pour des travailleurs intermittents comme nous, il faut cinq jours de salaire pour que notre femme ou nos enfants soient auscultés par un médecin. Je suis très content que MSF soit ici car nous pouvons consulter des médecins gratuitement », raconte Abdurrahman.

Pendant l’épidémie de choléra entre septembre et octobre de cette année, MSF a dirigé trois centres de traitement du choléra à Timurgara, Munda et Summer Bagh, soignant un total de 2 500 patients. MSF apporte également un soutien aux urgences, à la salle d’opération et à l’unité postopératoire de l’hôpital de district de Timurgara, où MSF soigne environ 40 pour cent des 4 000 patients admis aux urgences chaque mois. Elle met aussi en place un système de stérilisation et de gestion des déchets pour l’hôpital. Une salle d’opération devait aussi être créée à la mi-décembre dans cet hôpital de district.

MSF n’accepte aucun financement de la part des gouvernements pour ses projets au Pakistan et a choisi de dépendre uniquement des dons privés. MSF travaille au Pakistan depuis 1998.


Faites un don

Dernières Nouvelles

Afghanistan: 24 mai 2012
Soins pour traumatismes et chirurgies à Kunduz
3 700 patients traités la première année
Yémen: 23 mai 2012
MSF traite des victimes du conflit dans le sud
Les civils toujours pris dans les bombardements
Syrie: 15 mai 2012
Être pris avec un patient signifie la mort pour le blessé et son soignant
Mission de MSF en Syrie en mars 2012
Syrie: 15 mai 2012
La sécurité des blessés et des soignants doit être une priorité
MSF attend toujours l’autorisation d’apporter des secours
Nigeria: 11 mai 2012
Saturnisme : Le moment est venu d’agir
Les gouvernements doivent tenir leurs promesses financières

 

 

 
Faire Un DonSahel MalnutritionTravaillez avec nousActualités & MédiaPays d'IntérêtAu sujet de MSFContacts JOBS BLOGS PODCASTS VIDEOS RSS SITE MAP SEARCH