Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Genève : Risque d’exclusion de la communauté de brevets d’UNITAID pour des pays clés


Suisse | 07 décembre 2009

Le conseil d’administration d’UNITAID, l’agence internationale d’achat de médicaments, prendra une décision quant à l’avenir de la communauté de brevets pour les médicaments contre le sida lors de sa réunion des 14 et 15 décembre à Genève. L’organisation humanitaire médicale internationale Médecins Sans Frontières (MSF) s’inquiète : certaines compagnies pharmaceutiques qui détiennent des brevets de médicaments contre le VIH/sida cherchent à exclure les pays en développement dits pays « à revenu intermédiaire » de la communauté de brevets. Si ces pays parviennent à leurs fins, les personnes atteintes du VIH/sida en payeront le prix.

La communauté de brevets a le pouvoir de garantir l’accès à des traitements essentiels aux personnes vivant avec le VIH dans les pays en développement. Son objectif est de faire baisser les coûts des traitements de première et de deuxième ligne améliorés, et d’accélérer l’élaboration et la production générique de nouveaux médicaments de meilleure qualité et moins chers, tels que de nouvelles combinaisons thérapeutiques à dose fixe et des médicaments destinés aux enfants.

« Les pays comme l’Afrique du Sud, le Brésil, le Pérou, la Thaïlande, l’Inde ou la Chine sont vus comme des marchés émergents lucratifs pour les compagnies pharmaceutiques. Mais ce sont aussi des pays où le sida fait rage et qui sont confrontés à la hausse du prix des médicaments. Les exclure de la communauté de brevets engendrerait des conséquences graves sur l’accès aux soins des patients », explique Michelle Childs, directrice de la politique de témoignage de la Campagne pour l’accès aux médicaments essentiels de MSF. « Nous sommes inquiets à l’idée qu’UNITAID puisse céder aux demandes de ces compagnies et s’éloigne de son engagement d’assurer l’accès aux médicaments aux personnes vivant avec le sida dans tous les pays en développement. »

Dans le bidonville de Khayelitsha en Afrique du Sud, MSF constate un besoin énorme en médicaments récents et abordables contre le sida. Dans ce projet soutenu par MSF, 16 pour cent des patients voient leur traitement de première ligne contre le VIH échouer dans les cinq ans et ils doivent avoir recours à de nouveaux médicaments dits « de deuxième ligne ». Toutefois, le prix de ces nouveaux médicaments est considérablement plus élevé. Dans certains pays, faire passer un patient d’un traitement de première ligne à celui de deuxième ligne peut parfois multiplier par 17 le coût du traitement. Pour ceux dont le traitement de deuxième ligne échoue, on estime qu’un traitement de troisième ligne coûterait près de 2 440 $US par patient par an.

Selon UNAIDS, plus de huit millions de personnes vivent actuellement avec le virus du VIH/sida en Asie, en Amérique latine, en Europe de l’Est et dans les Caraïbes. La plupart de ces pays sont classés comme pays à « revenu intermédiaire ». Si on autorise les compagnies pharmaceutiques à les exclure du projet, la communauté de brevets n’aura pas respecté sa promesse.

« Au Brésil, un tout nouveau médicament, l’atazanavir, est si cher qu’il accapare à lui seul la plupart du budget gouvernemental consacré aux médicaments contre le sida », explique Gabriela Chaves, pharmacienne pour MSF au Brésil. « Comme les besoins en nouveaux médicaments sont en perpétuelle hausse, les coûts risquent de devenir incontrôlables. Et qui paiera les conséquences de cette exclusion de la communauté de brevets? Les personnes vivant avec le VIH/sida. »

Il est extrêmement important que le Conseil d’administration d’UNITAID énonce de façon explicite son engagement initial, à savoir que la communauté de brevets devrait profiter à tous les pays en développement. Les termes et conditions des accords avec les détenteurs de brevets et les fabricants de médicaments génériques prévoient de répondre aux besoins des patients des pays à « revenu intermédiaire ».

« La communauté de brevets pourrait désamorcer la grave crise que nous voyons arriver », explique Michelle Childs. « En plus d’une utilisation d’autres garanties de santé publique comme les critères stricts de brevetabilité et les licences obligatoires, la communauté de brevets offre une solution volontaire. Tous les patients, y compris ceux des pays à revenu intermédiaire, doivent en profiter. »


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