Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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RDC du nord : histoire de Louis, 54 ans, et de son fils Antoine, 16 ans


République Démocratique Du Congo | 14 octobre 2009

« Je pensais que je ne te reverrais jamais. Est-ce toujours toi? »

Louis* sanglote tout en inspectant le corps frêle d’Antoine*, son fils de 16 ans, qui vient de réchapper de quatre mois passés aux mains d’hommes armés. « Mon enfant. Grâce à Dieu, c’est bon de te revoir. Merci. »

Cela s’est passé au mois de mai, dans leur village situé au nord de la ville de Niangara. « Vers neuf heures du matin, des hommes armés sont entrés dans la maison. Ils ont mis tout le monde par terre. Ils ont pris mes vêtements, mes valises et ma radio. Et puis ils ont pris deux de mes enfants et ils les ont emmenés. »

Antoine raconte : « Ils nous ont fait asseoir par terre. Ils nous ont mis une huile magique sur le front, sur le cœur, dans le dos et sur les pieds. Cette huile, c’est pour que vous deveniez comme eux et que vous ne pensiez pas à vous échapper pour rejoindre votre famille. À moi, cela n’a rien fait parce que j’ai essuyé l’huile immédiatement. »

« Ils me donnaient des travaux. Je devais laver leurs habits et faire d’autres travaux pendant la journée. On ne pouvait pas se parler. Si on parlait, ils nous frappaient. Ils nous ont beaucoup frappé », se souvient Antoine en exhibant les blessures provoquées par les coups de fouet et de machette. « On mangeait seulement le soir. La journée, on ne faisait que marcher. Tous les jours. J’étais pieds nus. »

Un soir, ses ravisseurs apprennent que les militaires ennemis se rapprochent de leurs positions. On dit à Antoine de grimper dans un arbre pour faire le guet. « Ils étaient à une certaine distance. Je savais que j’étais tout près de la route. Je suis descendu de l’arbre et j’ai couru. J’ai marché toute la nuit et, à cinq heures du matin, je suis arrivé ici au village. Ils étaient loin déjà. »

Les frères, les cousins et l’oncle d’Antoine ont rejoint son père autour de lui. Ils observent le garçon qu’ils croyaient déjà mort. En signe de célébration, Louis ordonne de le soulever.

« J’avais tant maigri. Je pensais à mon enfant nuit et jour », scande-t-il, tout en espérant que son deuxième fils disparu suive le même chemin. Pour cela, il lui faudra encore attendre. Combien de temps?

*Pour des raisons de sécurité, le prénom de ces personnes a été changé.


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