Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Indonésie : « La phase d’urgence presque finie, place à la reconstruction »

Loreto Barceló est la coordonnatrice des équipes d’urgence de Médecins Sans Frontières (MSF) qui assistent actuellement les victimes du tremblement de terre qui ébranla l’île de Sumatra le 30 septembre. Vingt jours après le lancement des interventions d’urgence, Loreto nous explique comment la situation évolue sur le terrain.


Indonésie | 23 octobre 2009

Plus de deux semaines après le tremblement de terre, quelle est la situation sur le terrain aujourd’hui?

La réponse humanitaire était importante au début. Après vingt jours, beaucoup d’organisations humanitaires se sont déjà retirées. Les autorités indonésiennes identifient actuellement les manques à combler afin de recentrer l’aide. Entre-temps, nos équipes trouvent encore des endroits reculés où l’aide n’est toujours pas arrivée. Il s’agit de petits villages qui n’avaient pas encore été atteints, cela ne concerne pas beaucoup de gens. Les habitants de ces zones ont perdu leur maison et tous leurs biens. Ils ont vraiment besoin de toutes les choses de base. Le problème reste toutefois l’accès à ces villages. Il a plu énormément ces derniers jours, les routes sont boueuses et en mauvaise condition. Par exemple, un nouveau glissement de terrain a eu lieu samedi.

Quelle est la situation endurée par les populations et quels sont leurs besoins les plus urgents?

Même si cela fait seulement 20 jours que le tremblement de terre a frappé cette zone, la phase d’urgence est presque finie. Nous entrons maintenant dans une phase de reconstruction. Beaucoup de familles qui avaient été déplacées, retournent chez elles et les autres qui avaient tout perdu, cherchent un nouvel endroit où vivre. Le gouvernement a commencé à construire des abris temporaires (prévu pour que les populations puissent y rester jusqu’à un an), où les victimes des zones les plus touchées pourront être logées. Nos équipes vont intervenir dans ces abris pour assurer l’accès à l’eau potable et à des conditions sanitaires convenables.

Samedi, j’ai vu un cas qui illustre combien le retour à la normale sera difficile pour de nombreuses victimes. Durant une visite avec notre clinique mobile, nous avons vu un des survivants d’un glissement de terrain retourner chez lui et nous sommes allés lui rendre visite. Il nous a expliqué que lorsque le tremblement de terre s’est produit, il était en train de prier. Pris par le glissement de terrain, il se retrouva piégé dans la boue pendant plus de 24 heures avec d’autres personnes. Il a été sauvé avec d’autres personnes, mais tout le monde n’a pas eu cette chance. Après avoir été envoyé à l’hôpital, il a subi une opération pour ses fractures aux jambes. Il est maintenant sorti, recouvrant la santé petit à petit dans une chaise roulante. Toutefois, il n’est pas aisé de se déplacer dans une chaise roulante dans ce genre d’environnement.

Dans l’ensemble, pensez-vous que les victimes bénéficient de l’aide humanitaire?

La réponse a été adéquate et même plus que suffisante dans certaines zones, même si au début, il y avait un manque de coordination. La plupart des interventions étaient concentrées dans certaines zones alors que d’autres zones étaient laissées pour compte. Maintenant que la phase d’urgence est terminée, le nombre d’organisations de coordination commence à se réduire sur place.

Comment MSF a-t-elle répondu à l’urgence humanitaire?

Les premières équipes sont arrivées dans les zones affectées trois jours après le tremblement de terre. Après avoir estimé qu’une intervention dans les hôpitaux principaux n’était pas nécessaire étant donné qu’ils recevaient déjà beaucoup d’aide et pouvaient répondre aux besoins, nous avons décidé d’envoyer des cliniques mobiles dans les zones rurales les plus négligées. Nos interventions se sont déroulées dans des zones éloignées où l’accès était difficile ou dans d’autres zones moins affectées mais qui avaient été totalement négligées. La plupart des problèmes de santé observés dans les cliniques mobiles sont des infections respiratoires, diarrhées et maladies de la peau, des problèmes liés aux actuelles conditions de vie endurées par les populations.

MSF offre aussi un soutien psychologique aux personnes traumatisées. Plusieurs psychologues de l’équipe d’urgence ont formé des psychologues indonésiens. Certains de ces professionnels indonésiens avaient déjà travaillé avec MSF durant le tsunami en 2005, qui avait aussi affecté Sumatra, et durant un autre tremblement de terre en 2007. Actuellement, plusieurs équipes offrent des séances d’éducation et de soutien psychologique pour permettre aux survivants de surmonter ces évènements au mieux. Pour les cas les plus sévères, les psychologues proposent un soutien psychologique individuel.

Une autre équipe MSF travaille sur l’eau et l’assainissement en installant des réserves d’eau dans plusieurs villages (et en assurant l’approvisionnement par camion), et en intervenant dans les abris temporaires construits par le gouvernement.

Enfin, nous avons aussi distribué des articles de première nécessité, comme des kits d’hygiène, des ustensiles de cuisine, des couvertures, des matelas et des bâches à environ 1 600 familles. Ces distributions vont continuer et être complétées par du matériel de base pour aider les populations à reconstruire leur maison.

Combien de temps MSF planifie-t-elle de rester?

On estime que notre intervention devrait durer jusqu’à la mi-novembre. Avec le mois qu’il nous reste, nous aurons le temps de terminer les activités en eau et assainissement, assurant ainsi de bonnes conditions pour la population tant pour ceux qui retournent chez eux que pour ceux qui doivent vivre temporairement dans les abris. Médicalement parlant, nous voyons que les centres de santé commencent lentement à redevenir opérationnels. Les équipes retournent travailler même si parfois, elles doivent faire les consultations sous des tentes vu que les structures actuelles ont été détruites. Le retour à la normale est en cours. Dans le domaine de la santé mentale, nous aurons assez de temps pour offrir aux victimes le soutien initial dont elles ont besoin pour surmonter le traumatisme vécu. Globalement, le but de MSF est d’intervenir dans la phase d’urgence en répondant aux besoins les plus urgents. Le gouvernement et d’autres organisations prendront le relais pour la reconstruction. 


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