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Entretien avec Carol Calero, médecin MSF travaillant sur le terrain dans le projet d’urgence alimentaire situé dans le sud-ouest de la République centrafricaine


République Centrafricaine | 24 septembre 2009

Le centre nutritionnel thérapeutique de Boda a ouvert ses portes au début du mois d’août et trois semaines plus tard, vous avez ouvert un nouveau centre nutritionnel à Nola. Comment se sont passés les premiers jours de l’opération?

Nous avons été extrêmement occupés pendant les premiers jours de l’intervention d’urgence. Peu de patients se sont présentés, mais ceux que nous avons admis présentaient de graves complications médicales. Vu l’urgence, nous avons ouvert le plus vite possible deux centres nutritionnels thérapeutiques et nous avons été en mesure de réagir rapidement et adéquatement à la crise.

Quelles ont été vos premières impressions?

Voir arriver des enfants souffrant d’une sérieuse malnutrition était difficile. Nous avions parfois le sentiment que cette situation se déroulait déjà depuis plusieurs mois. Nous avons soigné ces enfants, mais leur état de malnutrition était tellement avancé que malheureusement il y avait peu de choses que nous pouvions faire pour eux.

Quelle est la situation dans le centre à  l’heure actuelle?

Beaucoup d’enfants qui arrivent maintenant sont malades depuis des mois, mais maintenant que leur famille réalise que nous sommes là (et qu’ils peuvent recevoir des soins et des traitements médicaux gratuits), ils commencent à venir dans nos centres nutritionnels. Toutefois, de nombreux enfants présentent des cas avancés de la maladie. En effet, beaucoup d’enfants sont trop faibles pour recevoir des soins ambulatoires et le nombre d’enfants que nous accueillons dans le centre nutritionnel thérapeutique est beaucoup plus élevé que dans les autres lieux d’intervention où travaille MSF.

La densité  de population est relativement faible par rapport aux autres régions d’urgence où MSF travaille habituellement, les enfants sont néanmoins dans un état plus critique. Nous essayons de venir en aide à d’autres enfants qui ne présentent encore aucun symptôme de manière à ce que, le cas échéant, ils puissent avoir accès à un traitement à temps. 

Quel genre de travail faites-vous?

Nous avons ouvert deux centres nutritionnels thérapeutiques où nous soignons des enfants dans un état critique et nous avons également 11 centres de consultation externe dans différents villages dans la région avoisinante. Dans chaque centre de consultation externe, des assistants en sensibilisation nous prêtent main-forte de même que des équipes qui parcourent les villages environnants pour parler aux parents du traitement dont leurs enfants peuvent bénéficier. Une fois que nous les avons repérés, les enfants souffrant de malnutrition sévère et modérée sont inscrits à notre programme. Les enfants en mauvaise condition sont transportés en voiture vers les centres nutritionnels thérapeutiques, et une fois guéris, ils repartent chez eux. Les enfants qui n’ont pas besoin d’être hospitalisés (mais qui sont encore malades) suivent leur traitement à la maison et se rendent à la clinique une fois par semaine pour renouveler leur traitement.

Hormis la malnutrition, beaucoup d’enfants souffrent d’autres maladies.

Oui, beaucoup d’enfants ont le paludisme, des infections respiratoires et la diarrhée, toutes des pathologies communes dans les autres projets de malnutrition infantile. De nombreux enfants arrivent à des stades très avancés, surtout ceux souffrant d’insuffisance respiratoire. Nous avons ausculté des enfants souffrant de pneumonie depuis des semaines et cela a retardé leur guérison. Leur statut nutritionnel diminue leurs défenses immunitaires ce qui exacerbe toutes les pathologies. D’autres enfants souffrent de neuropaludisme à un stade avancé ou de diarrhées sévères difficiles à soigner.

Malgré  tout, la plupart des enfants guérissent et nous avons obtenu des résultats très positifs.

L’une des histoires les plus touchantes est celle de René, un des premiers enfants à avoir été accueilli au centre. À son arrivée, il souffrait de kwashiorkor à un état très avancé (une maladie qui se manifeste par un gonflement du ventre, des œdèmes dans les membres et une rétention d’eau) et de la tuberculose. Cela nous a fallu près de deux semaines et demie pour réduire ses œdèmes. Tout le monde concentrait son attention sur lui car il avait initialement rejeté le traitement. Mais un jour, son état a commencé à s’améliorer et à son départ, il avait bien grossi. Son poids avait dépassé l’objectif que nous nous étions donné.

C’est également le cas de ces deux frères, Mesman et Teofil, originaires de Gatzi. Ils sont arrivés dans un état grave. Leur condition était tellement critique que nous pensions que l’un d’entre eux souffrait d’un handicap car il ne parlait pas et n’avait aucune réaction… mais quand son état s’est amélioré, il a commencé à rire, à courir et à jouer.

Ce sont des histoires telles que celles-ci qui justifient notre présence. Il est vrai que des enfants meurent, mais nous parvenons à en sauver beaucoup d’autres.

Que ce passera-t-il lorsque MSF partira?

Nous sommes en train d’évaluer les éventuelles répercussions. Bien que nous sommes là pour répondre à une situation pressante en prenant en charge les cas les plus graves, la région est en proie à des problèmes chroniques qui requièrent des réponses en profondeur. La population ne bénéficie d’aucun accès au système de santé et le cas échéant, elle doit payer pour recevoir des soins. Ceci est extrêmement difficile car les gens ne touchent qu’un salaire de base, et cette situation a été aggravée par une pénurie de travail dans les mines de diamants. Qui plus est, le régime alimentaire de la population repose sur le manioc car cette denrée est abordable et facile à se procurer. Toutefois, le manioc ne contient pas les nutriments dont l’organisme a besoin, en particulier le genre de nutriments dont les enfants ont besoin pour être en bonne santé. Il s’agit donc d’un obstacle difficile à surmonter…

Les gens d’ici disent qu’ils vivent dans ces conditions depuis des années et que la crise dans les mines est le coup de grâce. À Boda, un village relativement important, il n’y a qu’un médecin. À Nola, par contre, il n’y en a aucun.


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