Zimbabwe : au-delà du choléra, six mois après la crise
En février 2009, Médecins Sans Frontières (MSF) publiait le rapport "Au-delà du choléra, aggravation de la crise au Zimbabwe" afin d’alerter sur la situation humanitaire catastrophique qui prévalait dans le pays. Rian van de Braak, chef de mission pour MSF, nous décrit la situation dans le pays.
Dans le rapport publié par MSF en février dernier, on soulignait l’effondrement du système de santé zimbabwéen. Des structures de santé fermaient par manque de matériel et de ressources humaines. Qu’en est-il aujourd’hui?
Dernièrement, les choses se sont progressivement améliorées. La stratégie mise en place par les bailleurs, qui garantit un salaire minimum pour les employés de la santé, a permis de faire revenir des employés dans les hôpitaux et les cliniques. Le manque de matériel reste toutefois un problème et de nombreux centres de santé sont devenus payants, ce qui rend les soins inabordables pour de nombreuses personnes.
Depuis mai, le taux d’infections de choléra a diminué. Cela signifie-t-il que la menace est passée?
Non, tous s’attende à un retour du choléra car les problèmes à l’origine de l’épidémie comme la qualité déplorable de l’eau et les réseaux d’assainissement, n’ont pas encore été résolus efficacement. Plusieurs organisations humanitaires procèdent à des forages dans les zones de choléra, afin d’augmenter le volume d’eau potable. Résoudre ces problèmes avant la prochaine saison des pluies sera une véritable course contre la montre.
Nous sommes prêts à répondre à une éventuelle nouvelle épidémie. Nous disposons dans le pays des stocks nécessaires et pouvons à tout moment mobiliser les 250 employés zimbabwéens que nous avions recrutés en renfort pour la dernière épidémie. De plus, nous avons distribué des kits de traitement du choléra, de même que des kits d’hygiène.
La crise socio-économique a empêché de nombreuses personnes affectées par le sida d’avoir accès aux soins médicaux. Quelle est la situation aujourd’hui?
Dans ce domaine, les problèmes restent énormes. Au Zimbabwe, plus de 400 personnes meurent chaque jour des suites du sida. Seuls environ 20 pour cent des personnes qui ont besoin d’un traitement antirétroviral (ARV) l’obtiennent.
Qu’en est-il sur le plan alimentaire?
Alors qu’entre décembre et janvier, pendant la période de soudure, nous recevions près de 150 enfants chaque jour dans notre centre nutritionnel thérapeutique d’Epworth, nous traitons aujourd’hui entre 10 et 15 enfants par jour.
Cependant, en termes de malnutrition, nous nous inquiétons davantage de la situation dans les prisons du pays. Nous avons étendu notre programme d’intervention d’urgence aux détenus souffrant de malnutrition et débuté des activités visant à fournir de l’eau potable à six prisons parmi celles les plus touchées dans les provinces de Midlands et de Mashonaland.
L’arrivée du nouveau gouvernement a-t-elle amélioré vos conditions d’intervention?
Nos possibilités de travail sont meilleures, à bien des égards grâce à une coopération accrue du gouvernement. Il reste à voir si certains obstacles qui entravent le travail des ONG, comme la durée d’obtention de permis de travail temporaires pour le personnel international, seront levés ou non.
Selon vous, que reste-il à faire pour améliorer la situation au Zimbabwe?
La population n’a toujours pas un accès aux soins suffisant. Les gens continuent de mourir massivement du sida, et une prochaine épidémie de choléra est à craindre.
Les bailleurs de fonds devraient revoir les modalités de distribution de l’aide humanitaire et cibler en priorité les régions les plus affectées.
De plus, le gouvernement doit continuer de réduire les obstacles entravant les possibilités d’interventions des ONG internationales, afin de leur permettre de venir en aide aux populations les plus vulnérables.
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