Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Le gouvernement sri-lankais doit laisser circuler librement les civils et fournir une assistance adaptée

Hans van de Weerd, directeur général de la section néerlandaise de MSF, de retour du Sri Lanka, nous décrit la situation dans le district nord de Vavuniya où se trouvent plus de 260 000 personnes déplacées en raison de la guerre, maintenant terminée, entre l’armée sri-lankaise et les rebelles des Tigres tamouls.


Nouvelles | 13 août 2009

Quelle est la situation dans les camps de Vavuniya?

Plus de 260 000 déplacés vivent à Vavuniya, répartis dans de nombreux camps où ils ne sont toujours pas libres de leurs mouvements. Ils n’ont pas le droit de quitter les camps ni d’être en possession de téléphones. Les camps sont de taille variable : les plus petits comptent quelques milliers de déplacés et les plus vastes plus de 60 000. La situation varie très fortement d’un camp à l’autre : dans certains, c’est l’approvisionnement en eau qui pose problème, ailleurs, c’est le retard dans la distribution des rations de nourriture.

De manière générale, le manque de personnel médical dans les camps est inquiétant. Certains déplacés racontent aux membres de MSF qu’ils ont attendu des jours avant de pouvoir voir un médecin. Le personnel médical du ministère de la Santé travaille très dur, mais vu le nombre de déplacés, les besoins sont énormes. De nombreuses personnes sont blessées et ont été amputées. Les besoins en physiothérapie sont considérables. Les patients admis dans des hôpitaux surchargés sont souvent renvoyés dans les camps où ils ne bénéficient pas des soins postopératoires dont ils ont besoin, telles que des séances de physiothérapie.

De plus, dans la plupart des camps, il n’y a pas de services de santé adaptés qui fonctionnent la nuit. Il revient donc aux soldats postés à l’entrée du camp de juger si un patient est suffisamment malade pour être transféré vers un l’hôpital à l’extérieur des camps.

Les troubles psychiques sont un des principaux problèmes rencontrés par les personnes déplacées. Durant le conflit, celles-ci ont en effet vécu des expériences traumatisantes. Ils sont nombreux à avoir perdu des êtres chers ou à avoir été blessés. De plus, ils sont maintenant dans une situation où il est difficile de reconstruire un semblant de vie normale. Les déplacés vivent sous des tentes surpeuplées, il y a très peu d’emplois dans les camps, nulle part où aller et très peu de choses à faire à part se rendre d’une distribution de nourriture ou de biens de première nécessité à l’autre. Ces distributions sont organisées par le gouvernement ou par les organisations humanitaires. Dans de nombreux camps, les déplacés ne peuvent pas se faire la cuisine et dépendent des cuisines communes. Les parents s’inquiètent pour leurs enfants qui ne peuvent pas aller à l’école. Ils sont également très préoccupés car ils ne savent pas quand ils pourront partir ni quand ils pourront retrouver leur famille.

Les habitants des camps ne sont apparemment pas libres de partir. Pourquoi MSF y travaille-t-elle?

MSF travaille pour les personnes qui vivent dans les camps, où la liberté de mouvement est fortement limitée en raison de la présence possible, selon le gouvernement sri-lankais, d’anciens combattants parmi les civils. Dans le droit international, il existe des dispositions qui autorisent à prendre de telles restrictions lorsque l’état d’urgence a été déclaré, ce qu’a fait le Parlement sri-lankais. Ces restrictions ont cependant été prévues pour une durée limitée. MSF est très inquiète car plus cette situation perdure, plus la vie devient difficile dans les camps, notamment parce que les déplacés ont vécu des événements extrêmement traumatisants et que beaucoup ne savent toujours pas où se trouvent leurs proches ni ce qui leur est arrivé. Jusqu’à présent, aucun départ clair et systématique de personnes vivant dans les camps n’a été organisé, sauf celui d’enfants de moins de 10 ans et d’adultes de plus de 60 ans qui ont de la famille à l’extérieur des camps.

À l’approche de la saison des pluies, MSF s'inquiète également pour tous les besoins importants qui pourraient apparaître.

Le gouvernement a certes fait des efforts pour mettre en place ces camps et s’assurer que les déplacés bénéficient d’une aide mais les soins médicaux, par exemple, ne sont toujours pas au niveau où nous les espérions. MSF a proposé son aide aux autorités afin de les aider à développer les services existants. Selon MSF, le gouvernement a l’obligation de laisser aller librement les civils et de s’assurer qu’une assistance adaptée leur est proposée.

Quelles sont les activités de MSF à Vavuniya?

Dans onze des camps, MSF distribue des compléments alimentaires (gruau très énergétique) aux personnes particulièrement vulnérables tels que les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes et allaitantes et les personnes âgées. En tout, MSF distribue chaque jour plus de 23 000 repas à ces personnes et s’assure que les personnes malades et les enfants malnutris seront transférés aux dispensaires et aux centres de traitement spécialisés dans la prise en charge de la malnutrition infantile.

En mai, MSF a mis en place un hôpital d’une capacité de 150 lits à l’extérieur du camp de Manik Farm. Il compte deux blocs opératoires et une unité de soins intensifs. Depuis son ouverture, plus de 1 000 patients ont été admis pour des soins ou des interventions chirurgicales. Les patients sont référés par le personnel du ministère de la Santé présent dans les camps. Nous soignons principalement des patients présentant des blessures liées au conflit ou des infections respiratoires ainsi que des cas pédiatriques. Nous proposons depuis peu des soins obstétriques. Nous continuons à soutenir l’hôpital général public de Vavuniya où le personnel MSF assure des interventions chirurgicales, des soins infirmiers et des séances de physiothérapie.

Neuf assistants spécialisés en nutrition travaillent aux côtés du personnel du ministère de la Santé dans l’unité de nutrition du service de pédiatrie. Un responsable des soins de santé mentale MSF soutient également une ONG locale en proposant à ses conseillers des formations sur l’assistance psychologique des patients à l’hôpital. Une équipe d’environ 135 aides-soignants assiste les patients dans les gestes de la vie quotidienne. Ils les aident par exemple à manger ou à se laver. Certains des aides-soignants ont suivi une formation en physiothérapie et pour effectuer les pansements. MSF a aussi distribué des vêtements, des serviettes de toilette, des bouteilles d’eau, des matelas, des oreillers, des draps et de petites sommes d’argent à plus de 10 000 patients, puisque la plupart n’avaient que les vêtements qu’ils portaient quand ils sont arrivés.

À l’hôpital public de Pompaimadhu, le personnel MSF soigne 180 blessés, dont de nombreux amputés. Pour 50 d’entre eux, la moelle épinière a été touchée. Les principales activités sont la réalisation de pansements, la physiothérapie et la chirurgie.

Nous négocions actuellement avec les autorités sri-lankaises pour ouvrir un programme de chirurgie orthopédique et reconstructrice à l’hôpital de Vavuniya. 

Quelles sont les restrictions auxquelles vous êtes confrontés dans votre travail?

Obtenir des visas pour le personnel international nécessite du temps et de nombreuses démarches administratives. Cela perturbe notre travail. Les équipes qui doivent chaque jour entrer dans les camps pour mener des activités nutritionnelles sont souvent bloquées à l’entrée à cause de procédures floues qui, parfois, retardent notre intervention de quelques heures, voire de quelques jours.

Nous n’avons pas le droit d’entrer dans les camps où nous ne travaillons pas et nous n’avons pas pu mener d’évaluation indépendante des besoins des personnes qui y vivent.

MSF a la capacité de dispenser davantage de soins médicaux et psychologiques aux habitants des camps. À ce jour, les autorités n’ont pas accepté cette offre.


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