Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Sri Lanka : la guerre est finie mais les souffrances continuent

N’importe quel système de santé aurait des difficultés à répondre aux besoins de plus de 260 000 personnes récemment sorties d’une zone de conflit. Dans plusieurs camps de déplacés mis en place par le gouvernement sri-lankais, les structures médicales sont saturées. Les personnes malades ou blessées doivent parfois attendre plusieurs jours avant de voir un médecin pour être soignées. Et la nuit venue, ce sont des personnes sans formation médicale qui décident qui doit être envoyé à l’hôpital. Bien que la guerre soit terminée, les souffrances continuent pour les Sri-Lankais.


Sri Lanka | 13 août 2009

Depuis trois mois, Ati* vit dans l’un des camps de Manik Farm avec son mari et ses trois enfants. Il y a deux semaines, son fils de cinq ans a eu de la fièvre et était très peu réactif. Elle l’a amené au dispensaire du camp à cinq heures du matin et a attendu jusqu’à six heures le soir pour voir un médecin. Comme beaucoup d’autres, elle n’a pas pu avoir de consultation et est retournée dans sa tente avec son enfant malade et sans traitement. Le lendemain, elle est revenue au dispensaire et n’a pas non plus réussi à voir de médecin malgré treize heures d’attente. Ce n’est que le troisième jour qu’elle a pu voir un médecin, qui lui a donné des antibiotiques pour son fils.                                 

300 patients par jour

Même si les services se développent progressivement dans les camps, avec des dispensaires du ministère de la Santé dans chaque camp et un personnel médical qui fait ce qu’il peut, les besoins sont considérables et les structures médicales saturées. Certains médecins voient entre 200 et 300 patients par jour. Il y a peu de possibilités de pratiquer des tests et d’assurer un suivi des patients. Seuls les cas les plus urgents sont transférés vers des hôpitaux hors des camps. Maruthani*, une jeune femme de 24 ans, est arrivée à Manik Farm à la fin du mois de mai. Elle est gravement défigurée depuis qu’un éclat d’obus lui a coupé les lèvres, les joues et le menton durant le conflit. Sa bouche est toujours ouverte, sa langue a été très touchée, elle peut à peine boire et ne peut pas parler. Elle a besoin d’une intervention de chirurgie reconstructrice, des soins qui sont impossibles à l’intérieur du camp. Lorsque ses blessures se sont infectées, elle est venue au dispensaire du camp, elle souffrait. Là-bas, ils ne pouvaient rien faire pour elle. Cependant, elle n’a pas été transférée vers un hôpital à l’extérieur du camp car elle n’était pas considérée comme un cas d’urgence. Elle passe ses journées dehors, étendue sur le sable, à attendre.

Certains cas d’urgence repérés dans les camps sont référés par le personnel du ministère de la Santé à l’hôpital de MSF qui se trouve à l’extérieur du camp de Manik Farm où des équipes médicales de MSF soignent essentiellement des patients présentant des blessures liées au conflit, des infections respiratoires ou des maladies cutanées. C’est la nuit qui pose problème. « Dans certains camps, si une personne développe des symptômes pendant la nuit, il revient au soldat posté aux portes du camp de décider si oui ou non cette personne doit être transférée vers un hôpital », explique Karline Kleijer, coordinatrice d’urgence pour MSF. « Ça marche bien lorsque les symptômes sont nettement visibles mais lorsqu’il s’agit d’un enfant déshydraté avec de la fièvre, le soldat moyen ne verra pas qu’il a besoin de soins en urgence car ce ne sont pas des choses faciles à diagnostiquer. »

Petit-déjeuner la nuit

Les habitants des camps éprouvent également des difficultés à accéder à de l’eau propre et à la nourriture. Dans la plupart des camps, les déplacés ne font pas la cuisine mais se servent de cuisines collectives et des rations distribuées chaque jour par le gouvernement ou les ONG. « Parfois, notamment dans les camps les plus récents, la nourriture n’est pas distribuée avant tard le soir et le premier repas de la journée a lieu à vingt-deux heures », explique une employée de MSF. Chaque jour, MSF distribue du gruau très énergétique à plus de 23 000 personnes vulnérables (enfants de moins de cinq ans, femmes enceintes et allaitantes et personnes de plus de 60 ans) dans onze camps. « Il est difficile pour notre personnel de renvoyer ceux qui ne correspondent pas à notre groupe cible », ajoute-elle.

À l’extérieur des camps, des centaines de personnes qui ont été blessées lors du conflit sont toujours soignées à l’hôpital. À l’hôpital de Pompaimadhu, en collaboration avec le personnel du ministère de la Santé, MSF soigne 180 patients présentant des blessures à la colonne vertébrale, des fractures qui n’ont pas guéri ou des blessures infectées. Le chirurgien MSF pratique 16 à 20 opérations en moyenne par semaine. Et la physiothérapie tient également une place importante dans ce programme. « C’est extraordinaire de voir quelqu’un marcher à nouveau grâce à la physiothérapie », raconte Tim Pruchnic, chirurgien pour MSF.

Traumatismes sans aucun soutien

Traumatisés par ce qu’ils ont vécu pendant le conflit, de nombreux patients hospitalisés s’efforcent de surmonter leur souffrance et leurs inquiétudes concernant leur avenir et le sort de leurs proches. « Une jeune mère hospitalisée à Pompaimadhu a perdu son mari, ses parents, sa sœur, le mari de sa sœur et leurs enfants », raconte un employé MSF. « Elle est maintenant seule à l’hôpital de Pompaimadhu où elle se remet de ses blessures. Elle est la seule survivante de sa famille et elle est enceinte. Elle se sent très seule et reste en état de choc, cela ne fait que deux mois et demi qu’elle a perdu tout ce qu’elle avait et tous ceux qu’elle aimait. Elle s’inquiète car elle se demande comment elle va faire seule en tant que mère. Tant qu’elle reste à Pompaimadhu, elle peut recevoir de l’aide mais lorsqu’elle sera renvoyée au camp, elle ne bénéficiera plus d’aucun soutien. »

Dans les camps, les déplacés sont face aux traumatismes qu’ils ont vécus pendant le conflit et il est difficile de reconstruire ne serait-ce qu’un semblant de vie normale. Les déplacés n’ont pas le droit de quitter les camps et les emplois y sont rares. De plus, les parents sont inquiets pour l’éducation de leurs enfants. Il est difficile pour les déplacés de chercher leurs proches, de faire des projets ou de prendre leur avenir en main. Ils n’ont nulle part où aller et il n’y a pas grand-chose d’autre à faire dans les camps que d’aller d’une distribution à l’autre. Il leur est difficile de vivre sans savoir combien de temps ils devront rester dans les camps. Les besoins en soins psychologiques sont par conséquent considérables parmi les déplacés vivant dans les camps. Actuellement, de tels soins ne sont pas dispensés.

Prêts à commencer

En plus de la préparation et de la distribution de gruau très énergétique, MSF a la capacité d’accroître ses activités et d’apporter un soutien médical au personnel du ministère de la Santé dans les camps. « Nous avons deux tableaux blancs dans notre bureau », explique Karline. « Sur le premier sont inscrites les activités prévues pour les semaines à venir : alimentation complémentaire, interventions chirurgicales, etc. Sur le second, il y a une liste des activités pour lesquelles nous attendons une autorisation, notamment les soins de santé mentale, les soins primaires et les séances de physiothérapie dans les camps… Nous sommes prêts à commencer! »

MSF poursuit les négociations avec les autorités sri-lankaises à Colombo.

*Les noms de ces personnes ont été changés.


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