Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Sri Lanka : une reconnaissance incroyable

Médecins Sans Frontières (MSF) gère un bloc opératoire et un programme de soins post opératoires à l’hôpital ayurvédique de Pompaimadhu, dans le nord du Sri Lanka. De nombreux patients ont été référés à l’équipe MSF à partir des camps et de l’hôpital général de Vavuniya. Tim Pruchnic, un chirurgien MSF qui travaille à l’hôpital de Pompaimadhu depuis mai, nous raconte son expérience.


Sri Lanka | 13 août 2009

À Pompaimadhu, nous avons en ce moment 180 patients et l’hôpital est complet. Ils sont nombreux à présenter des blessures chroniques comme des plaies de pression ou une mauvaise cicatrisation des plaies liées à une amputation. Les besoins en physiothérapie sont énormes : tous nos patients ont des articulations qui bougent mal et des fractures qui ne guérissent pas.

L’équipe MSF est composée de neuf membres du personnel médical, international et national, d’une équipe d’aides-soignants et de huit conseillers. Nous travaillons aux côtés du personnel du ministère de la Santé. Je suis le seul chirurgien qui travaille dans cet hôpital et je pratique entre 16 et 20 interventions deux jours par semaines. Certaines sont des interventions chirurgicales majeures, comme la révision d’amputations qui n’ont pas cicatrisées. D’autres sont des interventions moins lourdes qui consistent, par exemple, à retirer les fixations externes ou à nettoyer les blessures. Les autres jours, je fais des visites dans les différents services.

L’une des principales interventions que nous pratiquons est une opération de chirurgie réparatrice appelée « chirurgie par lambeaux musculaires». Ces deux à trois heures d’opération nous permettent de sauver des jambes infectées qui ont été blessées par des éclats d’obus et qui auraient, sinon, dû être amputées. Nous avons réalisé cette intervention vingt fois et, jusqu’à présent, cela a été une vraie réussite. Le premier patient sur lequel nous avons pratiqué cette opération avait été blessé par un éclat d’obus au-dessous du genou et il ne lui restait presque plus d’os. Maintenant, il marche de nouveau et nous avons décidé aujourd’hui qu’il était suffisamment rétabli pour quitter l’hôpital. 

C’est étonnant la différence que peuvent apporter des soins, des séances de physiothérapie pour continuer à faire bouger les articulations et un peu de soutien psychologique.

Nous avons mis en place une unité spécialisée dans le traitement des blessures à la colonne vertébrale et nous sommes actuellement la principale organisation à dispenser ce type de soins dans le district. D’autres hôpitaux transfèrent leurs patients ici et nous en avons maintenant 50, essentiellement des adultes entre 20 et 40 ans, qui ont été blessés par des éclats d’obus. Deux patients sont tétraplégiques et les autres sont paraplégiques.

Il y a deux ou trois chanceux dont les troubles sont temporaires et qui retrouvent peu à peu leur mobilité grâce aux séances de physiothérapie. C’est bien qu’ils soient tous ici car nous pouvons ainsi les soigner ensemble. Ils présentent des blessures qui guériront si elles reçoivent les bons soins. Nous avons appris à leur famille comment les tourner dans leur lit et les assister. Lorsque cela est nécessaire, nous les opérons pour traiter leurs plaies. Les conseillers leur parlent et les aident à faire face à leurs émotions. Les patients se sentent mieux lorsque vous travaillez avec eux, même s’ils ne retrouveront jamais leurs capacités de mouvement.

J’ai été particulièrement marqué par un patient que je vois tous les jours à l’hôpital. Il a une vingtaine d’années et il se trouvait dans la zone de conflit lorsqu’une bombe a atterri sur ses jambes. Elle n’a pas explosé mais lui a écrasé les jambes. Lorsqu’il est arrivé à Pompaimadhu, nous avons vu qu’il avait été amputé deux fois. Mais ces interventions avaient échoué, les os étaient saillants et il fallait l’opérer de nouveau. Nous avons refait les deux amputations. Maintenant, les plaies sont propres et peut-être qu’un jour ce garçon pourra remarcher. Lorsque nous lui avons demandé ce qui s’était passé, il nous a parlé de l’obus et, le plus étonnant, c’est qu’il en souriait comme si c’était une bonne chose. Nous nous demandions vraiment pourquoi. Puis, il a ajouté : « l’obus a atterri sur mes jambes mais il n’a pas explosé. S’il avait explosé, il aurait tué toute ma famille. »

C’est le genre d’histoire où vous dites « waouh, c’est impressionnant ! Il n’a pas de jambes mais il est quand même heureux que l’obus n’ait pas explosé ». Nous serions probablement  déprimés dans une situation pareille, alors que lui, il s’installe dans son fauteuil roulant et s’en va, reconnaissant pour tout.

Malgré toutes les horreurs qui peuvent arriver, c’est étonnant de voir ce pour quoi vous pouvez être reconnaissant.


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