Pakistan : les services de santé peinent à répondre aux besoins des personnes déplacées
MSF augmente son soutien dans les hôpitaux
Le district de Mardan, dans la province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP), tente de faire face à l’afflux de plus d’un million de personnes fuyant la guerre. Bien que les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) n’aient vu aucun signe alarmant de mortalité ou d’épidémie parmi la population, les structures de santé de la région essaient d’assurer les soins médicaux de base d'un million de personnes supplémentaire. Pour aider à soigner le nombre croissant de patients, MSF a augmenté le nombre des services au sein du Complexe médical de Mardan et soutient le centre médical rural de Takht Bhai.
Dans le service hospitalier pour les femmes du Complexe médical de Mardan, une femme originaire de la vallée de Swat est assise sur un lit avec son petit garçon de trois mois. Il ne pèse que 1,8 kg et son corps est faible dans les bras de sa mère. L'hôpital du district de Mardan a référé ce bébé au service dirigé par MSF dans le Complexe médical de Mardan, un hôpital situé à l'extérieur de la ville.
« Ce bébé est sous-alimenté et a besoin d’être surveillé 24 h/24. Il doit boire du lait thérapeutique toutes les trois heures », explique Sahla Issoufu, médecin et coordonnateur des urgences de MSF à Mardan. « Il est très difficile pour le personnel de l'hôpital du district de dispenser ce type de soins quand le nombre de patients reçus a pratiquement triplé depuis l’arrivée d’un si grand nombre de personnes déplacées. »
L’hôpital du district, situé au centre de Mardan, est facilement accessible aux habitants locaux et aux déplacés. L’hôpital a donc vite été surchargé par le nombre effarant de patients après le début des combats dans la vallée de Swat et à Buner. Même si les autorités sanitaires ont renforcé leurs équipes en envoyant, à Mardan, du personnel médical en poste dans d'autres régions, l’hôpital est bien au-delà de sa capacité. Le 4 juin, MSF a ouvert un service de 20 lits au sein du Complexe médical de Mardan, dont la capacité a été rapidement augmentée pour atteindre les 40 lits. Puis, le 19 juin, MSF a commencé à travailler dans la salle d'urgence de l'hôpital.
« Nous n'avons vu aucun signe alarmant d'urgence médicale globale autre que le besoin d'augmenter la capacité des structures médicales locales », affirme Sahal. « La plupart des problèmes médicaux que nous avons rencontrés jusqu’ici sont liés à la déshydratation, causée par la diarrhée et par la chaleur extrême. Les familles déplacées viennent d'une région montagneuse où les températures sont beaucoup plus fraîches. Les enfants et les personnes âgées sont particulièrement vulnérables à la chaleur. Quant aux épidémies, le choléra étant endémique dans cette région, les autorités ont mis en place une surveillance épidémiologique à laquelle MSF est prête à apporter son soutien si nécessaire. »
Augmenter les services pour répondre aux besoins grandissants
Le centre médical rural de Takht Bhai est situé à environ 30 minutes en voiture du Complexe médical de Mardan. En coordination avec les autorités sanitaires locales, MSF a commencé à travailler à cet endroit le 2 juin et donne des consultations médicales aux personnes déplacées, y compris des consultations prénatales. MSF a également mis en place une salle d’accouchement.
« La première fois que nous sommes venus au centre médical rural de Takht Bhai, la situation semblait chaotique car le personnel était véritablement surchargé de travail », explique Jean-Pierre Amigo, coordonnateur des urgences de MSF à Mardan. « MSF fournissait déjà des consultations dans un camp voisin de personnes déplacées, mais nous devions aussi apporter notre soutien aux structures de santé à l'extérieur du camp. Une salle d’accouchement fonctionnant 24 h/24 était vraiment nécessaire. Nous avons donc restauré celle qui existait à Takht Bhai de manière à pouvoir assister des accouchements jour et nuit. »
En collaboration avec les autorités sanitaires locales, MSF a débuté une campagne de sensibilisation pour informer les femmes que ce service est gratuit et accessible 24 h/24. « Il n’y a vraiment aucune raison pour que des femmes accouchent dans des conditions dangereuses alors qu'elles ont un centre fraîchement restauré où du personnel médical est présent 24 h/24 pour les aider », a déclaré Jean-Pierre. « Chaque semaine, le nombre d'accouchements et de consultations double, y compris celui des consultations prénatales. Nous restaurons maintenant d’autres salles afin d’accroître la capacité du centre médical. »
De retour au Complexe médical de Mardan, un jeune garçon souffrant de diarrhée aiguë arrive de l’hôpital du district et est rapidement mis en isolement.
« À l’hôpital du district, ils n'ont pas d’endroit pour isoler des cas. Ce jeune garçon a donc été envoyé ici », raconte Sahla. « Les patients sont tellement nombreux à l’hôpital du district qu’ils sont deux ou trois par lit dans le service de pédiatrie. Ainsi, vous pourriez trouver un enfant comme celui-ci, souffrant de diarrhée aiguë, partageant le même lit qu'un enfant atteint d'une infection respiratoire. La surpopulation augmente le risque de transmission des infections entre les patients. »
Pendant ce temps, le bébé admis la journée précédente et souffrant de malnutrition semble plus alerte et commence à regarder autour de lui, ce qui est bon signe.
Sa mère raconte : « J'ai passé les derniers mois à l’amener dans différents hôpitaux mais je ne pouvais pas continuer d’aller à Peshawar parce que c'était trop cher. Je l’ai donc ramené à la maison à Swat. Nous avons ensuite fui les combats et sommes venus nous réfugier chez notre famille qui vit ici. J’ai sept filles et il est mon unique fils. Je veux seulement qu’il aille mieux. »
Sahla est optimiste. « Au cours des 24 dernières heures, l’état de santé du bébé s’est amélioré. Il mange bien et il est bien plus éveillé qu'à son arrivée. Dans deux semaines, il devrait être suffisamment rétabli pour quitter l'hôpital. »
Dans le service MSF du Complexe médical de Mardan, 153 patients ont été admis entre le 4 et le 20 juin. Le 19 juin, MSF a commencé à travailler dans la salle d’urgence de l'hôpital, où 41 patients ont été soignés au cours des trois premiers jours de son intervention.
Au centre médical rural de Takht Bhai, 2 900 consultations pour des soins primaires et des urgences ont été pratiquées entre le 2 et le 20 juin, ainsi que 205 consultations prénatales et 13 accouchements. Dans le district de Mardan, MSF dirige également une clinique ambulatoire dans un camp de déplacés de 5 800 personnes. L’organisation fournit des abris et des biens de première nécessité et assure l’approvisionnement en eau et les services sanitaires aux personnes déplacées. Des cliniques mobiles offrant des consultations prénatales se rendent dans huit écoles où logent des familles déplacées.
Au Pakistan, MSF n’accepte aucun don provenant de gouvernements ou de bailleurs de fond. MSF n'utilise que des dons privés provenant du grand public pour mener ses activités. MSF gère également des programmes dans la province de la Frontière du Nord-Ouest à Peshawar, Mardan, Malakand et Mansehra, ainsi que dans la province du Balouchistan et celle du Kurram Agency.
MSF dans le district de Mardan
Complexe médical de Mardan
- 153 patients ont été soignés entre le 2 et le 20 juin
- 41 patients dans la salle d’urgence entre le 19 et le 21 juin
Centre médical rural de Takht Bhai
- 2 900 patients ont été soignés pour des soins primaires et des urgences entre le 2 et le 20 juin
- 205 consultations prénatales
- 13 accouchements
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