Pakistan : les blessés de guerre cherchent des soins dans le Lower Dir
Un flux régulier de civils blessés continue d’arriver au principal hôpital de référence du district du Lower Dir où Médecins Sans Frontières (MSF) fournit des soins médicaux d’urgence. Venant principalement de la région de Swat, mais aussi de Maidan dans le Lower Dir, 159 blessés au total ont été soignés depuis la fin avril. Dans la même période, de nombreuses familles sont arrivées de Maidan dans les deux camps pour personnes déplacées où travaille MSF.
Alors que les combats se poursuivent dans certaines zones du Pakistan comme dans la province de la Frontière du Nord-Ouest et dans les zones tribales, les personnes touchées par le conflit n’ont quasiment aucun accès aux soins. Dans la région de Swat, on estime que 80 pour cent des infrastructures médicales ne fonctionnent plus, par manque de personnel et d’approvisionnement. Selon des sources locales, des centres médicaux auraient d’ailleurs été détruits. Les couvre-feux ainsi que les violences continues empêchent les patients de se rendre vers les rares hôpitaux qui fonctionnent encore, à Swat ou dans les districts voisins.
Malgré tout, certains blessés de guerre réussissent à atteindre l’hôpital de Timurgara, seul hôpital de référence du district du Lower Dir. Une équipe médicale de MSF y soigne des patients dans le service des urgences, et fournit des médicaments ainsi que du matériel, depuis mars dernier.
« La semaine dernière lorsque j’étais à Timurgara, 10 patients blessés par les combats sont arrivés le même jour dans le service des urgences. Parmi eux, il y avait quatre enfants », raconte Stefan Van Der Mussele, superviseur médical pour MSF dans le Lower Dir.
« Les blessures avaient été causées par des balles ou des explosions. Deux frères âgés de cinq et six ans figuraient parmi les blessés. L’un d’eux était inconscient et souffrait de blessures au cou et à la tête. Ils sont arrivés accompagnés de trois femmes, blessées elles aussi. En salle de réanimation, un homme n’a pas survécu : souffrant d’une large blessure à la tête, son cerveau avait été touché. Dans la même pièce, on a soigné un enfant de 8 ans accompagné de son père couvert de son sang, qui faisait de son mieux pour être fort et soutenir son fils. »
Depuis le mois de juin, l’équipe médicale de MSF de l’hôpital de Timurgara a soigné 700 personnes en moyenne chaque semaine dans le service d’urgence. Depuis le 26 avril, MSF a également pris en charge 159 blessés de guerre. Les patients qui nécessitent une intervention chirurgicale sont d’abord stabilisés avant d’être transférés vers le service de chirurgie où travaillent les chirurgiens du ministère de la Santé.
L’assouplissement des couvre-feux permet à davantage de patients de se rendre à Timurgara. « Avant, les blessés de guerre qui arrivaient de Swat à Timurgara devaient traverser les collines pour éviter les grands axes routiers aux heures de couvre-feu. L’un des patients est arrivé avec les intestins à l’air. Il avait été amené dans cet état par sa famille, et a survécu malgré tout », raconte encore Stefan. « Les patients arrivent maintenant en empruntant les routes principales, parfois même par ambulance. »
Les blessés proviennent également de la région de Maidan, dans le Lower Dir, à environ 30 kilomètres au nord de Timurgura. Dans cette zone, où les structures médicales fonctionnelles sont rares et où aucun hôpital n’est équipé pour la chirurgie, les populations doivent venir jusqu’à l’hôpital de district pour recevoir des soins appropriés. Les familles fuient la violence qui règne à Maidan et se sont installées dans des camps improvisés, dans des bâtiments désaffectés ou encore chez des familles d’accueil, dans le sud du district du Lower Dir. L’insécurité présente dans toute la région entrave l’assistance que pourrait fournir MSF aux populations.
« Bien que des familles déplacées trouvent refuge dans la région et que certains blessés se rendent à l’hôpital, la zone reste très instable et n’est qu’à quelques kilomètres des combats », explique Gael Hankenne, chef de mission pour MSF au Pakistan. « Avec l’insécurité générale dans toute la province, cela limite considérablement le nombre d’équipes et de programmes que nous menons pour venir en aide à la population et soutenir les hôpitaux locaux. Il est essentiel que les parties au conflit facilitent l’évacuation des personnes blessées ou malades vers des structures médicales fonctionnelles. »
Depuis août 2008, MSF travaille dans deux camps qui accueillent quelque 6 000 déplacés dans le Lower Dir. Les camps de Sammar Bagh et de Sadbar Kallay ont d’abord été mis en place pour accueillir les familles qui fuyaient les combats se déroulant dans le district du Bajaur Agency. Depuis mai dernier, ces familles sont presque toutes parties et ont été remplacées par des familles fuyant les violences de Maidan.
Dans ces camps, MSF a fourni des abris et des biens de première nécessité, et prend en charge l’approvisionnement en eau et le système d’assainissement. Des consultations externes ont été menées dans le camp de Sammar Bagh par MSF et par les autorités sanitaires locales dans le camp de Sadbar Kallay. Néanmoins, ces trois derniers mois, la présence de MSF a été fortement entravée en raison de l’insécurité.
Au Pakistan, MSF n'accepte aucun don provenant de gouvernements ou de bailleurs de fonds et n'utilise que des dons privés provenant du grand public pour mener ses activités. MSF gère également des programmes dans la province de la Frontière du Nord-Ouest à Peshawar, Mardan, Malakand, et Mansehra, ainsi que dans la province du Balouchistan et celle du Kurram Agency.
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