RDC : MSF augmente son aide médicale malgré la violence au nord du pays
L’augmentation des attaques à l’encontre de la population civile entraîne un afflux de déplacés
Les territoires du Haut-Uélé et du Bas-Uélé, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), sont le théâtre de violences commises par les rebelles ougandais de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) en réponse aux opérations militaires lancées contre eux par les armées de l’Ouganda, de la RDC et du Sud-Soudan.
Pour porter assistance à une population abandonnée, prise au piège dans une région totalement enclavée, MSF a décidé d’ouvrir deux nouveaux projets. Depuis une semaine, les équipes du Pool d’Urgence Congo (PUC) de MSF appuient les hôpitaux centraux de Faradje et de Niangara, ainsi qu’un centre de santé.
Présente dans cette région depuis le mois de septembre dernier, notamment au sein de l’hôpital de Dungu, MSF a décidé d’intensifier ses activités suite à l’augmentation des attaques à l’encontre de la population civile résultant en un afflux de personnes déplacées, privées de toute aide médicale.
« En février, nos équipes ont effectué des missions d’évaluation sur différentes parties de cette région qui n’étaient pas ou peu couvertes pas d’autres organisations humanitaires, du moins au niveau de la santé », explique Amaury Grégoire, coordinateur du PUC. « Dans cette région, la situation est dramatique. Les structures sanitaires sont soit inexistantes, soit dans un état déplorable. Il y a très peu de médicaments disponibles et à un prix exorbitant. Nous étions aussi aux prises avec un manque de personnel médical : la plupart ont en effet fui les violences avec la population. »
Appui aux hôpitaux et aux centres de santé
Les équipes MSF vont donc réaménager les structures médicales, former le personnel médical encore présent et assurer une prise en charge gratuite des personnes déplacées et des populations locales qui, depuis plusieurs mois, ont accueilli les déplacés. La situation nutritionnelle est également inquiétante : « D’une part, de nombreuses cultures ont été détruites par les fortes pluies et, d’autre part, les personnes déplacées, loin de leurs terres, ne peuvent plus cultiver », poursuit Amaury Grégoire.
À Niangara, près de 10 000 personnes déplacées ont trouvé refuge dans le centre-ville et 15 000 réfugiés se sont installés aux alentours de la ville. Les équipes MSF soutiennent l’hôpital central et un centre de santé situé en dehors de la ville. Les principales maladies traitées sont le paludisme, les infections respiratoires aiguës et les infections sexuellement transmissibles. À l’hôpital, nos équipes voient plus de 250 personnes par jour. Des consultations spéciales pour les victimes de violences sexuelles ont également été mises en place.
À Faradje, non loin de la frontière soudanaise, plusieurs milliers de personnes ont trouvé refuge dans trois sites différents. L’équipe MSF a commencé à appuyer l’hôpital général central. L’hôpital se trouve dans un très mauvais état et la première tâche de l’équipe logistique sera de le réaménager afin qu’il réponde à des normes de qualité acceptables. L’équipe a également installé des réservoirs afin d’assurer l’approvisionnement en eau potable de l’hôpital.
« Les pires horreurs »
Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), le nombre total serait aujourd’hui d’environ 190 000 personnes dans le Haut-Uélé et le Bas-Uélé « Ces gens ont fui des actes de violence extrême et ont vécu les pires horreurs », confie Amaury Grégoire. « Ils ont perdu un père, une mère, un mari, une femme ou un enfant. La plupart des villages ont été incendiés, les familles ont été affectées directement par des actes atroces. Des milliers de personnes sont sous le choc de la violence qu’elles ont vécue ou vue. Certains ont été kidnappés, violés, battus ou simplement tués. »
Des consultations spéciales pour les victimes de violences sexuelles ont été mises en place. Afin de former le personnel local à prendre en charge les victimes sur le plan psychologique, une psychologue MSF rejoindra bientôt l’équipe.
Aujourd’hui, dans le Haut-Uélé et le Bas-Uélé, ce ne sont plus seulement les personnes déplacées qui ont besoin d’une aide humanitaire urgente. Bon nombre de familles qui les ont accueillies sont dans une situation de plus en plus précaire. « Les personnes déplacées ont été accueillies et aidées par des familles locales », conclut Emmanuel Lampaert, responsable médical du PUC. « Dans un premier temps, c’est un phénomène positif parce que cela leur a permis de survivre. Mais à long terme, ce système affaiblit le niveau de vie global des déplacés et des familles d’accueil. C’est alors un groupe plus important de personnes qui a besoin d’aide, et leurs besoins sont énormes. »
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