Nigéria : la méningite continue de faire des victimes
L’épidémie de méningite qui sévit cette année au nord du Nigéria a déjà coûté la vie à plus de 1 500 personnes. Médecins Sans Frontières, en coopération avec le ministère de la santé nigérian, mène une vaste campagne de vaccination et assure la prise en charge des patients souffrant de la maladie.
Allongé sur un lit d’hôpital dans la chaleur accablante de la saison sèche nigériane où les températures dépassent les 40°C, Ismael ne bouge pas. Il a huit ans et vient d’être amené par son père à l’hôpital général de Musawa, dans l’État de Katsina au nord du Nigéria. Il s’est réveillé au milieu de la nuit en se plaignant d’un mal de tête et d’une raideur à la nuque, deux symptômes classiques de la méningite.
Arrivé très vite à l’hôpital et ayant reçu les antibiotiques adaptés, Ismael est en voie de guérison. Un bébé chétif de cinq mois, allongé juste deux lits plus loin, n’a pas eu cette chance. Il respire avec peine, son petit thorax se soulevant avec effort. Son père tente de le réconforter. Il est pris de convulsions, et les docteurs pensent qu’il est peu probable qu’il s’en sorte.
« Vous pouvez dire quel enfant a la méningite rien qu’en les regardant de loin, à cause de leur position. Le simple fait de bouger leur est insupportable. Ils se cachent les yeux car la lumière leur fait mal, ils respirent rapidement à cause de la fièvre ou de la douleur », explique Susan Umstat, une infirmière de MSF qui travaille dans l’État de Zamfara depuis le début de l’urgence. « C’est vraiment une maladie atroce. Je n’aurais jamais imaginé la voir avec une telle ampleur. »
Voilà la réalité de la méningite. Cette maladie s’est propagée dans le nord du Nigéria depuis le mois de janvier, date à laquelle les premiers cas ont été signalés. Le Nigéria se trouve dans ce que l’on nomme communément la « ceinture de méningite ».
« En général, cette région connaît une grande épidémie de méningite tous les dix ans », explique Idriss Halliru, docteur et directeur de la santé publique de l’État de Katsina au Nigéria. « La dernière grande épidémie remonte à 1996. Depuis 2006, nous nous attendons donc à une grande épidémie. Cette année est particulièrement mauvaise. » Le Nigéria a été le pays le plus touché parmi ceux de la « ceinture », avec plus de 50 000 cas recensés jusqu’à présent depuis le début de l’année. Quelque 1 500 personnes sont mortes de cette maladie.
Chaque jour, des équipes médicales parcourent plusieurs heures en voiture pour atteindre quelques centres de santé, la plupart situés dans des villages isolés. Ces équipes examinent les patients, collectent les données et approvisionnent les structures de santé en médicaments et matériel médical pour le traitement de la méningite. « Les gens ici sont bien conscients de la gravité de la méningite », assure le docteur Kingsley, un membre nigérian de l’équipe de Kebbi. « En fait, ils ont très peur de cette maladie à cause de la rapidité avec laquelle vous pouvez en mourir. Mais le principal problème est que même si une personne reconnaît tout de suite les symptômes de la méningite, dans de nombreux cas elle risque de mourir avant d’avoir pu atteindre une structure de santé. C’est pourquoi mon équipe et moi, comme les autres médecins, parcourons les zones isolées pour identifier les malades et les traiter immédiatement. »
« Je me souviens bien d’une patiente, une petite fille qui se trouvait dans sa maison, dans les environs de Dandi », explique Kingsley. La mère nous a expliqué que l’enfant avait d’abord eu mal à la tête et commencé à avoir des convulsions. Quand nous sommes arrivés, la petite fille était inconsciente. Nous n’avons eu aucun doute sur le fait qu’il s’agissait bien de la méningite et qu’il fallait la prendre en charge tout de suite. Nous avons installé une perfusion et nous sommes restés avec elle pendant une heure jusqu’à ce qu’elle commence à reprendre des forces. Ensuite nous l’avons emmenée dans la structure de santé la plus proche. Quand nous y sommes retournés le lendemain, la petite fille allait bien. »
Les équipes de MSF et du ministère de la santé travaillent sans relâche dans neuf états : Jigawa, Bauchi, Katsina, Sokoto, Kebbi, Niger, Zamfara, Kaduna et Gombe. Grâce à la réussite de la grande campagne de vaccination associée au traitement des patients et à l’approvisionnement des centres médicaux en antibiotiques efficaces, le nombre de cas décroît progressivement.
« Cela fait plaisir de voir baisser le taux de mortalité », se réjouit Laurentia Enesi, travaillant comme médecin dans une équipe médicale de l’État de Katsina. « Par exemple, en visitant une structure de santé pour la première fois, il peut y avoir une centaine de cas et cinquante décès. Après avoir apporté votre soutien, lors d’une autre visite, le nombre de décès peut avoir chuté à cinq morts pour une centaine de cas. Et puis la fois d’après, seuls 80 cas sont enregistrés et aucun décès. C’est vraiment réconfortant. »
Bien que le nombre de cas de méningite diminuent dans de nombreux endroits du nord du Nigéria, le nombre de cas constatés chaque semaine se compte encore en milliers.
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