Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Nargis : vers une crise sanitaire de plus grande envergure

Point de vue : De Jean-Sébastien Matte et Joe Belliveau, responsables des opérations chez MSF


Myanmar | 01 mai 2009

Il y a un an, les projecteurs de l’actualité mondiale se sont braqués sur le Myanmar après le passage du cyclone Nargis qui a fait 140 000 morts ou disparus et a laissé un nombre plus grand encore de personnes dénuées de tout. Les critiques ont condamné, à juste titre, une réaction tardive et inadéquate à la tragédie. Pourtant, ils continuent de passer sous silence la terrible réalité de la crise sanitaire généralisée dans l’ensemble du pays. Chaque année, des dizaines de milliers de personnes au Myanmar meurent de maladies curables en raison d’un manque extrême de soins médicaux de base en raison de la passivité du gouvernement et de la réticence internationale à s’engager dans l’assistance humanitaire.

Slideshow photos courtesy : MSF, Marco van Hal, and Chris de Bode.

Slideshow: Nargis - A Window to a Wider Health Crisis

Médecins Sans Frontières (MSF) a réagi immédiatement à Nargis, en apportant des soins médicaux, de la nourriture et d’autres biens de première nécessité aux survivants dans les 48 heures. Cependant, comme ceux d’autres organisations humanitaires, nos efforts ont été entravés lors des premiers jours car les spécialistes étrangers de l’aide d’urgence se sont vus refuser l’accès à la zone touchée du Delta. La communauté internationale s’est indignée à juste titre, et certains ont prédit de nombreux décès supplémentaires en l’absence d’une assistance immédiate à grande échelle.

Le décompte des décès dus à la catastrophe dans le Delta n’a pas augmenté jusqu’au niveau prédit et un nombre sans précédent d’organisations sont finalement devenues opérationnelles dans le Delta pour répondre aux besoins immédiats et à long terme des personnes encore vulnérables. Dans un contraste saisissant, les crises sanitaires chroniques sont restées largement incontrôlées dans la majeure partie du reste du pays. Les maladies les plus répandues comme le sida, le paludisme et la tuberculose tuent des dizaines de milliers de personnes chaque année et pourtant Myanmar ne reçoit guère d’aide officielle — juste 3,50 $ CAD par personne et par an — ce qui se traduit par un faible nombre d’associations humanitaires sur place. Ce manque d’assistance est inexcusable. Même si cela n’est pas facile, il est possible de fournir une assistance impartiale pertinente à Myanmar tout en restant en mesure de rendre compte des ressources employées. Malheureusement, la plupart des gouvernements donateurs semblent préférer une politique générale de désengagement du pays même lorsqu’il est question d’une aide qui sauve des vies. Sauf si cette situation change, le bilan en vies humaines continuera de s’alourdir.

Les insuffisances de l’aide internationale ne dédouanent en rien le gouvernement de Myanmar de sa responsabilité de répondre aux besoins de sa propre population. D’après les constatations de MSF, la réponse du gouvernement face à Nargis a été lente et inadaptée. Pourtant, dans le reste du pays, sa réponse a été encore pire. Il dépense seulement 0,3 pour cent du PIB pour la santé, le plus faible pourcentage du monde, et dans le même temps, il est incapable de créer un environnement favorable aux organisations non-gouvernementales étrangères. Selon l’OMS, le résultat combiné est une crise sanitaire aiguë qui fait que Myanmar a la plus faible espérance de vie et le plus fort taux de mortalité pour les enfants de moins de cinq ans dans la région et qu’elle est ravagée par des maladies les plus répandues comme le paludisme, le sida et la tuberculose.

Le paludisme, une maladie qui est relativement facile à traiter, est l’une des premières causes de mortalité au Myanmar en raison du manque de diagnostics et de médicaments efficaces et abordables. De même, le VIH/sida tue des milliers de personnes chaque année en raison d’une grave pénurie de traitement antirétroviral (ARV). Environ 76 000 personnes ont un besoin urgent d’un tel traitement, mais seules 14 000 d’entre elles l’ont reçu, fourni pour l’essentiel par MSF. Nous avons fait pression pour une mise à disposition rapide du traitement, mais le programme gouvernemental demeure modeste et les organisations non gouvernementales ont fui leur engagement de fournir un traitement antirétroviral. En outre, Myanmar affiche l’un des taux de tuberculose les plus élevés du monde, avec environ 134 000 cas connus rapportés par le gouvernement en 2007. Le programme national de lutte contre la tuberculose est insuffisamment financé, tandis que le secteur privé non réglementé est coûteux et encore pire. Le résultat est un taux élevé d’échec du traitement, ce qui entraîne une résistance accrue aux médicaments.

D’ici le 1er juin, le gouvernement devrait soumettre une proposition au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Si la proposition est acceptée, le Fonds offrira de nouvelles possibilités pour lutter contre ces maladies. Néanmoins, les besoins sont si vastes dans l’ensemble du pays que même avec le soutien du Fonds, on estime que 80 pour cent des besoins resteront insatisfaits, ce qui équivaut à des dizaines de milliers de décès qui pourraient être évités. Il est donc crucial que d’autres donateurs, notamment le Three Diseases Fund et le Global Disease Fund reconnaissent l’énorme déficit d’assistance et étendent ou renforcent leur soutien.

Malgré leur retard, les agences internationales ont fini par affluer dans le Delta, entraînant une concentration d’aide beaucoup plus élevée dans cette zone que partout ailleurs dans le pays. Cet engagement évident est crucial pour les survivants de Nargis et beaucoup d’entre eux resteront vulnérables pendant les années à venir. Néanmoins, il existe des dizaines de milliers d’autres personnes dans tout le pays qui ne survivront pas au VIH/sida, au paludisme ou à la tuberculose s’ils n’ont pas accès au bon traitement. Le gouvernement du Myanmar est, en tant que premier responsable, tenu de s’assurer qu’ils soient soignés, mais il est loin d’être à la hauteur. Pourtant, un échec ne doit pas s’ajouter à un autre. Le peuple de Myanmar n’a pas les moyens d’attendre pendant que la communauté internationale retient une aide essentielle par respect d’une politique de non-engagement.


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