Aide humanitaire au Darfour : Risque et intimidation
Les sections française et hollandaise de Médecins Sans Frontières (MSF) expriment de nouveau leur sérieuse inquiétude concernant les patients qui ont été laissés au Darfour et sur les conditions inacceptables de leur expulsion.
L’émission d’un mandat d’arrêt contre M. Omar El Béchir, président du Soudan par la Cour pénale internationale a été immédiatement suivie par l’expulsion de 13 organisations non gouvernementales (ONG) assurant jusqu’alors près de 40 % de l’aide humanitaire dans la région. Les progrès importants réalisés par les organisations humanitaires au cours des cinq dernières années en vue de stabiliser l’état de santé de centaines de milliers d’habitants du Darfour pourraient être anéantis, et la région pourrait plonger dans un nouvel état d’urgence.
Le travail réalisé au Soudan est resté compliqué pendant de nombreuses années, pourtant, malgré les restrictions accrues imposées par le gouvernement, MSF restait en mesure de fournir une aide médicale essentielle et de répondre aux besoins de la population. Suite à cette expulsion, l’aide risque d’être davantage octroyée en fonction d’agendas politiques qu’à partir d’une évaluation indépendante des besoins. Certains endroits risquent de recevoir une aide insuffisante, voire aucune aide.
Après avoir fourni une aide importante à la population du Darfour, les sections expulsées de MSF ont été accusées à tort par les autorités soudanaises de collaboration avec la Cour pénale internationale, ce qui est absolument faux. Les autorités ont gelé les comptes bancaires de MSF, refusé l’accès aux bureaux et saisi le matériel de bureau, les ordinateurs et les véhicules, le tout pour une valeur estimée à plus de 1,6 million de dollars canadiens. Au cours des dernières semaines, le gouvernement soudanais a mené une propagande autour d’une rhétorique anti-ONG, créant un climat d’hostilité général, accentuant les risques encourus par les acteurs de secours au Darfour. Les enlèvements de personnels humanitaires commis au cours de ce dernier mois en témoignent.
En raison de leur expulsion immédiate, les organisations humanitaires n’ont pas pu clore correctement les programmes. Les activités luttant contre une épidémie de méningite ont dû soudainement prendre fin, et il a été interdit de se rendre dans les lieux où se déroulaient les projets. Pendant ce temps, le personnel a dû passer six semaines à gérer les répercussions de cette expulsion. Trois membres seniors du personnel demeurés sur place (comprenant un Canadien) se sont vus confisquer leur passeport quelques heures avant leur départ, se retrouvant littéralement en position d’otages.
« Nous nous sommes vus traités comme des criminels. Nous étions constamment déchirés entre notre inquiétude pour les patients et le personnel, que nous avons été forcés de laisser sur place, et notre colère suite à l’ordre d’expulsion. Nous avons été choqués par un tel dénigrement des besoins médicaux des personnes vulnérables et pour avoir été traités ainsi après avoir fourni une aide au nord du Soudan pendant 30 ans. »
— Reshma Adatia, responsable des projets MSF au Soudan basée à Vancouver
Six semaines après l’expulsion, tous les membres du personnel des sections française et hollandaise ont enfin eu la permission de quitter le Soudan. Ce n’est que maintenant qu’il est possible d’expliquer à quel point le processus d’expulsion fut difficile. Nous sommes extrêmement soucieux du sort de la population qui a été laissée sans la moindre assistance ainsi que pour la sécurité de notre personnel soudanais. Nous sommes scandalisés par la situation actuelle. Nous restons cependant prêts à nous mobiliser pour fournir une assistance d’urgence si les conditions d’intervention de manière neutre, indépendante et impartiale sont à nouveau réunies.
MSF travaille au Soudan depuis 1979 et fournit une assistance vitale dans différentes régions du Nord Soudan. Depuis 2003, MSF intervient au Darfour et a pratiqué plus de trois millions de consultations, 60 000 hospitalisations, 225 000 consultations de soins prénataux, 10 000 accouchements ou encore 12 000 interventions chirurgicales et a fourni des soins de santé mentale à 20 000 patients. Aujourd’hui, six projets MSF sont toujours ouverts dans le nord du Soudan, bien que leur avenir fasse encore l’objet de discussion et dépende d’une nette amélioration des conditions de travail dans les prochaines semaines.
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