Zimbabwe : fermeture forcée du bureau d'accueil des réfugiés
La fermeture forcée du « bureau d'accueil des réfugiés » aggrave encore les menaces pesant sur la santé des Zimbabwéens d'Afrique du Sud
Médecins Sans Frontières (MSF) a dénoncé la décision des autorités sud-africaines de fermer un vaste site à ciel ouvert dans la ville de Musina, près de la frontière zimbabwéenne, où 3 000 à 4 000 Zimbabwéens attendent de faire leur demande d'asile et viennent se réfugier pour la nuit. La fermeture de ce site manifeste un flagrant mépris des besoins humanitaires et de protection des Zimbabwéens réfugiés en Afrique du Sud et aura des conséquences extrêmement négatives, aucune mesure n'étant prévue pour les abris, la nourriture et l'assistance médicale de ces personnes.
Chaque jour, des Zimbabwéens traversent la rivière Limpopo pour entrer en Afrique du Sud, fuyant au prix de leur vie, l'instabilité politique, la crise économique, l'insécurité alimentaire et l'effondrement du système de santé de leur pays. Depuis juillet 2008, des dizaines de milliers de Zimbabwéens ont demandé l'asile au département des Affaires intérieures sud-africain « Bureau d'accueil des réfugiés » sur ce site, mais seule une partie d'entre eux s'est vue accorder ce droit. Par ailleurs, des blocages réguliers ont contribué à la formation d'une large concentration de personnes vivant dans des conditions inhumaines. Tous les mois, MSF donne quelque 2 000 consultations médicales à ces Zimbabwéens au sein de cliniques mobiles qui interviennent sur ce site.
Seul endroit sûr
Malgré l'afflux continuel de Zimbabwéens sur ce site, le lundi 2 mars, le département des Affaires intérieures a annoncé qu'il entendait fermer son bureau le vendredi 6 mars. Le département a ensuite ordonné à toutes les personnes de quitter les sites. Bien que cet emplacement ne remplisse pas les standards minimaux nécessaires à une aide humanitaire digne de ce nom, il constitue le seul endroit à Musina où les Zimbabwéens sans-papiers, en attente de régularisation, sont à l'abri d'une arrestation ou d'une déportation.
Cette fermeture soudaine et forcée du site intervient deux semaines après la publication, par MSF, d'un rapport sur la crise humanitaire et médicale en cours au Zimbabwe et fait suite à sa demande auprès des autorités sud-africaines d'arrêter les déportations et d'apporter une aide humanitaire adéquate aux Zimbabwéens qui fuient de l'autre côté de la frontière.
« Cette décision des autorités sud-africaines mettra les Zimbabwéens cherchant refuge en Afrique du Sud dans une situation incroyablement risquée — spécialement pour les personnes gravement malades (VIH et tuberculose) qui ne peuvent pas correctement être prises en charge par un système de santé zimbabwéen en délitement », explique Rachel Cohen, chef de mission de MSF en Afrique du Sud.
« Les patients qui se présentent dans notre clinique mobile nous ont informés que beaucoup de personnes avaient fui Musina hier matin, de peur d'être arrêtées ou déportées si elles restaient », continue Rachel Cohen. « Nos équipes médicales savent d'expérience que la menace d'une déportation sert uniquement à forcer les Zimbabwéens à se cacher, trop apeurés pour venir recevoir l'aide dont ils ont désespérément besoin. »
Familles séparées et abris brûlés
Mardi matin, le 3 mars, les autorités sud-africaines ont commencé à diviser les Zimbabwéens qui cherchaient refuge sur le site en différents groupes, en fonction de leur statut juridique, leur sexe et leur âge. Les femmes et les enfants, les femmes enceintes et les mineurs non accompagnés ont été délogés d'un emplacement mis spécialement en place pour eux sur le site.
« Les personnes dépourvues de papiers de demandeurs d'asile ont été séparées en groupes, leurs noms ont été relevés et, lors de ce processus, les familles ont été séparées. Aujourd'hui, le département des Affaires intérieures a ordonné que tous les abris temporaires soient démontés et brûlés avant qu'il ne commence à traiter les demandes de quelque 1 700 personnes. Ce soir, aucune de ces personnes ne sait où dormir », explique Sara Hjalmarsson, coordonnatrice terrain à Musina. « En outre, aucune information n'est disponible sur le processus que doivent suivre les nouveaux arrivants pour faire une demande d'asile. Ces personnes déjà vulnérables sont encore plus traumatisées par la fragilité de la situation à laquelle ils font face. »
Ceux qui avaient déjà reçu des papiers de demandeurs d'asile, mais qui restaient sur le site parce qu'ils n'avaient nulle part où aller, ont été « invités à partir ». Il est probable que beaucoup d'entre eux iront se réfugier dans l'église centrale méthodiste, à Johannesburg, où 5 000 Zimbabwéens à la recherche d'un abri et de protection logent en ce moment et où MSF apporte des soins médicaux à plus de 2 000 Zimbabwéens chaque mois.
« Nous sommes choqués de cette décision soudaine, particulièrement parce que nous avons pris part à de nombreuses discussions avec les autorités sud-africaines, les organismes des Nations Unies et les organisations à Musina afin de trouver une solution acceptable pour le grand nombre de Zimbabwéens présents à Musina », explique Rachel Cohen. « Une fois encore, MSF demande au gouvernement sud-africain de mettre un terme aux déportations et d'apporter une aide humanitaire immédiate et adéquate — incluant une certaine forme de statut juridique — aux Zimbabwéens. »
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