Haïti : Plein à craquer
Une nouvelle adresse pour l’hôpital obstétrique de MSF
Situé à l’une des intersections de rues les plus animées de Port-au-Prince, en Haïti, l’hôpital Jude Anne de 75 lits fonctionne bien au-delà de sa capacité depuis son ouverture par Médecins Sans Frontières (MSF) en mars 2006. Pendant les mois de 2008 où le nombre de patientes a atteint son apogée, il n’était pas inhabituel de tomber sur une femme en train d’accoucher sur le plancher, dans la cage d’escalier ou la minuscule salle de bains.
Conçu avec une salle d’accouchement pouvant accueillir cinq femmes à l’étape du travail, l’hôpital Jude Anne a été dans peu de temps plein à craquer, réalisant plus de 1 600 accouchements par mois, soit plus de 50 par jour, pendant les périodes les plus occupées, contre 35 par jour en temps régulier. L’hôpital est logé dans un petit bâtiment de trois étages qui comporte un minuscule escalier peu pratique pour les civières et les patientes faibles qui doivent se déplacer d’un étage à un autre. Selon Hans Van Dillen, chef de mission de MSF : « L’hôpital Jude Anne est devenu une structure totalement inadéquate pour le nombre de femmes enceintes ayant besoin de nos soins. En raison de l’exiguïté de l’immeuble, les soins sont inférieurs aux normes, les patientes n’ont aucune intimité, et les conditions de travail du personnel sont inacceptables. »
Afin de pouvoir fournir des soins de santé adéquats aux femmes de Port-au-Prince, l’équipe de MSF a entrepris la lourde tâche de déménager l’hôpital Jude Anne dans un nouvel immeuble plus spacieux. La planification a commencé à la fin de 2008 et le déménagement lui-même se fait au cours de ce mois de février. Le nouvel hôpital sera situé dans une zone appelée Cité Solidarité qui, jusqu’en 2007, était l’une des plus dangereuses de la ville. L’hôpital est à cinq minutes environ en voiture de l’emplacement actuel.
Hans Van Dillen reconnaît que la situation de la sécurité s’est grandement améliorée partout à Port-au-Prince au cours de l’année dernière, mais elle demeure tout de même instable. Les avantages du nouvel emplacement sont l’espace additionnel pour les patientes ainsi que sa proximité aux communautés des bidonvilles, soit les populations cibles auxquelles MSF fournit des soins obstétriques gratuits. Dre Wendy Lai, qui travaille avec MSF, est enthousiaste à l’idée du déménagement et déclare que l’espace en plus sera bienvenu. Les infirmières pourront passer entre les lits pour prodiguer les soins aux patientes, précise-t-elle, car les lits sont actuellement collés les uns contre les autres. Les membres du personnel ne trébucheront plus les uns sur les autres ou sur les patientes, et les poupons ne seront plus entassés les uns contre les autres ou couchés sur la balance par manque d’espace pour les berceaux.
Malgré la plus grande superficie du nouvel emplacement, on n’augmentera pas la capacité actuelle fixée à 75 lits. Hans Van Dillen fait remarquer que si MSF accroissait la capacité de Jude Anne, « l’organisation pourrait facilement prendre à sa charge tous les accouchements à Port-au-Prince et ce n’est pas son objectif ». Haïti se distingue malheureusement comme le pays ayant le taux de mortalité maternelle le plus élevé de l’hémisphère occidental. MSF ne cherche pas à remplacer le système de soins actuel à Port-au-Prince, mais plutôt à prodiguer des soins vitaux aux femmes des bidonvilles ayant des grossesses à risque élevé qui n’ont pas accès à des soins de santé gratuits.
Selon Hans Van Dillen, « Toutes les femmes qui n’entrent pas dans ce groupe cible peuvent toujours être référées à d’autres établissements. Nos ressources nous permettent de faire entre 800 et 1 000 accouchements par mois et nous souhaitons conserver ce ratio afin de nous assurer de fournir des soins de haute qualité à notre population cible ».
Dre Lai ajoute : « Nous nous concentrons sur les grossesses à complications, surtout les cas de pré-éclampsie, d’éclampsie, d’hémorragie au troisième trimestre et d’avortement incomplet. Nous avons choisi les diagnostics les plus graves afin de pouvoir prévenir les décès maternels. L’objectif du déménagement est donc de prendre mieux soin des cas les plus graves, parce que ces femmes sont les plus susceptibles de mourir. Depuis l’ouverture de Jude Anne, le nombre de ces cas a été relativement stable. Je ne veux pas qu’ils soient perdus dans une foule d’accouchements normaux. »
Habituellement, Jude Anne fonctionne bien au-delà de sa pleine capacité. Dès qu’un lit ou la table d’accouchement se libère, on les lave et, immédiatement, une autre patiente prend la place. Wendy Lai admet que ce qui l’inquiète le plus, c’est de devoir déménager un hôpital rempli de patientes tout en essayant de continuer de fournir des soins médicaux. « Il est difficile pour la logistique de sortir un lit de l’hôpital s’il est occupé par une patiente. Comme nous ne faisons que de l’obstétrique d’urgence, il est difficile de prédire qui arrivera à nos portes dans un grave état. Nous ne pouvons pas ignorer les femmes présentant de graves complications qui autrement vont mourir, de sorte que nous ne pouvons pas fermer l’hôpital pour le déménager. Nous pouvons seulement essayer de diminuer nos activités et de gérer les services de manière à réduire les risques pour les patientes. »
« L’équipe déménagera le matériel d’une salle d’opération dans le nouvel hôpital, par exemple, tandis que l’autre [salle d’opération] demeurera fonctionnelle. Pendant un certain temps, deux hôpitaux seront ouverts afin que MSF puisse poursuivre le triage des patientes et le traitement des cas d’extrême urgence. Selon Dre Lai, cela signifie jongler avec le personnel et le matériel. Cela signifie aussi que le personnel de la logistique se retrouve devant des défis incroyables à relever. Ainsi, il est difficile de déménager la moitié d’un circuit d’alimentation en eau et la moitié d’une génératrice; cependant, l’équipe médicale a besoin d’eau et d’électricité aux deux emplacements. »
Malgré les complications associées au fait de déménager d’un lieu à un autre tout un hôpital et ses patientes, MSF espère que le nouvel hôpital fournira de meilleures conditions de travail au personnel et plus d’intimité aux patientes. Il devrait également offrir plus d’espace pour la participation des familles, un facteur pouvant avoir un effet positif sur la santé mentale et physique des patientes. Dans les locaux actuels, un seul membre de la famille peut accompagner chaque patiente. La nouvelle structure signifiera également la centralisation de tous les services et de toutes les activités de l’hôpital, comme le service des consultations externes, les bureaux et l’entrepôt.
MSF travaille en Haïti depuis 1991.
Dans la capitale Port-au-Prince, MSF offre des soins obstétriques d’urgence à l’hôpital Jude Anne; organise des cliniques mobiles dans les quartiers populaires de Martissant, Pelé Simon, La Saline et Solino; et offre des soins d’urgence et de stabilisation à l’hôpital de Martissant. MSF soigne également les traumatismes et dispose d’un service de physiothérapie aux hôpitaux de La Trinité et Pacot. L’organisation apporte aussi un soutien psychologique aux victimes de violence sexuelle. Au nord de la capitale, aux Gonaïves, à la suite de la destruction causée par les tempêtes tropicales et les ouragans, MSF a construit des latrines, a distribué de l’eau potable, organisé des cliniques mobiles et gère désormais un hôpital de 80 lits avec un service d’urgence, de maternité et de pédiatrie.
- Liens:
- Read more about the hospital move in Dr. Wendy Lai's blog, "A Labour of Love", from Port-au-Prince.
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