Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
 |  TEXTE  
- 0 +
 |  RSS  
RSS
 |  COURRIEL  
 |  IMPRIMER  
Print
 |  RECHERCHE  
Recherche
 |  CARTE  
Carte
 | 
English

 


 

Un premier pas apprécié — mais le VIH aussi est une maladie négligée


| 17 février 2009

Déclaration de Mme Michelle Childs, Directrice de la politique de témoignage de la Campagne pour l’accès aux médicaments essentiels, Médecins Sans Frontières en réponse à l’allocution de M. Andrew Witty, PDG, GlaxoSmithKline (GSK) à la faculté de médecine de Harvard.

Médecins Sans Frontières se réjouit de voir M. Witty reconnaître que les brevets constituent un obstacle à la recherche et au développement et que les communautés de brevets offrent de nouveaux moyens de stimuler la recherche sur les maladies négligées. Il est temps à présent de passer des promesses aux actes. Il faut préciser les conditions des licences rattachées à la communauté de brevets, car elles seront cruciales. Il faut également trouver des sources de fonds pour mettre au point les produits éventuels qui résulteront de cette recherche.

MSF appelle toutes les autres sociétés pharmaceutiques à lever les obstacles liés aux brevets, à divulguer leurs composés moléculaires et leurs procédés afin de faciliter la mise au point de traitements pour les maladies négligées et à mettre leurs banques de composés à la disposition des chercheurs.

GSK doit cependant élargir cette démarche au VIH, car c’est aussi une maladie négligée

M. Witty affirme que les communautés de brevets ont pour vocation de s’occuper des maladies pour lesquelles on manque désespérément de traitements et qu’il y ait assez d’innovation ciblant le VIH.

Il a tort. En ce qui a trait au traitement du VIH/sida, l’écart est énorme entre les besoins et la réalité. Une communauté de brevets peut contribuer à le combler et encourager l’innovation dans des domaines où elle est absente aujourd’hui.

  • Il nous faut de nouvelles combinaisons à dose unique : nous avons absolument besoin de nouvelles combinaisons à dose unique associant plusieurs composés dans un seul comprimé, surtout en ce qui concerne les nouveaux médicaments. Mais à l’heure actuelle, les brevets sur les composants individuels peuvent entraver la mise au point de combinaisons à dose unique.
  • Il nous faut de nouvelles formulations pédiatriques et des études pédiatriques accélérées. Comme 90 % des enfants séropositifs se trouvent en Afrique subsaharienne, les études et les formulations pédiatriques ne sont pas prioritaires pour les laboratoires pharmaceutiques : sur les 22 antirétroviraux approuvés par la Food and Drug Administration des États-Unis, huit ne le sont pas pour une utilisation chez les enfants et neuf ne sont pas offerts en formulation pédiatrique. De plus, les médicaments pédiatriques existants ne sont pas adaptés aux contextes où les ressources sont limitées (p. ex., ils nécessitent une réfrigération, ou un accès à de l’eau potable ou encore ils sont difficiles à administrer aux doses recommandées). Les fabricants de médicaments génériques se disent prêts à mettre au point des médicaments contre le sida sous forme de comprimés, mieux adaptés aux enfants. Mais, encore une fois, les obstacles liés aux brevets les empêchent actuellement de le faire, surtout en ce qui concerne les nouveaux médicaments.

Sans accès, l’innovation est vide de sens

La recherche seule ne suffira pas à assurer aux populations des pays pauvres l’accès à de nouveaux traitements. Pour que ces gens puissent bénéficier des fruits de l’innovation, les produits qui en résultent doivent être abordables. Pourtant, comme d’autres organismes offrant un traitement contre le VIH/sida dans les pays en développement, MSF continue de se heurter au problème du coût élevé des antirétroviraux.

M. Witty préconise d’offrir des réductions d’au moins 75 % sur le prix des médicaments. Bien que toute baisse des prix soit la bienvenue, c’est loin d’être une panacée. L’expérience a montré que la concurrence entre plusieurs fabricants de produits génériques était un moyen infaillible de faire baisser les prix — de 95 % à 98 % depuis 2000 pour la première génération d’antirétroviraux.

Les limites des réductions consenties par les entreprises sont particulièrement évidentes lorsqu’elles sont réservées uniquement aux pays les moins développés sans être offertes aux pays aux revenus intermédiaires — comme la Chine, où faute de concurrence GSK demande plus de 3 000 $ pour l’antirétroviral lamivudine. Citons aussi la Thaïlande, où Abbott a refusé d’abaisser le prix du lopinavir/ritonavir thermostable et où il a fallu que le pays délivre une licence obligatoire pour que le prix tombe de près de 3 000 $ à environ 500 $ aujourd’hui.

MSF s’inquiète donc de constater que M. Witty semble vouloir écarter les pays à revenu intermédiaire, en ne leur offrant guère qu’une vague promesse de souplesse en matière de prix.

Une nouvelle crise des prix des médicaments antisida se prépare

À mesure que de plus en plus de nouveaux médicaments sont brevetés dans les principaux pays producteurs de génériques, la concurrence ne jouera plus son rôle de catalyseur pour faire baisser les prix comme dans le passé récent.

Le VIH/sida est une maladie qui nécessite un traitement à vie, et les personnes qui souffrent d’effets secondaires ou qui acquièrent une pharmacorésistance doivent avoir accès à des médicaments plus puissants et moins toxiques.

Le régime amélioré que recommande l’OMS pour le traitement de première intention contre le sida coûte, au mieux, entre 613 $ et 1 033 $ si l’on utilise des produits d’origine, soit sept à douze fois plus que les anciens traitements de première intention — qui, grâce aux effets de la concurrence des génériques, sont maintenant offerts à 87 $ par an et par patient. Les traitements de deuxième intention reviennent quant à eux jusqu’à 17 fois plus cher, au mieux, dans les pays qui n’ont pas accès à des versions génériques en raison de la protection des brevets.[1]

Il faut donc mettre en place de nouveaux moyens de rendre les médicaments abordables. La meilleure manière de le faire est d’accroître la concurrence. Pour y parvenir, certains pays recourent à des licences obligatoires, en suivant l’exemple de la Thaïlande. Une autre solution, qui ne nécessite ni confrontation ni action en justice, consiste à mettre en commun des brevets, comme l’a récemment proposé la facilité pour l’achat de médicaments appelée UNITAID en vue de créer une communauté volontaire de brevets pour mettre des médicaments antisida à la disposition de pays à revenu faible ou intermédiaire.

MSF invite GSK à collaborer avec UNITAID et à rendre la propriété intellectuelle pertinente disponible au moyen d’une communauté volontaire de brevets pour les médicaments antisida.


[1] Untangling the web — un guide sur le prix des antirétroviraux, 11e édition, Médecins Sans Frontières, Genève 2008. Voir www.msfaccess.org

 


Faites un don

Dernières Nouvelles

Afghanistan: 24 mai 2012
Soins pour traumatismes et chirurgies à Kunduz
3 700 patients traités la première année
Yémen: 23 mai 2012
MSF traite des victimes du conflit dans le sud
Les civils toujours pris dans les bombardements
Syrie: 15 mai 2012
Être pris avec un patient signifie la mort pour le blessé et son soignant
Mission de MSF en Syrie en mars 2012
Syrie: 15 mai 2012
La sécurité des blessés et des soignants doit être une priorité
MSF attend toujours l’autorisation d’apporter des secours
Nigeria: 11 mai 2012
Saturnisme : Le moment est venu d’agir
Les gouvernements doivent tenir leurs promesses financières

 

 

 
Faire Un DonSahel MalnutritionTravaillez avec nousActualités & MédiaPays d'IntérêtAu sujet de MSFContacts JOBS BLOGS PODCASTS VIDEOS RSS SITE MAP SEARCH