Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Ebola au Congo, le blogue de Luis Encinas

Luis Encinas, infirmier urgentiste,est coordinateur des opérations de MSF dans la région des Grands Lacs. La semaine précédant Noël, il est parti sur le terrain avec une équipe experte pour l’investigation des cas suspects Ebola et le démarrage du projet. Voici le journal de bord qu’il a rédigé à cette occasion.


République Démocratique Du Congo | 08 janvier 2009

On s’habitue

Le 30 décembre 2008, 5h30
base MSF à Kampungu
— brume matinale, 19 degrés

Je me lève tôt. Trempé. Les draps mouillés à un tel point que ma main se dirige seule vers mon front pour vérifier si je n’ai pas de fièvre. Un geste incontrôlable, « pavlovien », comme si chaque sueur me rappelait quotidiennement ma vulnérabilité. Un geste idiot, automatique. Je me rends compte que la couverture en plastique de ma tente est perlée de gouttes de condensation. Tout sent le moisi. Une fois les premiers rayons de soleil, nous avons pour habitude de tout sortir et de tout faire sécher. J’ai l’impression d’avoir cauchemardé la veille, et c’est peut-être ce qui explique mes sueurs nocturnes. Mais en fait, ce n’était qu’un flash-back de ma journée.

J’ai repensé à hier, à cette adolescente de 13 ans qui, pour aider sa famille, chante et accompagne les malades. Hier, elle est entrée à l’isolement. Le soir-même, on nous appelait pour nous dire qu’elle n’allait pas bien. Avec Anja, l’infirmière, nous nous sommes rendus au centre d’isolement à 19h30. La combinaison de protection semble plus supportable en soirée, grâce à une bise légère qui nous rafraîchit! Nous voulions déplacer le nouveau patient vers la zone des « confirmés/probables » - zone hautement à risque - et le faire au plus vite, ne fût-ce que pour protéger l’autre patient suspect. On est rentré dans cette minuscule pièce où - on a beau faire attention - notre corps touchait malencontreusement, par moments, le mur.

Nouvelle décharge de stress, d’endomorphines. Je découvrais Henriette. Elle était là, couchée mais éveillée. Ca sentait le vieux sang et l’odeur nauséabonde des selles diarrhéiques ne semblait plus nous surprendre. On s’habitue, finalement. On l’a invitée, avec sa grand-mère qui l’accompagnait, à déménager vers l’autre cabane. Elle marchait difficilement et avait besoin d’aide. On a disposé ci et là des alèses en papier absorbant, une couverture sur elle et on en a profité pour donner du matériel de protection à sa grand-mère. Celle-ci nous a remerciés, s’est approchée de nous, a tendu la main. Et nous, comme un geste de protection


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