Gaza : blessures physiques et psychologiques
Alors que beaucoup de personnes blessées ont toujours besoin de soins médicaux, notamment chirurgicaux ou postopératoires, la population de la bande de Gaza a également besoin d'une assistance psychologique et sociale.
Vingt blessés ont été pris en charge dans les structures chirurgicales de Médecins Sans Frontières (MSF) de la ville de Gaza depuis le 26 janvier. La moitié de ces patients sont âgés de moins de 15 ans; dont 7 enfants blessés de moins de 5 ans. L'équipe chirurgicale a surtout procédé à des débridements de blessures (il s'agit d'enlever les tissus infectés ou morts), à des greffes de peau, des chirurgies orthopédiques et leurs soins de suivi ou à la pose de pansements, notamment pour les brûlures sévères. L'équipe chirurgicale MSF est composée de 25 personnes, dont 3 chirurgiens, 2 anesthésistes, un infirmier de bloc opératoire et 6 infirmiers. 96 Palestiniens et 14 expatriés constituent la totalité des équipes MSF actuellement présentes sur Gaza.
Identifier les personnes blessées ayant besoin de chirurgie spécialisée et secondaire
Les évaluations menées par MSF dans la bande de Gaza révèlent d'importants besoins en chirurgie spécialisée et secondaire pour les personnes blessées au cours des trois premières semaines de janvier. Par le porte-à-porte dans les localisations les plus touchées par le conflit, ou via le personnel médical travaillant dans nos dispensaires, des patients sont identifiés. Les hôpitaux palestiniens nous réfèrent également des blessés. Enfin, des informations sur les soins chirurgicaux proposés par MSF sont diffusées à la radio. Nous nous attendons donc à recevoir davantage de patients dans les jours et semaines à venir.
Un nombre croissant de patients en soins postopératoires
Le 29 janvier, 100 séances de pansements ou de kinésithérapie ont été menées dans la clinique MSF de la ville de Gaza. Le nombre de personnes blessées nécessitant ce type de soins médicaux a toujours été conséquent dans la bande de Gaza et a encore augmenté suite à l'offensive militaire israélienne de décembre et janvier derniers. Habituellement, ce sont en moyenne 240 nouveaux patients qui sont inclus, chaque mois, dans le programme MSF de soins postopératoires (dans l'une des deux cliniques - une dans la ville de Gaza et une à Khan Younis, dans le sud - ou via l'une des trois équipes mobiles dédiées aux soins postopératoires). Un nouveau système de triage a été mis en place pour l'admission des patients : les blessés légers sont référés vers des centres de santé primaire et les blessés de la récente guerre sont pris en charge. Une troisième clinique dédiée aux soins postopératoires devrait ouvrir dans le nord de la bande de Gaza, pour les patients vivant à l'est de Jabalia, Beit Hanoun et Beit Lahiya.
Réactions psychologiques consécutives à l'extrême insécurité
Puisqu'il n'y avait pas, pendant la guerre, de refuge sûr ni d'échappatoire possible, toute la population de Gaza a été fortement exposée au danger. « Il est encore trop tôt pour évaluer l'impact des derniers bombardements et combats. Après avoir enduré une telle situation d'insécurité, les réactions psychologiques sont, pour le moment, normales », explique Angels Mairal, coordonnateur pour les programmes psychosociaux mis en place par MSF en 2000. « Cauchemars, insomnies, perte de poids, irritabilité, manque de concentration, hyper vigilance ou encore des signes pathologiques comme des maux de tête et des douleurs d'estomac apparaissent après une période d'exposition à un niveau élevé de stress. Si ces signes persistent au-delà d'un mois, ils peuvent alors être considérés comme des symptômes de troubles post-traumatiques ou d'autres troubles psychologiques. Dans tous les cas, un soutien psychologique est indispensable, afin d'éviter que ces réactions ne deviennent des symptômes ».
Un psychiatre a rejoint les deux psychologues cliniciens basés dans la bande de Gaza. Tout en continuant à mener des thérapies courtes, sur 2 ou 3 mois, cette équipe psy se concentrera sur les besoins psychologiques des équipes médicales d'urgence particulièrement exposées ces dernières semaines.
En Cisjordanie, les psychologues MSF ont constaté un recul dans l'évolution de leurs patients. Ces dernières semaines, il n'y a pas eu de demande de soins psychologiques de la part des 36 patients suivis dans ce programme. « Tout ce à quoi ils pensaient c'était survivre » explique Angels, « la population avait surtout besoin d'une aide et de conseils pratiques comme : quel est l'endroit le plus sûr dans la maison pour protéger les enfants. La prochaine priorité est de répondre aux besoins de base comme trouver un nouveau logement quand sa maison a été détruite ».
Les travailleurs sociaux MSF aident les patients du programme psy, notamment en les référant à différentes organisations responsables des besoins sociaux. Un psychologue MSF confirme que, comme toujours, les enfants sont les plus vulnérables : « l'effet de la violence et du stress est double sur les enfants. Ils sont directement concernés, comme tout le monde, mais ils souffrent en plus de l'incapacité de leurs parents à leur fournir le soutien dont ils ont besoin. Ils doivent faire face à des difficultés accrues et, dans le même temps, leurs parents sont moins à même que par le passé à assumer leur rôle ». Même en dehors des périodes d'intense violence, la situation économique et politique fait qu'il est difficile pour les parents d'offrir à leurs enfants un sentiment de sécurité.
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