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RDC: Une équipe de MSF à Dungu après l’attaque de la ville

République démocratique du Congo
Publié le 07 novembre 2008

 

Trois jours après l’attaque de la ville de Dungo par des rebelles de la Lord Resistance Army (LRA), une équipe de Médecins Sans Frontières (MSF) composée d’un médecin, d’un logisticien et du responsable des urgences en Ituri et dans le Haut Uélé est venue évaluer les conséquences de ces attaques sur les populations locales et la nature et la sévérité de leurs besoins. Il s’agissait aussi de vérifier sur place si les conditions de sécurité permettaient à MSF de retourner rapidement sur place en République démocratique du Congo (RDC).

Toutes les organisations présentes à Dungu, dont MSF, avaient décidé d’évacuer la ville le 1er novembre, lors de l’attaque par les rebelles de la LRA. La confusion était alors telle qu’elle rendait illusoire toute garantie de sécurité tant pour les populations que pour les travailleurs humanitaires.

La ville désertée

Premier constat de l'équipe dès l’arrivée du monomoteur sur la petite piste d’aviation herbeuse dans le sud de la ville : la localité est quasiment vide.

« Quelques habitants reviennent dans la journée chez eux pour prendre des affaires. Mais le soir, tout le monde se cache encore dans la forêt au sud de la ville par peur des rebelles, » nous explique le responsable local d’ASF.  La réputation de brutalité des ex-rebelles ougandais les précède partout.

Un jeune homme raconte avec des tremblements dans la voix une nuit terrible. « On s’était regroupé à plus de vingt personnes dans notre maison croyant que les portes seraient assez solides, explique-t-il. Puis on a entendu des tirs tout proches et des hommes armés sont arrivés, commençant à défoncer la porte pour entrer. Alors, j’ai préféré ouvrir. Ils étaient trois, l’un d’entre eux bardé de bandes de cartouches de mitrailleuses, un autre portant un tube de lance rocket. Ils ne disaient pas un mot. Par chance, les FARDC [Forces armées de la République démocratique du Congo] sont arrivés et ils se sont enfuis. » Aux premières lueurs du jour, tout le groupe a décidé de traverser le pont sur la rivière Kibali et de partir vers le sud, rejoignant ainsi des milliers d’autres citadins paniqués. La ville de Dungu et ses environs immédiats comptent, en période normale, pas moins de 50 000 habitants.

La visite à l’hôpital général régional de Dungu est révélatrice de l’attitude générale des habitants de la ville. Il est encore aujourd’hui presque totalement déserté. Sur l’ensemble du personnel, seuls deux infirmières, une pharmacienne et un médecin sont restés sur place. L’unique infirmière présente lors de notre passage se refuse maintenant d'avoir peur. « C’est trop tard pour cela; dit-elle avec humeur. Maintenant c’est fini. Ils sont partis, enfin on l’espère tous ici. »

Elle reste actuellement seule pour veiller sur sept patients qui sont immobilisés dont un jeune homme qui a été opéré de l’appendicite la semaine dernière et une femme qui vient d’accoucher la nuit précédente par césarienne. C’est le médecin chef de zone qui a effectué cette césarienne, en dépit des circonstances. Les questions concernant les victimes des affrontements restent sans réponses précises.  Des pertes chez les militaires et les rebelles sont évoquées sans que des chiffres précis puissent être donnés. Quant aux blessés, il n’y en a pas dans la partie civile de l’hôpital, mais il y en aurait quelques-uns dans la partie réservée aux militaires.

Afin de pouvoir évaluer les conditions d’installation des habitants en fuite, l’équipe décide alors d’aller à leur recherche, vers le sud de la ville. La camionnette laissée sur place lors de l’évacuation est vite chargée avec une malle d’urgence. Direction Ndedu sur la piste qui croise celle qui conduit à Rungu puis à Isiro, la plus grande ville à 210 kilomètres, mais qu’il faut deux journées complètes pour atteindre en véhicule tout terrain. À moins d’une dizaine de kilomètres, à Makolongulu, on atteint les premiers rassemblements de personnes près d’une église et de l’école de Nadogolo. Là, ce sont quelques centaines de personnes qui attendent à l’abri de grandes paillotes. Selon Jean Bosco, notre accompagnateur, ancien employé MSF, il y aurait huit à dix regroupements de déplacés similaires dans cette zone.

La peur de se faire enlever

On lit la surprise dans les regards. C’est la première visite depuis les évènements et la plupart des personnes rencontrées vivent encore le choc des derniers jours. La tension est perceptible. « On ne nous a pas protégés, nous lance une femme qui s’affaire autour d’un feu. Ceux de la MONUC ne nous ont pas soutenus. On se demande ce qu’ils font dans leur camp. Heureusement que les « autodéfenses », (des groupes formés localement et équipés très sommairement) ont été courageuses... » Les militaires congolais, eux, semblent épargnés par la vindicte populaire. Ils se sont battus et surtout ils ne sont pas accusés de pillage et de demander des rançons.

L’enlèvement des enfants et des jeunes, c’est ce que craignent le plus les victimes de la LRA. Une jeune femme portant son enfant sur le bras raconte à un groupe de villageois la chance qu’elle a eue d’échapper à ses kidnappeurs au bout de deux jours. « Nous étions une dizaine de jeunes pris dans divers quartiers et, au moment du rassemblement, on s’est brusquement retrouvés seuls. J’ai saisi ma chance avec plusieurs autres et je suis venue directement jusqu’ici où j’ai retrouvé mon fils avec ma famille. »

Comme son enfant est fiévreux, la jeune femme le montre à Narcisse Wega Kwekam, le médecin de l’équipe. Celui-ci a promptement commencé, dès notre arrivée, une petite consultation médicale. Plusieurs tests rapides de détection du paludisme ont déjà été faits dont plus de la moitié se sont avérés positifs. « C’est encore la saison des pluies, les nuits sont fraîches, explique Narcisse. Les gens n’ont rien pour se protéger. Ils risquent non seulement le paludisme, mais aussi les affections respiratoires. Les gens ne pourront pas rester longtemps sans assistance extérieure. »

Mieux comprendre la nature des besoins

Il est près de 15 heures et nous savons que le pilote de l’avion va s’impatienter. Il est déjà temps de rentrer vers Bunia, à une heure et demie de vol.

Pendant quelques minutes, nos regards fouillent la piste qui descend vers le sud, cherchant à localiser des groupes de déplacés. Peine perdue. Les gens doivent plutôt se mettre à l’écart de la piste pour rester à l’abri, au cas où.

« Désormais, on comprend mieux la nature des besoins de cette population déplacée qui reste toutefois difficile à quantifier, explique Fred Meylan, le responsable des urgences. Il est clair que ces besoins risquent fort d’augmenter si la situation perdure. Nous disposons maintenant de suffisamment d’informations pour pouvoir décider rapidement quant au futur de notre intervention. Bien sûr, la sécurité reste une donnée cruciale avec laquelle il va falloir beaucoup compter pour le retour. »

Narcisse, le médecin de l’équipe, rentre très inquiet : « Il ne m’a pas été possible de faire plus de consultations, regrette-t-il. Le plus vite nous reviendrons, le mieux ce sera, c’est certain. »


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