Un chirurgien de MSF décrit la situation à Rutshuru
Il y a deux semaines, David Nott, chirurgien de MSF, est rentré de Rutshuru en République démocratique du Congo (RDC). Dans l'espace de 24 heures, deux équipes chirurgicales de MSF se sont occupées de 75 patients, tous blessés par balle.
« Il est important de constater qu'il s'agit là de 75 personnes, et non pas de 75 blessures; certains patients ont reçu plusieurs balles. Nous avons soigné des soldats ainsi que des civils, dont trois jeunes enfants qui ont reçu des balles dans la poitrine et plusieurs femmes enceintes. On ne savait pas de quel côté étaient les soldats que nous soignions; c’était mélangé. Nous nous sommes, évidemment occupés de tous. »
Malgré le manque d'intérêt de la part des médias pendant que David était là, la violence dans la région du Congo aurait atteint un point critique.
« Plusieurs groupes armés étaient impliqués dans le conflit de notre région, sans compter les bandits et les voleurs. C'était compliqué, à tel point qu'on avait du mal à distinguer un côté de l'autre. »
« Chaque nuit nous sommes restés dans l'hôpital parce que les déplacements vers la base de MSF étaient trop risqués; un jour, on a préparé nos bagages pour nous pendant que nous travaillions. Finalement, on n'a pas été évacué cette nuit-là, mais les valises étaient prêtes au cas où il aurait fallu partir. »
La situation dont David était témoin à l’extérieur de l'hôpital était difficile, même pour un chirurgien ayant plusieurs années d’expérience avec MSF.
« Le pire, c'était le nombre de personnes déplacées. Ils étaient pauvres et ne possédaient rien. Ils habitaient des huttes en feuilles de bananes, construites sur des plaines de boue. Il n'y avait rien dans les habitations, ils dormaient par terre et il pleuvait à verse. Les conditions étaient insupportables, même comparées à celles que j'avais connues au Darfur. »
Il y avait tant de patients qui entraient par les portes de l'hôpital que David et son équipe ne savaient plus d'où ils arrivaient.
« Je n'avais aucune idée. On a soigné beaucoup de personnes à l'hôpital, sans aller les chercher ailleurs. Honnêtement, je ne peux pas vous dire qui étaient ces personnes, ni d'où elles venaient. J'ai soigné des malades, c'est tout. C’était très, très occupé. »
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