« Le désarroi était total. Il fallait fuir. »
Alors que les combats dans la région du Kivu (République du Congo (RDC) font la Une de l’actualité, le district voisin du Haut-Uélé est aussi en proie aux violences. Les rebelles de la Lord’s Resistance Army (LRA) y font régner la terreur, pillant et brûlant les villages, kidnappant les enfants et tuant les adultes.
Une équipe de Médecins Sans Frontières (MSF) s’est rendue à Dungu, une ville attaquée par les rebelles le 1er novembre, pour évaluer les besoins de la population. Résultant de cette visite, une équipe médicale de MSF travaille à Dungu, depuis le 10 novembre, pour aider les personnes déplacées.
M., originaire de Bangadi, à 125 kilomètres de Dungu où il s’est réfugié, témoigne de la violente attaque des rebelles LRA sur son village. Pillages, destructions, kidnappings, meurtres : rien n’est épargné aux populations civiles.
Nous sommes le dimanche 19 octobre 2008. Il est presque minuit quand le gong d’alerte sonne pour signaler une présence étrangère dans le village. Les éléments armés de la LRA, sortis de leur cachette après être passés par Napopo, font leur entrée nocturne dans Bangadi. À 5 h du matin, les premiers coups de feu se font entendre à Bafuka, le quartier où j’habite.
Un voisin me confirme que c’est bien la LRA qui arrive. Il faut faire vite, car j’ai là non seulement ma famille, mais aussi tout ce que je possède. J’obligeais en un premier temps mes enfants à se coucher à même le sol dans la paillote. Mais comme le crépitement des armes continuait et se rapprochait de plus en plus, j’ai emmené ma famille vers la forêt. C’est mon voisin qui m’a conseillé de sauver tout ce qu’on pouvait de la maison. Il m’a aidé. De peur d’être repérés, nous allions en rampant jusqu’à la maison. C’est ainsi que la moto, la télévision et les habits ont pu être cachés dans la bananeraie. Les balles continuent toujours à siffler.
Pendant ce temps, l’opération de pillage commence au ministère du renouveau charismatique. Un élève de l’institut Bafuka est atteint d’une balle. Il succombera trois heures plus tard. Un autre coup de feu atteint M. George, un professeur qui tombé raide mort. Après avoir pillé le quartier et chargé leur butin sur les têtes des kidnappés, le groupe se dirige vers Kumbari, un autre quartier de Bangadi.
Toute l’opération n’aura pris que 45 minutes.
Que faire maintenant sinon prendre le large à tout prix! Ils vont certainement revenir. Malheureusement, mon oncle décède pendant l’incident et je dois l’enterrer avant de partir. Ce n’est donc que le lendemain que j’ai pu évacuer ma famille, à vélo vers Niangara. Là, un des chauffeurs me ramènera la bougie de la moto à vélo. Et le jour d’après, j’étais à Niagara ou nous avons passé la nuit chez un ami président de la société civile. Puis le samedi, enfin, nous avons rejoint Dungu où nous logeons, sans moyens, au camp des professeurs de l’institut Wando.
C’est un de mes collègues qui nous a rejoint qui m’a dit ce qu’il avait vu, lui aussi avant de partir. Au niveau de l’hôpital, deux coups de feu, deux corps jonchent le sol, un papa et un jeune homme. Au centre commercial, des tirs se faisaient entendre. Les boutiques ont été rapidement vidées. C’est alors que l’agronome Aningotiyo a été massacré par balle, son cadavre déchiqueté.
Sur leur chemin de retour, sur l’avenue du Marché, les attaquants ont mis feu à nos maisons. Vers 9 h, la paroisse et le couvent des sœurs augustines sont pillés systématiquement. Un père en fuite est abattu non loin de l’école primaire de Bangadi. Les maisons sont incendiées de part et d'autre de la route Zangaime. Selon quelques habitants qui les avaient aperçus, les jeunes et les adultes kidnappés croulaient sous le poids des biens volés. Le désarroi était total. Il fallait fuir.
Je suis marié et père de 11 enfants. Pour moi, l’avenir est sombre. Les écoles sont fermées, et j’ai laissé mon champ derrière à Bangadi. Comment envoyer mes enfants à l’école et comment retourner vivre à Bangadi avec une telle insécurité?
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