Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Choléra dans la capitale Harare


Zimbabwe | 14 novembre 2008

Médecins Sans Frontières (MSF) lutte contre une épidémie de choléra à Harare, au Zimbabwe. La plus importante jamais enregistrée selon le ministre zimbabwéen de la Santé. MSF a mis sur pied des centres de traitement du choléra à la polyclinique de Budiriro et à l’hôpital des maladies infectieuses d’Harare, où 500 patients ont été traités jusqu’à maintenant et où en moyenne 38 nouveaux patients sont admis chaque jour.

Environ 78 % des patients proviennent de Budiriro et de Glen View, deux banlieues très peuplées situées au sud-ouest d’Harare et qui totalisent une population de 300 000 habitants. L’épidémie touche également des personnes provenant des banlieues voisines Mbare, Kambuzuma, Kwanzana et Glen Norah. 1,4 million de personnes seront menacées si l’épidémie continue à se propager.  

Depuis qu’il leur a été demandé d’apporter leur aide à Harare, MSF a fourni des ressources humaines, médicales et logistiques dans les deux centres de traitement du choléra. L’équipe ne cesse de grandir et compte quarante membres locaux dont du personnel infirmier, des logisticiens, des agents de désinfection et des travailleurs en hygiène de l’environnement. Ces derniers ont un rôle important dans la lutte contre la propagation du choléra dans la population : ils désinfectent les maisons des malades, recherchent les personnes avec qui ces derniers ont eu des contacts et supervisent les funérailles. Les funérailles sont en effet un facteur important de l’expansion du choléra. En effet, après avoir lavé du corps du défunt, la tradition veut que l’on serre la main aux visiteurs et que cette cérémonie soit suivie d’un repas.

Les équipes médicales sont assaillies


Precious Matarutse, le responsable MSF pour l’eau, l’hygiène et l’assainissement, commente la situation : « Au centre de traitement du choléra de Budirio, nous commençons à être dépassés. Il y a tellement de patients que le personnel infirmier ne sait plus où donner de la tête. Dans la zone destinée à l’observation des patients, une fillette est décédée, assise sur un banc. Le personnel utilise toutes les pièces disponibles. Des malades qui sont encore dans la zone d’observation sont couchés à même le sol. Un homme est arrivé hier à la clinique pour être soigné. Sa femme venait de mourir à la maison, et c’est ainsi que leur entourage s’est rendu compte de la gravité de la situation. Ils ont donc amené cet homme à la clinique. Ils voulaient aussi savoir ce qu’ils devaient faire avec la dépouille de la femme. Les gens ont peur d’attraper le choléra en s’occupant des autres. Il est donc important d’intensifier l’éducation à la santé pour informer la population. »

Les défis auxquels les équipes MSF sont confrontées dans les centres de traitement du choléra couvrent plusieurs aspects. Vittorio Varisco, logisticien MSF, décrit la lutte : « Nous devons constamment relever le défi de répondre à un nombre de patients de plus en plus élevé. Or, nous commençons à manquer de place et nous n’avons pas assez de lits pour tous les patients. Aujourd’hui, les patients qui sont à l’hôpital des maladies infectieuses s'étendent dehors à même le sol; nous montons des tentes avec des lits supplémentaires pour accueillir ceux que nous ne pouvons faire entrer dans les salles. » Le Dr Bauma Ngoya, médecin MSF, explique à quel point les ressources humaines sont vitales pour une bonne prise en charge des patients et endiguer l’épidémie : « Les patients nécessitent une supervision permanente : nous devons leur assurer une hydratation adéquate, sans quoi ils ne peuvent survivre. Comme le nombre de patients continue à augmenter, nous devons continuer à recruter du personnel, que nous devons former. »

Une nouvelle urgence


Le choléra n’est pas un phénomène nouveau dans un pays comme le Zimbabwe secoué par de nombreuses crises. Le choléra est endémique dans certaines zones rurales du pays, où il survient chaque année, mais il restait rare dans les zones urbaines du pays, en tout cas jusqu’à ces dernières années. En effet, la plupart des maisons y étaient approvisionnées en eau par des canalisations traitées et étaient pourvues de toilettes à chasse d’eau. Mais, avec l’aggravation de la crise économique, les conditions de vie ne cessent de se détériorer, et ces zones urbaines sont de plus en plus touchées par la maladie. Le choléra est causé par un agent qui se transmet par l’eau contaminée par des matières fécales.  

D’où sa propagation rapide lorsque les conditions de vie ne permettent pas une bonne hygiène. La réduction des infrastructures, la détérioration des conduites d'égout et les coupures d'eau sont les principaux responsables de l'épidémie, car la population est alors obligée de puiser l’eau dans des puits non protégés et de déféquer à l’air libre. Pendant la saison des pluies, qui s’étend de novembre à mars, de fortes pluies amènent l’eau stagnant des égouts vers les puits non protégés. Le fait que les récentes épidémies de choléra ont commencé bien avant les pluies indique clairement que les conditions sanitaires sont en train de se détériorer et que l’eau potable manque. Un facteur d'autant plus préoccupant avec l’arrivée de la saison des pluies.


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