La situation se détériore rapidement au Kivu
Helen O’Neill est conseillère en opérations pour l’organisation d’aide médicale d’urgence Médecins Sans Frontières (MSF). Elle a travaillé avec les équipes de MSF dans la région du Kivu, au nord-est du Congo, où aujourd’hui, des milliers de personnes fuient désespérément la violence alors que le conflit, qui dure depuis 15 ans, dégénère en guerre pure et simple. Elle vient de rentrer de mission et voici ce qu’elle raconte de la situation sur place.
Photo: Dominic Nair, L'Oeil Public. | Two women return to collect personal belongings during a break in fighting in a town called Kabaya, near Rumangabo in eastern Congo, where most of the fighting is concentrated. Thousands of refugees are fleeing fighting in eastern Congo.
La situation dans la région du Kivu se détériore rapidement et change d’heure en heure. Constamment déplacées par le conflit, les personnes que j’ai rencontrées dans les cliniques de MSF, dans les camps ou au bord des routes étaient déjà malades, épuisées et effrayées. À présent, des milliers de gens sont une fois de plus forcés à fuir pour rester en vie.
Photo: Dominic Nair, L'Oeil Public.
La partie nord-est du pays est déchirée par des années de conflit et d’effusion de sang, et les besoins de la population en matière de santé sont énormes. Malgré la violence qui dégénère actuellement, nos équipes continuent de fournir de l’aide médicale d’urgence en toute indépendance aux populations urbaines et dans les camps dans toute la zone de conflit — Kitchanga, Masisi, Mweso, Nyanzale, Rutshuru et Kayna — et aux alentours. Dans de nombreuses zones, MSF est la seule organisation internationale qui reste et qui fournit une aide médicale et humanitaire à une population terrifiée et aux abois.
La semaine dernière, les équipes MSF situées dans les villages de Mweso et de Rutshuru se sont retrouvées prisonnières dans nos deux hôpitaux. Pendant que les bombardements faisaient rage dehors, elles continuaient à soigner les patients à l’intérieur. En fin de semaine, des combats intenses ont éclaté autour de la ville de Rutshuru, à quelque 70 kilomètres de la capitale provinciale de Goma. Notre équipe a traité 80 blessés de guerre et depuis, elle travaille en continu pour essayer de sauver la vie des patients les plus sérieusement atteints.
Photo: Dominic Nair, L'Oeil Public.
Une fois de plus, cette intensification de la violence a causé un vent de panique généralisé. La terreur est palpable dans toute la région du Kivu. Les gens prennent leurs enfants et leurs chèvres s’ils en ont, et fuient, une fois de plus, un baluchon sur la tête, n’importe où où ils pourront trouver un peu de sécurité. Un jour, un village grouillant d’activité se trouvait ici; une semaine après, nos équipes médicales mobiles y sont retournées pour constater que le village était complètement vide — ville morte. Des milliers de gens sont en marche... un flot constant d’humanité sur les routes.
Qui sait où tous ces gens vont finir? Les familles s’installent dans des régions inhospitalières, beaucoup d’entre elles dans la brousse, où elles n’ont aucune chance d’avoir accès à des soins médicaux. Elles construisent des abris avec ce qu’elles trouvent sur place, comme des feuilles de bananier, et sont complètement exposées à l’humidité et la nuit, au froid. Au Congo, c’est la saison des pluies.
La violence a des conséquences dévastatrices. Après des années de déplacement, la santé des populations est fragile, en particulier celle des enfants. Le paludisme est endémique dans le pays, tout comme le choléra, qui augmente quand les gens se déplacent comme cela ou vivent entassés dans des camps insalubres. La dure réalité, c’est que ces enfants qui ont réussi à échapper à la violence de cette semaine pourraient bien mourir dans les semaines à venir d’une piqûre de moustique, simplement parce qu’ils n’ont pas accès à des soins médicaux. Cette injustice est dure à supporter.
Les gens que j’ai rencontrés ont aussi faim, car ils ne peuvent pas s’occuper de leurs récoltes. C’est beaucoup trop dangereux. Si quelqu’un essaie d’aller dans son champ tout seul, il peut se faire tuer ou violer. La malnutrition est donc un autre problème bien réel. Dans certains endroits, il est extrêmement difficile de trouver les personnes déplacées. Comme elles ne peuvent pas venir à nous, nous essayons d’aller vers elles avec nos cliniques mobiles lorsque nous apprenons où elles se trouvent.
Il est clair que la situation est désespérée et que nous sommes extrêmement inquiets. Ces populations ont besoin d’une aide humanitaire immédiatement. Elles ont besoin d’urgence d’aide médicale, d’abris, de nourriture et d’eau potable.
Nous envoyons du personnel international supplémentaire dans la région pour appuyer les secours, mais il faut que la violence cesse. Ces gens ont déjà trop souffert. La plupart d’entre eux n’ont connu que la guerre et les déplacements dans ce cycle de violence. La population civile est prisonnière d’une crise humanitaire qu’elle n’a pas causée. Ils sont pris dans un conflit qui leur vole tout — leur dignité, leur sécurité, leur santé, leur maison, leur moyen de subsistance et, en fin de compte, pour trop d’entre eux, la vie.
Helen O’Neill retournera en République démocratique du Congo en novembre.
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