Côte d’Ivoire : MSF rend son dernier projet aux autorités et demande la gratuité des soins
Avec la remise officielle aujourd’hui de son programme d’appui à l’hôpital général de Bangolo au ministère de la Santé en Côte d'Ivoire, l’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) achève la passation graduelle de ses activités aux autorités ivoiriennes, désormais prêtes à prendre le relais. À cet effet, MSF appelle au maintien de la gratuité des soins, faute de quoi les patients ne seront plus capables de se faire soigner.
Présente en Côte d’Ivoire depuis 1990, notamment auprès des réfugiés du Libéria voisin alors en guerre, MSF est également intervenue de nombreuses années en milieu carcéral et a répondu à plusieurs urgences qui ont touché le pays dans les années 90.
Les années qui ont suivi le début du conflit, en 2002, marquent cependant la phase la plus importante d’intervention de MSF en Côte d’Ivoire. MSF a soutenu les populations touchées par la crise ainsi que différentes structures médicales, tant en zone gouvernementale qu'en zone rebelle, ainsi que dans la zone de confiance, une zone tampon établie durant le conflit et divisant le pays en deux.
Suite aux accords de paix signés en 2007, au démantèlement de cette zone et au retour progressif du personnel de santé dans les structures médicales, MSF a pu se retirer successivement de Bouaké, Guiglo, Man, Danané et aujourd’hui Bangolo.
« MSF est une organisation médicale qui intervient lors de crises humanitaires, » explique Nathalie Cartier, chef de mission pour MSF en Côte d’Ivoire. « Aujourd’hui, la situation dans le pays s’est améliorée, et les autorités nationales et locales peuvent assurer la continuité de l’offre de soins, ce qui est extrêmement encourageant. Ce qui nous inquiète, par contre, c’est l’impact désastreux qu’engendrerait la réintroduction du recouvrement des coûts après le départ de MSF de Bangolo. La population, là comme dans le reste de la région, n’est pas encore en mesure de payer pour ses soins. »
À Bangolo, c’est en grande partie parce que les soins sont gratuits pour les patients que chaque mois plus de 400 personnes bénéficient d’une hospitalisation, que 8000 consultations s’y déroulent ainsi que 130 accouchements.
Faire payer les patients risque d’avoir le même impact désastreux qu’après le départ de MSF de Man. Un an après la réintroduction de soins payants, les hospitalisations ont diminué de 60 %, et il y a quatre fois moins d’interventions chirurgicales. À titre d’exemple, le traitement d’un cas de paludisme sévère revient à l’équivalent de trois mois de revenus individuels moyens : tout simplement impayable pour beaucoup de personnes, qui se résignent à ne pas recourir aux soins.
« Actuellement, les structures de santé au nord et à l’ouest du pays n'ont toujours pas reçu de budget public pour leur fonctionnement, » poursuit Nathalie Cartier. « Leur seule source de revenus est l’argent payé par les patients. Si l’on ne veut pas se retrouver avec des hôpitaux vides, il est fondamental que les autorités sanitaires et les bailleurs internationaux fournissent les subsides nécessaires pour que les structures de soins fonctionnent et soient gratuites pour la population. »
Durant les années de conflit, MSF a offert des soins aux blessés et aux victimes de violences et viols ainsi qu’aux personnes affectées indirectement par le conflit, pour lesquelles l’offre des soins s’était considérablement amenuisée. Des programmes de santé primaire et de soins hospitaliers ont été mis en place avec une attention particulière à la chirurgie dont la chirurgie réparatrice pour les femmes souffrant de fistules, la nutrition, la santé maternelle, la santé mentale, au sida et à la réponse aux urgences. Au plus fort de la crise, l'équipe MSF était composée de plus de 900 personnes, ivoiriennes et internationales.
Ce départ marque la fin des programmes de MSF en Côte d’Ivoire, mais l’organisation surveillera attentivement la situation dans le pays afin d’intervenir en cas de besoin. C’est dans cette perspective qu’une intervention de courte durée est en cours dans le nord-ouest du pays (Odienné) afin de répondre à une crise nutritionnelle limitée.
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