Sida 2008 : alerte aux manques mortels
Le manque de personnel médical dans le sud de l'Afrique met en péril les soins dont les personnes vivant avec le VIH/sida ont désespérément besoin
À l'occasion de l'ouverture de la 17e conférence internationale sur le sida, Médecins Sans Frontières (MSF) a lancé un cri d'alarme à propos de l'impact mortel du manque de personnel de santé sur le traitement du sida en Afrique australe. Lors d'une réunion satellite intitulée Mind the Gaps, organisée par MSF aujourd’hui, des experts ont décrit l'ampleur et les conséquences de cette crise ainsi que la nécessité criante pour les gouvernements et les bailleurs de fonds de redoubler d'effort et de prendre des mesures concrètes et immédiates afin de conserver et de soutenir le personnel médical.
« Dans le district de Thyolo, au Malawi, une infirmière maintient 400 patients en vie en suivant leur traitement vital, mais son salaire de base atteint à peine 3 dollars » explique Dr Moses Massaquoi, coordonnateur médical pour MSF au Malawi. « Il est intolérable de s'entendre dire par les gouvernements et les bailleurs internationaux qu'il n'est pas soutenable d'augmenter son salaire, malgré le fait qu'elle gère des médicaments d'une valeur de 7500 dollars chaque mois pour ses patients. Les bailleurs qui acceptent de financer les médicaments doivent trouver un moyen de payer des coûts récurrents comme les salaires. »
Environ 70 % des personnes vivant avec le VIH/sida et qui nécessitent une thérapie antirétrovirale n'y ont pas accès et le nombre croissant de personnes sous traitement augmente la charge de travail du personnel médical. Ces derniers n'ont pas le temps d'offrir des soins et un suivi adéquat à leurs nombreux patients avec un risque réel de perte de qualité ainsi que des interruptions de traitement parmi les patients découragés par le temps d'attente pour les consultations.
MSF et d'autres organisations ont mis en place des projets pilotes visant à mieux utiliser les ressources humaines existantes, en particulier dans les zones rurales. Grâce à des formations et un soutien adéquats, des infirmières et du personnel non médical peuvent atteindre plus de patients sans compromettre la qualité et la continuité des soins du VIH/sida. MSF présentera lors de la 17e conférence internationale sur le sida des données sur ce transfert des tâches dans des pays comme le Malawi, le Lesotho, l'Afrique du Sud et le Rwanda sans concession sur la qualité des soins. Ce transfert n'est toutefois pas la panacée pour combler le manque de personnel médical. Cela ne remplacera pas les actions concrètes nécessaires pour s'attaquer aux problèmes fondamentaux qui affectent le personnel médical.
Les bas salaires, les mauvaises conditions de travail et le manque de soutien et de supervision sont quelques-unes des raisons pour lesquelles il est devenu intenable pour beaucoup d’employés médicaux de rester et de fournir des soins de qualité. Les initiatives de bailleurs et de gouvernements pour ralentir l’exode des cerveaux à long terme du personnel médical vers les pays riches ne résoudront pas la crise actuelle. Maintenir le personnel médical aujourd'hui dans les cliniques et les hôpitaux doit être la priorité.
« Il est vraiment déprimant de voir les gens devenir de plus en plus malades — et parfois mourir — parce qu'ils doivent attendre des semaines ou des mois avant d'être traités, car il n’y a pas assez de personnel » explique Dr Mit Philips de MSF. « Le personnel surmené, sous-payé et sous-évalué se fait de plus en plus rare en Afrique australe alors que le nombre de patients ne fait qu'augmenter. Les antirétroviraux sont disponibles dans les pharmacies d’un nombre croissant d'hôpitaux et de cliniques, mais sans personnel pour les administrer, le fossé mortel ne cessera de grandir ».
La décision récente du Fond Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme d'autoriser le financement visant au renforcement des systèmes de santé est un pas dans la bonne direction. Les pays devraient viser ces fonds supplémentaires pour retenir et renforcer le personnel médical directement impliqué dans les soins des patients. Les restrictions imposées par les institutions financières nationales et internationales sur les dépenses liées aux ressources humaines et aux salaires doivent aussi être levées sans quoi le recrutement de nouveaux travailleurs et les augmentations de salaires resteront limitées malgré des apports financiers internationaux.
MSF offre des traitements contre le sida à 140 000 personnes (dont 10 000 enfants) dans 27 pays.
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