Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Sommet des Nations unies sur la R&D en matière de santé : une étape clé au bout de deux ans de processus pour repenser le système


| 28 avril 2008

Cette semaine, plus de 150 pays réunis à Genève pour participer à un sommet des Nations unies sur la recherche et le développement (R&D) en matière de santé doivent saisir l’occasion de réparer un système de R&D médicale défectueux. Au cœur du problème : le système actuel ignore en grande partie les besoins sanitaires de millions de personnes dans les pays en développement.

 

« Cette semaine, nous n’attendons pas des pays qu’ils signent des promesses de financement, déclare Christophe Fournier, président du Conseil international de Médecins Sans Frontières (MSF). L’enjeu, c’est de changer les règles de l’innovation médicale, de faire en sorte que les médicaments dont nous avons besoin sont non seulement mis au point, mais aussi abordables. Compte tenu des multiples intérêts en jeu, les gouvernements seront-ils assez audacieux pour franchir le pas? »

 

Médecins Sans Frontières appelle les gouvernements à faire preuve du courage nécessaire pour qu’aboutissent ces réformes essentielles, afin que de nouveaux médicaments, tests diagnostiques et vaccins soient développés et sauvent des vies dans les pays pauvres.

 

La tuberculose est l’illustration parfaite de l’échec du système actuel. Le test le plus utilisé pour diagnostiquer cette maladie, mis au point dans les années 1880, ne permet de détecter que moins de la moitié des malades. Pour ce qui est des traitements, étant donné le développement des formes résistantes de la tuberculose, les médicaments sont de moins en moins efficaces et ne parviennent pas à endiguer la résurgence de la maladie. Pourtant, les financements de la recherche sur la tuberculose ne progressent pas.

 

« Nous allons continuer à soigner au mieux nos patients avec les outils dont nous disposons aujourd’hui, mais pour avoir une vraie chance de mettre la tuberculose sous contrôle, nous avons désespérément besoin de nouveaux médicaments, plaide Liesbet Ohler, coordonnatrice médicale pour MSF au Kenya. J’espère que les gouvernements se mobiliseront en faveur d’un niveau de recherche permettant de développer de nouveaux traitements efficaces. Sinon, l’avenir sur le front de la tuberculose est bien sombre. »

 

De nouvelles initiatives, telles que l’attribution de fonds, sont envisagées pour réorienter la recherche en direction des besoins et faire en sorte que le mode de financement de la recherche médicale ne présume pas des prix trop élevés pour les médicaments mis au point. MSF demande aux gouvernements d’appuyer l’adoption de nouveaux mécanismes adéquats.

 

« Maintenir le statu quo dans le système de R&D, c’est contraindre les médecins travaillant dans les pays en développement à continuer d’utiliser des outils diagnostiques et thérapeutiques désuets et inefficaces contre des maladies comme la tuberculose, explique le docteur Tido von Schoen-Angerer, directeur de la Campagne d’accès aux médicaments essentiels de MSF. Plusieurs des idées en discussions pourraient constituer des avancées majeures et aider à la mise au point des produits médicaux dont nous avons un besoin urgent contre les maladies des pays en développements. Ce qu’il faut désormais, c’est un engagement sans faille des gouvernements. Compter exclusivement sur les organisations philanthropiques et caritatives n’est pas une solution. »

 

Le système actuel pour développer de nouveaux médicaments repose largement sur les monopoles octroyés aux laboratoires qui déposent des brevets. Un rapport des Nations Unies publié en 2006 l’a souligné : ce système ne fonctionne pas. Il maintient les prix des produits médicaux à des niveaux élevés, les rendant accessibles à la seule minorité de patients capables de les payer. Parallèlement, les maladies qui affectent surtout les plus démunis sont négligées par la recherche, quand bien même elles sont responsables de nombreux décès.

 

Le sommet de cette semaine est l’aboutissement d’un processus de deux ans conduit par la Commission sur les droits de propriété intellectuelle, l’innovation et la santé publique (Intergovernmental Working Group on Public Health, Innovation and Intellectual Property, ou IGWG). L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui accueille ce sommet, a pour mission d’inventer de nouveaux modes de financement de la R&D, qui ne reposent pas sur les brevets et les monopoles que ces derniers confèrent. C’est la condition d’une innovation médicale adaptée aux besoins, et de produits mis sur le marché à des prix aussi bas que possible.


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